L'expulsion d'Euskal Jai vue par El Paìs

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Traduction d'un assez long article parue le 20 Août dans le quotidien national espagnol El Paìs, ou comment les médias soi-disant neutres traitent les luttes sociales...
Le squat Gaztetxe Euskal Jai, à Pampelune (Pays Basque) a été expulsé il y a quelques jours... très difficilement. Résistance des occupant-e-s, actions directes, large soutien des voisin-e-s, ré-occupation d'un autre bâtiment une semaine plus tard... Il faut dire que le lieu était impressionnant, en plein
centre-ville, une ancienne école de pelote basque, squattée depuis 10 ans,
retapée par les squatteureuses, fréquentée par les voisin-e-s plus ou moins âgé-e-s qui venaient y jouer, avec toutes sortes d'autres activités, et
notamment un restaurant végétarien, alimenté par les produits des squats
ruraux des alentours...

Une brève sur le sujet est déjà parue sur ce site. Rappelons l'adresse de la page web du squat, http://www.euskaljaigaztetxea.net/, on y trouve photos, vidéos et de bons textes en castillan et en basque.

Ci-dessous, je traduis un article paru vendredi 20 Août dans El Pais, le
"grand" quotidien national espagnol, sorte d'équivalent du Monde. Il raconte
tout ça avec le regard des médias bourgeois soi-disant neutres... Vous allez voir, c'est rigolo (et à la fois pathétique). Et puis c'est intéressant de voir combien les arguments des politicien-ne-s sont les mêmes dans tous les coins de notre belle Europe unie. Une précision : dans l'article, les mots
"okupacion" et "okupas" (squat et squatteurs) étaient en italique.

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Quatre jours d'affrontements entre police et squatteurs à Pampelune

La bataille de l'expulsion d'un ancien fronton provoque 6 blessés, 60
arrestations et une cinquantaine de containers brûlés

Les habitants et les commerçants de la vieille ville de Pampelune viennent de
passer une semaine en état de siège. Les touristes et les pèlerins du Chemin
de Compostelle qui ont approché ces jours-ci le coeur médiéval de la capitale de la Navarre n'ont pas pu non plus profiter de la tranquillité estivale de la paisible ville. Depuis lundi dernier, la police a commencé l'expulsion et la démolition du gaztetxe (local d'activités pour les jeunes) situé dans le fronton [terrain de pelote basque] presque centenaire Eskal Jai, dans la rue San Agustin. Les uns et les autres ont pâti en première ligne des violents affrontements entre jeunes et forces de l'ordre.

Les quatre jours d'expulsion de squatteurs et les troubles qui en ont découlé se sont soldés pour le moment par six blessés à divers degrés reçus à
l'hôpital, l'arrestation de 60 personnes et le saccage de 50 containers
d'ordures, parmi une longue série d'incidents.

Pendant toute la semaine, différents corps de la police ont surveillé les rues qui entourent l'ancien fronton expulsé. Le trafic est resté coupé. Les voisins ont dû montrer leurs documents d'identité pour pouvoir entrer et sortir de leurs maisons. Les commerçants ont eu beaucoup de difficultés à travailler.
Les bars et les restaurants ont vu leur activité gênée par des dizaines de
charges policières contre les barricades, et les squatteurs ont essayé
plusieurs fois de revenir par les toits jusqu'au vieux fronton, dont les
pelleteuses envoyées par la municipalité avaient commencé la démolition. Au
cours du dernier assaut, hier, une altercation entre un policier municipal et un assaillant s'est conclue par une chute de deux mètres de ce dernier, sans
qu'il ne souffre de blessures graves.

Lorsque les agents de police sont entrés lundi matin dans le gaztetxe, composé
d'un fronton et d'un édifice voisin de trois étages, ils ont trouvé un espace
fortement blindé. La municipalité et le gouvernement de Navarre affirment
qu'il existe dans la région un noyau d'idéologues "professionnels" du squat
qui pratiquent une méthode de "résistance à la volonté démocratique" de
chacune des deux institutions. Leurs élus, de l'Union du Peuple de Navarre
(UPN, la branche du PP en Navarre), indiquent que ce mouvement s'est déjà
manifesté au printemps, lors de la difficile expulsion des villages d'Itoiz et
Artozqui, qui allaient être noyés par un nouveau lac de barrage. Dans ces deux
localités, des dizaines de jeunes se sont enfermés des jours durant, avant
qu'on puisse les déloger.

Pampelune a vécu dans l'été 2002 une série d'incidents similaires, avec une
succession de journées de troubles et d'arrestations, concernant le projet de
la mairie de transformer la place du Castillo, le coeur de la ville.

Face aux critiques de l'opposition municipale (PS, IU [communistes], EA-PNV
[nationalistes basques] et Aralar) quant au manque de dialogue et à la fermeté
des méthodes de l'opération, la maire Yolanda Barcina a réitéré que
l'expulsion avait été approuvée par une décision de justice et qu'elle avait
été la seule manière de déloger les personnes qu'elle a défini comme "des
squatteurs professionnels qui ont des antécédents en matière de désordres
urbains et de résistance à l'autorité". Seuls 16 des squatteurs détenus sont
de Pampelune. Quatre sont étrangers et les autres viennent d'autres régions
d'Espagne.

L'opposition entière a critiqué le début de la destruction d'un édifice datant
de 1909 alors même qu'il y restait plusieurs jeunes, certains encore enfermés
dans des bunkers dans la cave, suspendus aux murs extérieurs et à la structure
métallique qui couvrait l'ancien terrain de pelote basque, ou encore aux bras
insérés dans des tubes, eux-mêmes cimentés aux murs. Les portes et les
fenêtres avaient été scellées à l'acier et au béton pour compliquer l'assaut
policier.

L'IU a demandé que le ministre de l'Intérieur, José Antonio Alonso, explique
au parlement les raisons de ce qu'il considère comme un acte policier
disproportionné.
L'entreprise propriétaire du fronton l'avait fermé en 1978. En 1994, il fut
squatté par des jeunes qui depuis lors y avaient développé des activités
sociales, culturelles et de loisirs, en se branchant illégalement sur les
réseaux d'eau et d'électricité.

En juin dernier, la mairie a acheté le terrain pour 1,2 millions d'euros, avec
l'idée de constuire un centre sportif pour les habitant-e-s du quartier.
L'état ruineux de l'immeuble, les activités gastronomiques sans licence et les
actes d'organismes liés à Batasuna [les soi-disant terroristes basques] fêtés
dans le local ont amené la mairie à solliciter l'expulsion, en accord avec le
jugement qui l'autorisait depuis le 12 Août. L'union de quartier de la vieille
ville, Alde Zaharra, a soutenu les squatteurs, et les résidents des rues les
plus proches ont fait de même par des caceroladas [manifestations sonores de
casseroles et autres instruments de cuisine] de protestation contre la
présence policière.

Toutes les personnes arrêtées ont été laissées en liberté en attendant le
procès. La police les accuse d'usurpation, résistance et désobéissance grave,
et dans certains cas d'attentat à l'autorité. Le conseiller général Juan Ramon
Ràbade considère qu'il y a parmi les détenus des "idéologues de la
bunkerisation", qui ont organisé une résistance "parfaitement planifiée".

Tout au long de la semaine, les rassemblements de soutien au squat ont
dégénéré, plus de 50 containers ont été brûlés, des vitrines ont été cassées,
des cocktails molotov, des pierres et des bouteilles ont été lancés sur la
Police. L'expulsion semble avoir réactivé des scénarios de kale borroka que la
ville n'avait plus connus depuis longtemps.

Des groupes masqués ont brûlé un guichet d'information touristique et ont
attaqué un distributeur de billets de banque par des cocktails incendiaires.
La police en est venue à tirer des balles en caoutchouc sur des véhicules qui klaxonnaient en faveur des squatteurs. Les agents de police ont empêché un assaut au siège de la société publique Pampelune Centre Historique,
propriétaire du terrain qu'occupait le gaztetxe.