Paris : Dissolution de La Discordia – La plus belle mort est celle qui fait place à la vie

Mis a jour : le dimanche 9 avril 2017 à 16:01

Mot-clefs: -ismes en tout genres (anarch-fémin…)
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Après presque deux ans d’une existence tumultueuse qui donnera tout son sens – peut être un peu trop – à son nom, la bibliothèque anarchiste La Discordia, pour d’autres raisons, a décidée de se dissoudre dans des projets qui lui semblent plus intéressants, et plus à même de répondre aux enjeux d’une époque troublée qui n’a rien de formidable. D’une part, la mise en avant et l’organisation selon les principes d’un courant circonscrit de l’aire révolutionnaire, dans une non-mixité théorique qui ne peut mener, à terme, qu’à la construction de groupes homogènes, imperméables, perdant tout l’intérêt et la richesse que pouvait apporter l’addition des individus qui la composaient originellement (ceux-ci se modelant les uns sur les autres jusqu’à devenir semblables), une homogénéité capable de transformer toute pensée, même l’anarchisme, en idéologie à laquelle il faudrait s’adapter comme des automates plutôt que de l’adapter à nos besoins, et toute individualité anarchiste en petit soldat ou en vilain canard. Une cause prétendument « commune » qui serait supérieure à nous-mêmes, à laquelle il faudrait se conformer, et que nous ne voulons plus reproduire et perpétuer. La Discordia meurt de l’observation empirique de l’impasse théorique et pratique des groupuscules politiques qui se croient suffisants et se satisfont d’eux-mêmes, et des rapports de force qui finissent nécessairement par régir l’ensemble des relations en son sein, où des amitiés se transforment en rivalités, où les égos frustrés pensent pouvoir se venger des gens heureux, dans une mascarade illusoire qui finit par prendre la place de la lutte contre l’autorité.

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Les suites des attentats religieux qui ont secoués la ville de Paris, bien qu’ayant charrié au sein de la mouvance leur lot de paniques idéologiques diverses, conscientes ou inconscientes, et les diverses attaques matérielles que nous avons subies, qu’elles soient issues des milieux identitaires et réactionnaires ou des larbins de l’Etat et des ministères ne jouent aucun rôle dans cette auto-dissolution, elles n’ont fait que renforcer la nécessité de tenir le cap malgré l’accroissement, chez plusieurs d’entre-nous (les derniers restants, le collectif ayant fortement changé à deux reprises), de doutes et de contradictions insolvables quand à la forme d’organisation dite « affinitaire » (qui a pu avoir son sens à une époque où ce mot fut compris), en tout cas groupusculaire. Nous avons goûté à cela, nous avons même probablement contribué à renforcer des logiques sectaires qui ne faisaient que s’ajouter aux rapports de domination du quotidien, alors que nous souhaitions être tellement plus qu’un autre outil de notre propre misère pratique et organisationnelle. Si la beauté des gestes n’est plus suffisante, si l’illusoire confort des certitudes morales se fissure, si la psycho-rigidité idéologique et militante ne laisse plus place à l’intelligence et la créativité, si la gestion des rapports humains devient celle d’une famille, alors il faut s’arrêter. Il faut essayer autre chose. Apprendre de son expérience et repartir au combat dans de nouveaux élans.

Reste que de nombreuses rencontres et pistes positives ont été explorées ici et là, parfois de façon inédite, elles se poursuivront. Malgré les tentatives d’empêchement permanent guidés par des instincts de conservation et des illusions de préservation idéologique, se transformant parfois en harcèlement, il se trouve que par percées d’hétérogénéité, une circulation de l’intelligence a parfois pu prendre place pour donner des armes à nos refus, à la négation de l’existant, nous donnant plus de carburant pour la suite. Et suite il y a, cette fois, en dehors des sentiers battus et rebattus de l’idéologie groupusculaire et des identités politiques, c’est du moins la tentative qui s’amorce et va s’expérimenter dans un enthousiasme qu’on aurait pu croire perdu, et qui nous donne les forces de construire ce pont au-dessus du précipice contemporain. Ainsi nous sommes heureux d’annoncer que les individus qui composent ce projet dans sa dernière « génération » ont décidé de dissoudre La Discordia pour laisser place à un projet plus large, plus ouvert, sans effusions de rigidité groupusculaire et d’opacités assiégées, et qui selon nos analyses, est plus à même de répondre à l’époque. Une époque qui nécessite bien plus pour nous de rencontrer de nouveaux compagnons et camarades avec qui élaborer des perspectives plus ambitieuses, plutôt que de renforcer des groupes et s’enfermer dans les derniers restes de mouvance qui se meurent et pourrissent sur pied face au rouleau compresseur post-moderne. Les Fleurs Arctiques est une hypothèse et une aventure qui nous semble, aujourd’hui, plus intéressante et plus excitante que la notre, dans le contexte d’un anarchisme plus mourant que jamais dans la capitale et en France, isolé et dispersé sans aucun réseau, ou pourrissant au sein de micro-partis « informels » (dont feu le notre) en l’absence de troubles sociaux dans lesquels intervenir. La préservation a assez duré. Ainsi, nos locaux sont désormais ceux des Fleurs Arctiques, et notre collectif se dissout en elles.

Pour la révolution. Pour l’anarchie. Pour la liberté.

Avril 2017,
La dernière Discordia.

https://ladiscordia.noblogs.org/

Infos pratiques :

  • Les livres empruntés à La Discordia peuvent être rendu aux Fleurs Arctiques.

  • Les adresses inscrites à la mailing-list de La Discordia seront transférées sur celle des Fleurs Arctiques (sauf mention contraire de votre part)

  • Il en va de même pour les souscriptions financières.

  • Les dernières permanences auront lieu tous les mercredi jusqu’à celle du 19 avril (incluse).

  • Le blog des Fleurs Arctiques.

Commentaire(s)

> commentaires en moderation à priori

indymedia nantes servant régulièrement de crachoir pour réglements de comptes dans les commentaires d'articles sur ce sujet, le passage des commentaires en modération à priori devrait permettre de poser des critiques / complément sur des bases politiques plutôt que des réactions épidermiques...

> .

C'est sympas de rendre publique sa lettre de démission de l'anarchisme.
Mais pourquoi ne pas dire les choses plus ouvertement ? Là on comprend pas ce qui fait que la personne ne sera plus dans cette attitude groupusculaire, sectaire et ses erreurs qu'il dénonce. À moins que ce soit seulement une façon de cracher sur tous les anarchistes, et de dire " moi j'ai retourné ma veste, alors je me permets de vous cracher tous dessus, parce que j'ai trouvé ma voie ... le communisme" ..

Et Emma Goldman s'en retourne dans sa tombe ...

> Adieu

Bon, c’est la lettre de démission d’un anarchiste de l’anarchisme ... Sa publication ne me semble pas pertinente, surtout qu’à l’évidence les pseudos "auto-critiques" qui y sont faites sont en réalité des piques mesquines adressées directement aux anarchistes parisiens.

Que certains perdent leurs illusions et décident de prendre un autre chemin, soit.
Qu’il se sent obligé d’insulter tout le monde au passage, en faisant croire que ce sont des auto-critiques, alors qu’il est lui-même passé à autre chose (en politique on appelle ça retourner sa veste), je dis non.
L’anarchisme ne sera pas déclaré mort parce que quelqu’un est passé à autre chose (et qu’il critique ce qu’il a été le seul à faire à un niveau aussi poussé). Un peu de sérieux ! Y a aussi des gens pour qui les idées anarchistes ne sont pas une lubie éphémère qu’on choisit pour se sentir rebelle et faire chier ses vieux. S’il fallait qu’à chaque crise d’adolescence passée les papillons déclarent l’anarchisme mort, on l’aurait enterré 100 fois déjà !

Et puis, ça serait bien d’expliciter ce que sont ces "réseaux" manquants, et ce que sont ces "micro-partis", parce qu’on dirait quand même que feu la Discordia ("les fleurs arctiques" de maintenant donc) essaie l’air de rien de régler des comptes à "la concurrence" ou à des personnes particulières (et tout ça est très opaque, c’est pas très compréhensible vu de l’extérieur) en balançant des petites phrases comme ça, que personne ne peut vraiment comprendre, qui laissent planer un doute.

Et bon, bizarrement, ce texte m’a beaucoup fait penser à un autre texte : https://www.non-fides.fr/?Adieu-Non-Fides
Et visiblement on voit que depuis 2009 ça a dû pas mal tourner en rond pour en arriver à faire plus ou moins le même constat ... Et j’ai envie de dire que les échecs personnels (et répétitifs) de certains ne concernent pas l’ensemble des personnes qui défendent des idées (ici, donc, l’anarchisme), et qu’à l’évidence, considérer un problème individuel comme un problème commun à tout un ensemble de personnes est tout à fait malhonnête et facile pour éviter une vraie remise en question personnelle sur la responsabilité d’un individu précis dans les échecs de différents projets à différentes époques avec différentes personnes.

Donc, si le but de ce texte est seulement de chier sur les autres, de pointer le doigts sur les vilains qui incarneraient le mal, et de se dédouaner de ses propres erreurs/fautes, je trouve que c’est pas très mature, et je pense que ça n’intéresse personne de telles gamineries dont, d’ailleurs, peu de gens peuvent comprendre les tenants et aboutissants (à commencer par les personnes de qui isent Indymy Nantes, qui n’ont aucune raison d’être au courant de ces petites guéguerres entre anarchistes - ou feu anarchiste en l’occurrence). De plus, ça a déjà été publié sur le site de son auteur, et sur le blog de la discordia.