Contre la multiplication des dates de mobilisations, des syndicalistes appellent au « Tous ensemble ! »

Mis a jour : le samedi 16 septembre 2017 à 17:46

Mot-clefs: luttes salariales / lutte loi loitravail travail loi_travail étudiant-e-s lycéen-ne-s mouvement
Lieux: france

Si les manifestations et les grèves du 12 septembre ont été une réussite, les jours qui ont suivi ont été synonymes de multiplication des dates de mobilisations sectorielles. Une dynamique qui inquiète certains syndicalistes, qui ne voient pas dans cette multiplication un moyen de gagner. Interview avec Mickaël Wamen (CGT Goodyear) et Mathias Dupuis (UL CGT Dieppe).

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La multiplication des dates sectorielle, une division qui empêchera de gagner contre la loi travail

La date du 12 septembre a sonné comme un avertissement pour Emmanuel Macron. Au point que ce qui était annoncé par tous les médias dominants comme un baroud’honneur sans combat est devenu la date d’un début d’une série de mobilisation dans la classe ouvrière. Face à la réussite de la mobilisation, la pression de la base des syndicats est telle que de nombreuses fédérations ont appelé à de nouvelles dates de mobilisation : outre la journée appelée par la CGT le 21 septembre et celle de Mélenchon le 23 septembre, les fédérations FO et CGT des Transports ont appelé à un début de grève reconductible dès le 25 septembre ; les fonctionnaires sont appelés à manifester le 26 contre la suppression des 150 000 emplois aidés le 26, les retraités la hausse de la CSG le 28, les fonctionnaires contre la gel du point d’indice le 10 octobre, et les ouvriers de la métallurgie à se rassembler devant le siège de l’IUMM le 13 octobre pour défendre leur convention collective nationale. Une multiplication de grèves perlées qui va, pour Mathias Dupuis, secrétaire de l’Union Locale de Dieppe, à l’encontre des aspirations des salariés : « depuis le 12, on a une multiplication des dates de manifestations, alors que depuis plusieurs années, chaque fois que tu vas dans une AG, l’ensemble des témoignages des camarades, c’est “arrêtons les journées perlées, arrêtons les appels dans tous les sens, faisons un appel commun !“ ».

Une multiplication de dates qui, va, pour Mickaël Wamen, ex-CGT Goodyear, à l’encontre de l’expérience des dernières mobilisations sociales : « tous les jours, il y a une nouvelle date qui tombe. Je ne sais pas si on a bien retenu les leçons de l’an dernier : si on considère que l’on peut gagner en multipliant les annonces de mobilisation, c’est une grave erreur parce que les dates saute-moutons elles n’ont jamais permis de gagner. La question, c’est-ce qu’on veut juste le retrait des ordonnances ou on veut faire barrage à la politique du capital que Macron veut mettre en œuvre ?  ». La question de comment battre l’ensemble de la politique du gouvernement est au cœur des esprits, comme le signale Mathias Dupuis : « Cette bataille qu’on est en train de mener, elle va bien au delà des ordonnances : la casse du code du travail, le gel du point d’indice des fonctionnaires, la hausse de la CSG pour les retraités, la fin des contrats aidés […] on a suffisamment de revendications communes pour mener une bataille en commun. Et si on veut arriver à quelque chose, il faut partir organisés ! »

Regrouper les revendications et marcher tous ensemble contre Macron

Derrière la division des dates de mobilisations, l’argument des directions syndicales qui imposent cette division est systématiquement la même : l’idée que chacun a ses revendications propres, pour lesquelles il faut lutter indépendamment des autres. Cependant, cette logique amène surtout à diviser les forces et à amoindrir l’impact des grèves et des manifestations. Pour Mickaël Wamen, l’union de toutes ces revendications doit se faire autour d’un minimum commun : « aujourd’hui, c’est le programme du Medef en entier qu’il faut combattre, et il concerne le public, le privé, la jeunesse, les retraités, les chômeurs, les jeunes de quartier populaire qui sont encore plus éloignés de l’emploi que les autres.  »

De fait, le gouvernement et le Medef ne souhaitent épargner personne : outre les ordonnances, c’est aussi les retraites et la Sécu qui sont en ligne de mire pour le gouvernement, qui attaque par ailleurs tout azimut les cheminots, les fonctionnaires, et les étudiants. Face à toutes ces attaques, seul un « tous ensembles », tel qu’il a pu émerger en 1995 durant la lutte contre le plan Juppé pourrait faire reculer le gouvernement. Cependant, cette union supposerait la mise en place d’un front unique entre toutes les organisations syndicales et politiques : « au niveau du Front Social on a appelé à cette union qui est plus nécessaire que jamais,explique Mickaël Wamen Il aurait fallu qu’entre le 21 et le 23, il n’y ait qu’une seule date : les fonctionnaires ont peut être des problèmes différents des routiers, mais leur problème commun, c’est une politique qui nous met tous à mal et qui est dirigée par le gouvernement. […] J’en appelle à une table ronde, entre la fédération des routiers et celles des fonctionnaires. Profitons du blocage des axes routiers pour bloquer plus généralement l’économie. On doit se mettre au tour d’une table et qu’on ressort avec une feuille de route. Beaucoup de salariés ont peur qu’on n’ait pas cette feuille de route. On ne peut pas continuer comme cela : si demain on perd, on a tout perdu.  »

Une stratégie pour gagner : la grève générale et l’occupation des usines

Tout perdre… ou tout gagner. Évidemment, à l’heure actuelle, le gouvernement est dans une position de force pour imposer sa loi travail XXL, en utilisant tous les outils que la bourgeoisie utilise maintenant depuis plus de 70 ans : division syndicale, éclatement des revendications, lutte contre toute jonction entre public et privé, etc. Cependant, si le rapport de force est pour l’instant à l’avantage du gouvernement, Mathias Dupuis est loin d’être défaitiste : « la seule façon qui a permis de gagner, quand on regarde l’histoire sociale de la France, c’est quand les salariés reconduisent la grève et occupent leur usine, comme en 1936 et 1968. Aujourd’hui, la victoire sera celle des salariés, en occupation d’usine, en grève à l’intérieure de celle ci et qui arrêtent les productions. Si par exemple demain, les mecs d’EDF coupent le courant et que la France est dans le noir, Macron il arrêtera vite fait ! explique le syndicaliste en souriant. Pour lui, rien n’est perdu, au contraire : « si on veut gagner, il va falloir bloquer l’économie, et surtout les secteurs stratégiques sans lesquels la France ne tourne pas : les transports par exemple, ont permis de gagner contre le CPE. En 1995, pendant une semaine, pas un train n’a roulé en France ! Et on a gagné sur certaines revendications. Il faut prendre le patronat à la gorge, c’est à dire au porte-monnaie qu’on pourra gagner. Et pour cela, il faut des appels décisifs et convergents pour qu’on aboutisse à une réussite.  »

Face à la division des dates qui, pour l’instant, fait le jeu du gouvernement en divisant les forces des opposants à la loi travail, c’est donc une toute autre stratégie qui revient de plus en plus dans les slogans de manifestation tout comme dans les tracts d’usines : la grève générale, comme seul moyen d’imposer un rapport de force tel que le gouvernement ne pourra plus que reculer. Pour cela, les appels aux grèves reconductibles, telles que celles des routiers de FO et de la CGT, mais aussi des métallurgistes de l’UD du Nord, doivent être des points pour lancer un mouvement plus large, qui réunit public et privé, précaires et chômeurs, étudiants et retraités.

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Commentaire(s)

> S’unir pour ne plus subir

Amis et camarades,

Comme vous, nous constatons que le programme de Macron n’épargne personne, des étudiants aux retraités, des jeunes bénéficiant de contrats aidés aux assurés sociaux, des chômeurs aux locataires, des salariés à toute la population. Ce ne sont pas des « réformes » mais une contre-révolution libérale.

De toute urgence, nous voulons avec vous lever les obstacles à la mobilisation :
- d’un côté les mesures dévoilées chaque jour globalisent une offensive contre toutes et tous, de l’autre les dates de l'agenda de ripostes organisent leur dispersion.
- d’un côté un besoin de résister et une aspiration unitaire s’expriment en de nombreux endroits, de l’autre des prévisions de cortèges et d’actions semblent s’ignorer, voire se concurrencer.
Nous ne nous pouvons pas nous permettre le luxe d'une défaite. L’offensive de Macron est bien trop dangereuse et touche à l’essentiel.

La manifestation du 12 septembre, formidable encouragement, appelle une suite à la hauteur.

Mais la suite, pour l’heure ?
- le 21, journée interprofessionnelle avancée par la CGT ;
- le 22, adoption des ordonnances Macron ;
- le 23, manifestations de la France Insoumise et/ou de la CGT pour la paix ;
- le 25, début de la grève à l’appel des Fédérations de Transport CGT et FO ;
- le 26, journée nationale pour la défense des hôpitaux psychiatriques
- le 28, les retraités puis le 10 octobre, la fonction publique, le 13 octobre, la métallurgie...

Les voilà bien, les raisons de notre appel !

Toutes et tous, nous devons nous mettre autour d’une table pour définir ensemble une feuille de route, un plan de luttes, de grèves, de manifestations et des revendications communes, qui, en plus du retrait des ordonnances, permettent d’associer toutes les catégories professionnelles, la jeunesse, les précaires, les chômeurs, les retraités.
Embauches massives, hausse importante des salaires, développement des services publics et de la Sécurité sociale, c’est sur cette base commune que toute la population peut être entraînée dans la lutte pour envoyer aux oubliettes les projets de Macron.

S’unir pour ne plus subir, tout bloquer pour gagner, ce message du Front Social, nous allons le porter lors des échéances déjà décidées :
- nous appelons à réussir la journée du 21 septembre, veille de l’adoption des ordonnances. Par les manifestations, les grèves, le 21 doit peser de toutes nos forces.
- Le 23 septembre, le Front Social portera aux manifestants de la France Insoumise la proposition unitaire de la convergence des luttes pour gagner.
- Le 25 septembre, la grève des fédérations de Transports CGT et FO fait surgir le besoin de mouvements qui bloquent l’économie, autour desquels la solidarité de tous doit s’exprimer.

Ne nous dispersons pas ! Si le but est bien de construire un mouvement pour gagner, alors l’unité d’action doit l’emporter sur la dispersion qui conduit à la défaite. Tout est encore possible, et la bouffée d’oxygène du 12 septembre nous fonde à espérer l’élan unitaire de toutes et tous.

Soyons à la hauteur des enjeux, rencontrons-nous sans délai ni préalable. La résistance victorieuse au désastre social organisé par Macron est à ce prix, à la portée de toutes et tous.

Front Social, le 12 septembre 2017