Nantes : la victoire de Macron au son des grenades

Mis a jour : le lundi 8 mai 2017 à 20:00

Mot-clefs: Resistances antifascisme election(s)
Lieux: Nantes

Comme le soir du 1er tour, quelques centaines de personnes se retrouvent dimanche 7 mai, Place du Bouffay, pour passer la soirée électorale en compagnie. Petit à petit, une assemblée se met en place, où l'on échange sur des sujets aussi divers que les façons de construire son autonomie matérielle, l'histoire des acquis sociaux de la Résistance ou les violences policières. La proposition d'une manifestation dès le lendemain du second tour, ce lundi 8 mai, est applaudie mais pas reprise par la suite.Puis tombent les résultats. Le candidat de la finance, l'incarnation de la politique Spectacle, du marketing post-politique dirigera la France pour les 5 prochaines années. Huée, slogans. La foule s'étoffe. On apprend que l'abstention bat des records, et que les votes blancs et nuls atteignent un niveau historique. Le nouveau chef d'Etat part d'entrée de jeu avec un grand discrédit. Il n'y aura pas "d'état de grâce". A Nantes, le FN réalise un score minuscule. Ce qui veut aussi dire que Macron obtient une victoire soviétique, avec près de 90% des suffrages exprimés. On se console en se disant que l'extrême droite n'a toujours pas sa place dans l'Ouest. Puis un cortège se met en route.

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Le long des grands axes, les manifestants s’agrègent. Premier objectif : la Place Royale, où doit se tenir une fête célébrant la victoire du banquier. Les manifestants sont repoussés par un gros dispositif policier. La place restera vide toute la nuit, les caméras de télévision y attendront en vain. Pour une fois, le nouveau président ne sera pas salué par ses fans sur l'espace public. En 2012, des milliers de personnes avaient fêté la victoire de Hollande sur cette même place.

Retour sur le Cours des 50 Otages. Bonne ambiance derrière la banderole, où l'on compte à présent près de 800 personnes. Rue de Strasbourg, après quelques projectiles sur les façades de la mairie, les CRS tentent de nasser le cortège, puis finissent par rouvrir la rue sous la pression de la manifestation. Les slogans repartent de plus belle.

Ce défilé n'a de sauvage que la police qui l'attaque, au niveau de la Place du Bouffay. Sans raison apparente, un escadron de BAC ouvre le feu sur les manifestants. Tout y passe : gaz, grenades, balles en caoutchouc. Une manifestante reçoit même simultanément un tir de LBD et un éclat de grenade dans les jambes. Des balles fusent à hauteur de tête. Une photographe est sérieusement atteinte par un projectile. La préfecture expliquera pudiquement à la presse qu'elle voulait éviter un « deuxième tour de manifestation à risque ». Le cortège se reconstitue mais se heurte à nouveau à un mur de policiers. Gazage massif. Des feux d'artifice crépitent. Course poursuite entre quelques dizaines de manifestants et la BAC. La banderole est dérobée. Certains finissent nassés et menacés dans un passage sous terrain vers le square Mercoeur. Quelques uns peuvent sortir, d'autres sont embarqués. 8 personnes passeront la première nuit du quinquennat en garde à vue, essentiellement pour refus d'identité.

Plus tard dans la nuit, des militants d'extrême droite insolents, qui s'étaient autorisé quelques provocations derrière les lignes de CRS, seront aperçus et mis en fuite dans les ruelles de Bouffay.

Cette première manifestation post-électorale, agrégeant au delà des milieux militants classique et faisant preuve d'une vraie énergie aura été une réussite malgré ce nouvel épisode de répression. Il reste maintenant à faire converger les différentes sensibilités qui ont fait la puissance du mouvement social de l'an dernier pour construire un vrai rapport de force face aux attaques du président des riches.

Commentaire(s)

> Manifestation du 07/05/2017, suite au deuxième tour des élections présidentielles

Suite à une manifestation des plus confuses, il nous a été difficile de recenser tous.tes les personnes blessé.es. Les Médics présents ont dû courir dans tous les sens.

Nous lançons donc un appel à témoignages ! Si vous avez vu ou si vous avez été vous-même blessé.es, vous pouvez nous envoyer un message privé ou nous contacter sur streetmedicsnantes@riseup.net

Bilan des blessé.es:

- On notera un usage particulièrement récurrent de gaz lacrymogènes.

- Une journaliste a été touchée au mollet par une grenade de désencerclement aux abords de la Place Royale en début de defilé. Elle a été transportée à l'hôpital.

- Un homme touché par un tir de LBD rue de Strasbourg, en dessous du coeur au niveau des côtes flottantes. S'il nous lit, nous lui conseillons d'être examiné par un médecin au plus vite, ce type de blessures pouvant provoquer des dégâts en interne.

- Un homme en état de quasi-malaise après avoir été gazé rue de Strasbourg

- Un homme bousculé/violenté par la BAC durant la nasse et les contrôles d'identité/interpellations qui ont eu lieu près du souterrain à côté du Parc du Dragon. Il est sorti de la nasse en état de choc.
- Une femme a été touchée au ventre par un impact de grenade de désencerclement et un tir de LBD au genou Place Bouffay, à la fin de la manifestation.
- Un homme a été touché à la cuisse par un impact de grenade de désencerclement à la sortie de la rue de Strasbourg.
- Une femme a été touchée au mollet par un impact de grenade de désencerclement entre rue de Strasbourg et la Place Bouffay.
- Un jeune homme a été touché par un tir tendu de grenade lacrymogène au niveau du tibia (écorchure + hématome étendu)
- Un Medic à côté de la nasse près du parc du dragon a été violenté par la BAC qui l'a projeté contre un grillage.
- Au même moment, une personne a été matraquée par un CRS
- Une autre personne a été matraquée place du Bouffay lors d'une charge de la BAC
- Une troisième personne a aussi été matraquée plus tard, place du Bouffay, lorsque la place était encerclée par les forces de l'ordre.
- Un homme a été gazé à la gazeuse à main lors de la fin de la nasse près du Parc du Dragon.
- Une autre personne gazée à la gazeuse à main lorsque les membres des forces de l'ordre ont encerclé la Place du Bouffay.
Plus tard dans la nuit, il a été recensé :

- Une femme gazée à la gazeuse à main. Vive sensation de brûlure au visage et aux yeux, gêne respiratoire importante après le gazage.
- Une Medic à vélo, à l'arrêt a vu un camion de la CDI piler devant elle. Touchée au genou, elle n'a pas fait de chute.
- Un autre Medic a été étranglé par la CDI, puis matraqué.
- Une autre Medic a fait part d'une grosse migraine ainsi que de nausées et de vomissements lorsqu'elle est rentrée chez elle après la manifestation. Ces symptômes sont dûs à l'exposition aux gaz lacrymogènes.

Nous rendons compte pour l'instant d'une vingtaine de blessé.es pour ce bilan provisoire.

Prenez tous.tes soin de vous, et envoyez-nous vos témoignages !

Amour, Maalox et Sérum phy

> Et les arrestations...

Impossible de savoir précisément combien de personnes ont été contrôlées, combien ont été embarquées à Waldeck et combien y ont passé la nuit, sans doute entre 15 et 20.
A 13h30 on comptait encore 9 personnes en garde à vue: https://nantes.indymedia.org/articles/37677
Un relai pour les accueillir chaleureusement à leur sortie est en cours, y'a besoin de soutien pour relayer les gens qui y sont depuis hier soir !