Angers, ville de solidarité ou ville d’expulsions ?

Mis a jour : le vendredi 22 septembre 2017 à 14:29

Mot-clefs: / quartiers populaires squat logement immigration sans-papieres frontieres
Lieux: Angers

Des militants de Pas Sans Nous 49 (PSN49) et de Nuit Debout Angers (NDA) soutenus par le collectif de soutien aux sans papiers (CSSP49) étaient présents à la remise du prix de l’innovation sociale par le Maire d’Angers lors de la journée de “Rentrée des solidarités” organisée par la municipalité d’Angers et son CCAS.

Cette occasion a permis de faire entendre une autre réalité du traitement de certains angevins et d’aborder un engagement entier de la solidarité. Un prix a donc été remis à Monsieur le Maire, qu’il a bien entendu refusé, celui du “Pipeau d’or”.

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Dans le cadre des missions de la protection de l’enfance ou des populations, ou dans celui de la solidarité publique, nous invitons chaque citoyen ou non citoyen, chaque indigné, chaque bénévole, chaque organisation militante à remettre le prix du “Pipeau d’or” à chaque fois qu’un responsable des pouvoirs publics ou un responsable politique présentera un discours sans correspondance complète et entière avec son ambition.

Voici l’intégralité du discours prononcé par l’un de nos militants ce 20 septembre 2017 au Centre des congrès à Angers :

“ Angers Ville solidaire ou Ville d’expulsions ?

À Monsieur Béchu, Maire de la ville d’Angers et président d’Angers Loire Métropole.

Monsieur Béchu, c’est beaucoup de fonctions pour un homme, beaucoup de pouvoir, beaucoup d’influences, beaucoup de relations et beaucoup de responsabilités aussi.

La responsabilité, c’est sans aucun doute votre valeur refuge, votre motif, votre raison quand, en août, il s’agit pour vous de porter plainte et d’assigner au tribunal 24 personnes pour les faire partir d’un terrain appartenant à la Ville. Et dîtes-nous Mr Béchu, les expulser où ? Que reste-t-il encore comme endroit à des gens à qui vous n’accordez même pas la possibilité de vivre dehors ? Le lieu idéal serait-il loin de votre regard ? Loin d’Angers, afin que ces familles ne viennent pas ternir l’image vitrine que vous voulez donner à la ville, que vous nommez Angers ville solidaire ?

La rentrée des Solidarités, c’est dans ce cadre que chaque personne est réunie ici. Une rentrée qui aura été précédée, début juillet, d’expulsions des maisons où vivaient des familles, obligeant ainsi des hommes, des femmes, des enfants, un nouveau né, des personnes âgées, à passer leur été sous des bâches et dans des abris de fortune. Et qui, trouvant refuge, sur un petit terrain inutilisé, vous vous empressez de vouloir chasser encore. Si aujourd’hui, comme vous dîtes, c’est la rentrée des solidarités, pour vous cet été, c’était aussi l’ouverture de la chasse de ceux qui ont trouvé refuge sur un terrain municipal. N’y voyez vous pas un paradoxe avec l’esprit de cette journée qui est, nous citons le document du CCAS d’Angers :

« À une époque parfois trop dirigée par l'urgence et la performance, il est essentiel de partager des moments qui nous rappellent l'importance des liens.»

L’importance des liens Mr Béchu, c’est ce qui nous fait agir nous, femmes et hommes, habitant-e-s d’Angers et son agglomération. Car ce n’est pas le statut légal que nous voyons en ceux et celles qui sont nommé-e-s « réfugié-e-s » ou « migrants » et qui vivent parfois sur Angers depuis x années, non, ce que nous voyons c’est ce qui nous lie à eux. C’est leur humanité, la même que la nôtre, la vôtre aussi, celle de nos proches que nous ne pourrions pas laisser vivre dans ces conditions. C’est pour l’importance de ce lien que nous nous mobilisons. Et en ça, nous appliquons concrètement le programme promu par cette journée de rentrée des solidarités organisée par la ville d'Angers, celui pour lequel les associations et vous même, avec votre adjointe et vos équipes, êtes présent-e-s :

« Être artisan de soi » et être « des ingénieux du lien ».

C’est ce que nous faisons face à cette situation, nous nous débrouillons, faisons jouer l’entraide de notre réseau, qui n’a ni la force ni votre puissance en tant que maire et président d’agglomération. Mais nous ne pouvons pas vivre en ne faisant rien, comme si ces personnes qui sont dehors en ce moment n’existaient pas, comme si elles n’étaient pas à cinq minutes à pied de ce Centre des Congrès.

Mr Béchu, vous nous parlez de légalité, nous vous parlons de légitimité, d’éthique. Vous vous êtes servi des lois, vous auriez pu aussi vous servir de votre humanité.

Certes, cette situation ne peut durer, car nul ne souhaite que ces personnes vivent dans ces conditions et elle engage votre responsabilité légale de maire. Mais en attendant d’agir pour eux, en attendant de leur apporter une situation meilleure, qui vous ne porterait pas préjudice, vous auriez pu leur installer des douches et une fourniture électrique convenable, comme nous vous l’avons demandé. Vous auriez pu en appeler à la solidarité de vos concitoyen-ne-s pour les aider au mieux. À moins que vos Journées Citoyennes ne soient là que pour nous faire ramasser des déchets ?

Nous aurions pu travailler ensemble, pour rapidement leur trouver des logements. Il y a par exemple des appartements HLM vides un peu partout sur Angers. Des solutions il y en a et du pouvoir vous en avez, bien plus que nous. Et si vous nous dîtes que vous n’avez pas à suppléer aux manquements de l’État, sachez que dans d’autres villes en France, des élu-e-s utilisent leur pouvoir pour venir en aide aux réfugié-e-s et les accueillir. Tout est question de choix Mr Béchu. Vos décisions et vos actes représentent ce que vous êtes et la ville d’Angers, allez-vous continuer dans ce sens ?