Analyse: Dimanche 23 avril.

Mis a jour : le mardi 25 avril 2017 à 14:05

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Le duel annoncé par les sondages et organisé par les médias depuis plusieurs semaines est confirmé par les urnes. Un banquier face à une raciste. Macron face à Le Pen. C'est la victoire d'un système qui met en scène depuis des années cette finale spectaculaire entre la finance et le repli sur soi. La surprise de ce soir d'élection, c'est qu'il n'y en a pas. A tel point que, malgré un score historiquement élevé de la gauche « radicale », les rues sont quasiment désertes. Pourtant l'extrême droite est au second tour, et la situation est critique. Premiers éléments d'analyse.

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1- Les véritables héros de cette soirée électorale ne sont pas les finalistes, Macron et Le Pen. Ce sont les stratèges du Parti Socialiste ! Malgré un score historiquement faible, et un parti à l'agonie, les socialistes ont réussi un incroyable coup politique. Pourtant, jamais un parti n'avait été autant détesté. Au printemps, ses permanences étaient visées dans toute la France, et son université d'été annulée à la rentrée. Après avoir gouverné pendant 5 ans à coups de Flash-Ball et de 49.3, d'état d'urgence et de Loi Travail, après avoir expulsé des réfugiés par dizaines de milliers et fait tirer sur les manifestations, l'ultime héritage du PS aura été d'organiser les conditions pour un duel entre la droite et l'extrême droite. Tel est le rôle historique de la sociale démocratie. Comment ont-ils procédé ? Dans un premier temps, Macron, le ministre de l'économie et conseiller du président, se désolidarise du bilan catastrophique de Hollande. Avec la victoire d'un réactionnaire traditionaliste et autoritaire aux primaires des Républicains, Macron dispose d'un boulevard à droite. Boulevard d'autant plus large que Fillon se révèle être un escroc et un voleur. Dans un second temps, Benoit Hamon joue un rôle déterminant dans le dispositif. Le petit apparatchik insignifiant du PS devra neutraliser Mélenchon. C'est son rôle, auquel il s'attèle avec une efficacité remarquable. Le score pathétique du candidat du PS, lâché par son propre camp, importe peu. Il est suffisant pour empêcher – de justesse – le candidat des Insoumis d'atteindre le second tour, et permettre le triomphe de Macron. Quant au FN, le gouvernement socialiste l'a conforté pendant 5 ans, méthodiquement. En reprenant ses idées sur le plan sécuritaire et identitaire d'une part. En provocant un désarroi social plus profond que jamais d'autre part. En s'attaquant d'avantage à sa gauche qu'à l'extrême droite enfin. Toutes les conditions sont réunies pour que le poulain du président atteigne la magistrature suprême. "Tout changer pour que rien ne change" c'est la maxime cynique du roman Le Guépard, que François Hollande aurait pu faire sienne.

2- Les masques tombent quelques minutes après l'annonce des résultats. Immédiatement, l'ensemble de l'appareil socialiste encense son véritable candidat. De Benoit Hamon à François Hollande en passant par la maire de Nantes, Johanna Rolland, tous appellent sans réserve à élire Macron. Le PS annonce même l'impression de millions de tracts pour le banquier. Le PS mettra plus de ferveur à faire élire Macron qu'à soutenir son propre candidat au premier tour ! D'ors et déjà, des dizaines d'élus socialistes entendent se faire élire sur les listes Macronistes aux législatives, et la volonté de Manuel Valls de créer un pole centriste néo-libéral est en passe de se réaliser.

3- De quoi Macron est-il le nom ? Le candidat des médias et des banques est à mi chemin entre un télévangéliste criard et un manager de fast-food. Il est vide, gris, malléable. Plastique. Il est à l'image du capitalisme contemporain : c'est un produit marketing. Macron incarne la mort de la politique. La victoire au premier tour du seul candidat dont personne ne connaît le programme en dit suffisamment long sur l'état de décomposition avancée de la politique. Macron face à Le Pen, c'est aussi la mort du système des partis. La droite et la gauche classiques sont éliminées. Un séisme bien plus puissant que celui du 21 avril 2002. Du jamais vu sous la Vè République. Macron, reprend les codes, le storytelling, les techniques de communications anglo-saxonnes. Il incarne l'américanisation avancée de la vie politique, et le duel qui l'oppose à Le Pen ressemble bien à celui qui voyait s'affronter Clinton face à Trump il y a quelques mois.

4- En avril 2002, spontanément, à l'annonce du passage du Front National au second tour, des milliers de personnes descendent dans les rues le soir même. Les lycéens se mettent en mouvement. Les manifestations de l'entre deux tours réunissent plusieurs millions de personnes, dont près de 80 000 à Nantes ! La mobilisation est historique. Chirac refuse toute discussion avec l'extrême droite. Cinq ans plus tard, quand Sarkozy gagne l'élection présidentielle suivante, des milliers de personnes descendent à nouveau dans les rues, plusieurs soirs d'affilées, dans la plupart des villes de France. A Nantes, plusieurs nuits d'affrontement ont lieu devant la préfecture. Et en avril 2017 ? Un second tour oppose la droite néo-libérale à l'extrême droite. Quelques maigres cortèges de quelques centaines de personnes défilent péniblement dans une poignée de villes : Paris, Nantes, Rennes, Rouen. Les manifestants sont sévèrement réprimés. Pourtant, la gauche radicale n'a jamais recueilli autant de voix. Que s'est-il passé ? Nous avons changé d'époque. Et le fascisme peut s'installer sans fracas.

5- Et maintenant ? Les partis sont morts, vive la révolte ! Les candidats l'ont compris, en menant campagne sans parti – Macron a crée une start up, Mélenchon un groupe de fans, Le Pen un lobby du fascisme aseptisé – : nous vivons la fin d'un cycle. Sauf surprise – possible, tant la situation politique reste incertaine et l'abstention sera forte –, Macron sera le prochain président français. Sa victoire ouvrira des opportunités révolutionnaires. En digne héritier de Hollande, il est condamné à décevoir. Un produit marketing ne fait jamais illusion indéfiniment. En Marche ! aura toutes les peines du monde à obtenir une majorité législative, et le candidat des banques devra donc gouverner à base de 49.3, d'ordonnances et de procédures accélérées pour mener à bien son programme de cadeaux aux riches. Son « projet » : une somme d'individualismes tristes, un agrégat d'humains précaires et obéissants, «auto-entrepreneurs», est voué à rencontrer des résistances.

C'est dans ce contexte qu'il faudra, dans les jours et les semaines à venir, établir un rapport de force politique dans les têtes et dans la rue avec le prochain pouvoir.

Link_go https://www.facebook.com/Nantes.Revoltee/photos/a.336512019718311.70910.294803323889181/1314761175226719

ptit message d'une personne qui en marre de rendre les infos libres, le jour où Nantes Révoltée cessera de produire de l'info qui allimente d'abord les réseaux capitalistes, p't'être des choses bougeront un peu plus profondément...

Commentaire(s)

> Salut

P'tit message de personnes de Nantes Révoltée qui en ont eu marre de se faire injurier de façon récurrente par des anonymes sur indymedia Nantes, et qui ne publient donc plus ici. Le jour où Nantes possèdera un site d'info libre où ne règneront plus les aigreurs, les querelles du microcosme limitant, et les règlements de comptes sur internet, p't'être des choses bougeront un peu plus profondément ...

Cordialement

> argument à revoir...

Parce que Nantes Révoltée se fait pas insulter sur facebook ??? c'est un argument assez étonnant.
Et peut-être que certain-e-s confondent critique et insultes, je sais pas... Et puis ça fait pas mal d'articles de NR qui sont publiés sur indymedia et j'ai pas vu d'insultes, mais j'avoue je surveille pas, j'ai autre chose à faire.
Surtout, en fait, la chose plus importante, c'est quoi ? Aider les gens à sortir du capitalisme ou faire attention à sa réputation ? Y'a plein de monde qui refuse, ou quitte facebook, surtout ces derniers temps, parce que ça devient impossible de tout suivre. Alors je sais pas, j'ai pas demandé que les choses soient publiées sur indymedia, juste AILLEURS que sur facebook déjà, faire ses propres medias PUIS relayer sur facebook. Y'a d'autres pages qui font ça et elles ont pas l'air de s'en porter plus mal...

> Curieux

Je passais par là et comme je suis curieux j'ai cherché les articles de Nantes Révoltée et c'est curieux : pas de commentaires sur les articles sauf un où y'a clairement des règlement de comtpes. Mais en fait y'a d'un côté les mêmes arguments, comme quoi Nantes Révoltée se fait insulter et qu'il y aurait que des "aigris" ici (merci) et beaucoup plus de monde sur facebook et puis des règlements de comptes. De l'autre y'a plein de critiques avec pas mal d'arguments, et aussi des règlements de compte qui mènent à une histoire pas trop glorieuse.
Côté insultes, en fait c'est plutôt équilibré.
Donc oui, vraiment, c'est curieux parce que facebook est pas connu pour ne pas compter des insultes et réglements de compte (pour le reste, j'suis d'accord, y'a plus de monde qui se fait allègrement pister volontairement à coup de clic...) mais je pense pas que souligner le probleme qui consiste à s'orgniser uniquement sur facbook et du coup faire tracer les gens qui y sont soit une insulte, non ?

> Une ou deux remarques

Le premier point de ce texte contient quelques affirmations qui semblent un peu rapides et inexactes :

- "jamais un parti n'avait été autant détesté". L'UMP de Sarko en 2007 étaient pas spécialement apprécié non plus, et subissait le même genre de déboires. C'est pas pour faire un concours entre les deux, mais pour rétablir un fait qui du coup tronque un peu l'analyse de ce premier point.

- Le rôle historique de la sociale-démocratie n'a jamais été d'organiser un duel entre la droite et l'extrême-droite.

En espérant ne pas se manger une de ces volées d'insultes de la part des auteurs...

> Un certain nombre de contradictions

Au-delà de nombreuses affirmations que je partage, il y a dans ce texte un certain nombre de contradictions, dont la plus évidente est celle-ci : le texte semble d’un côté nous dire que tous les candidats, c’est la même chose, mais il nous dit aussi que « l'extrême droite est au second tour, et la situation est critique ». Critique en quoi exactement ? L’élection de Le Pen serait-elle par hasard pire que celle de n’importe lequel de ses concurrents démocrates ?

D’autre part, où les auteur(e)s de ce texte voient-ils « le fascisme s’installer sans fracas » ? Ou alors, il va falloir qu’ils ou elles nous expliquent ce qu’ils appellent exactement le « fascisme ».

Enfin, il paraît d’après le texte que « Macron sera le prochain président français. Sa victoire ouvrira des opportunités révolutionnaires ». Je pense qu’à travers cette affirmation il n’y a pas que Macron qui est condamné à décevoir… ou alors, les auteur(e)s de ce texte n’ont pas la plus petite idée de ce qu’est une révolution…