La relaxe scandaleuse de Georges Bensoussan

Mis a jour : le samedi 18 mars 2017 à 10:33

Mot-clefs: Racisme Répression Resistances contrôle social antifascisme
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Sidérant : l’énoncé suivant, « dans les familles arabes, en France, l’antisémitisme, on le tète avec le lait de sa mère », n’est pas raciste ! Il s’agit, selon les juges qui viennent de relaxer Georges Bensoussan , d’une pure et simple – et innocente – figure de style, en l’occurrence une « catachrèse »...

Tranquillement, l’année dernière, un arrêt du Conseil des Prud’hommes de Paris nous avait expliqué que traiter quelqu’un de « PD » n’avait rien d’homophobe puisqu’il était « reconnu que les salons de coiffure emploient régulièrement des personnes homosexuelles ». Ce qu’aujourd’hui on nous explique, c’est que désigner en bloc « les Arabes » comme des êtres congénitalement antisémites n’est pas du tout une injure raciste mais, attention, une catachrèse.

La catachrèse, mot grec par lequel on veut sans doute nous intimider (κατ?χρησις, katákhrêsis), est une figure rhétorique consistant à détourner le sens propre et littéral d’un mot, par exemple (nous reprenons celui de l’article du Point) dans une expression comme « les pieds d’une chaise ».

Là où l’on se moque de nous, évidemment, c’est lorsqu’on fait mine d’ignorer que l’utilisation d’une figure rhétorique n’entraîne absolument pas un phénomène linguistique fantastique, surnaturel, hissant l’énoncé dans une tout autre dimension du langage où l’on ne dirait pas ce que l’on dit. C’est même l’inverse qui est vrai : les tropes – car la catachrèse appartient à la catégorie des tropes – sont destinés à enrober et embellir un texte ou à le rendre plus vivant, et consistent donc à employer un mot ou une expression dans un sens détourné de son sens propre, mais en aucun cas dans le but de transformer substantiellement sa signification : il s’agit bel et bien d’embellir un message, ce qui est tout à fait différent d’une transformation quant au fond. L’antonomase ou la métaphore, par exemple, sont des figures exprimant des catachrèses.

Si en l’occurrence on reprend l’exemple donné, si donc on parle des pieds d’une chaise, ce n’est certes pas, évidemment, pour laisser entendre que les chaises ont de vrais pieds de chair et d’os, dotés d’orteils, mais pour autant le choix du mot pied n’est pas arbitraire et anodin, et il indique même une équivalence : si l’on choisit de parler de pieds à propos d’une chaise, c’est justement pour signifier que même si ce ne sont pas des pieds au sens propre, les parties de la chaise que l’on appelle ainsi en sont l’équivalent, dans la mesure où elles assurent la même fonction par rapport à l’objet chaise. Elles soutiennent, en l’occurrence, le reste de la chaise, en se posant sur le sol, de la même manière que les véritables pieds d’un véritable corps soutiennent le reste du corps, en se posant, eux aussi, sur le sol.

Et de manière identique, même s’il est évident pour tout le monde (à commencer par les associations antiracistes qui ont porté plainte contre Georges Bensoussan) que l’antisémitisme n’est pas un liquide biologique comestible de couleur blanchâtre produit par les glandes mammaires des mammifères femelles, et qu’il ne se transmet donc pas par allaitement, il n’en demeure pas moins que le choix de cette catachrèse vient signifier que tout se passe comme si la transmission du poison antisémite était biologique : elle est tout aussi mécanique, héréditaire, irrémédiablement inscrite dans un déterminisme absolu. De même que les pieds de la chaise soutiennent ladite chaise comme de vrais pieds organiques soutiennent l’organisme humain, l’antisémitisme est ici désigné comme une (mauvaise) nourriture spirituelle que tout enfant d’Arabes est nécessairement amené à assimiler, de la même manière que tout petit d’Homme assimile sa ration de lait – cela est d’autant plus clair et univoque que Bensoussan dans sa phrase n’incrimine pas certaines familles arabes, mais « les familles arabes ».

Puisque Georges Bensoussan ne parle pas d’un véritable lait, d’un véritable allaitement et d’une véritable digestion du lait ingurgité, le Tribunal conclut qu’il ne saurait être question de « racisme biologique ». C’est pourtant d’un racisme caractérisé qu’il s’agit, un racisme que depuis plusieurs décennies, en philosophie, en sociologie ou en histoire, on qualifie de racisme culturaliste, dès lors qu’un groupe entier, catégorisé de manière raciale (le groupe arabe) est essentialisé, homogénéisé, amalgamé, c’est-à-dire appréhendé comme un bloc monolithique et collectivement incriminé (ce que fait sans aucun doute possible Bensoussan, puisque, répétons-le, il dit : les familles arabes). Le propre du racisme culturaliste étant précisément qu’on se dispense de considérations pseudo-biologiques sur la transmission du vice (par un sang, des gènes ou un lait maternel viciés, carencés ou toxiques), pour se rabattre sur une prétendue culture viciée, carencée ou toxique, considérée comme une essence, un destin, un héritage culturel auquel les individus ont tout aussi peu de chance d’échapper qu’à une hérédité biologique.

Voici donc qu’au prix d’une négation de décennies de travail de définition du racisme, au prix aussi d’un usage pour le moins spécieux de la notion de catachrèse, on peut déclarer exempt de tout racisme un discours énonçant pourtant d’une manière absolument explicite que tout un groupe racial (les familles arabes) est de manière nécessaire, structurelle et héréditaire, porteuse d’un fléau social gravissime (l’antisémitisme).

Nous croirait-on si nous disions que nous n’insultons personne en qualifiant l’auteur relaxé de « raclure de bidet » ? Cela n’est pas une injure, pourrions-nous dire, mais une simple métaphore – du latin metaphora, lui-même du grec μεταφορ? , figure de style fondée sur l’analogie, comparaison sans locution comparative.

Commentaire(s)

> lien

http://lmsi.net/Catach-race

> Bensoussan a les fans qu'il mérite, aussi bien les personnalités que les trolls racistes

Propos anti-arabes de Georges Bensoussan: qui les condamne, qui les soutient ?

Ce mercredi 25 janvier à la 17ème chambre du tribunal correctionnel de Paris, Georges Bensoussan était jugé pour avoir affirmé sur France Culture le 15 octobre 2015 (émission Répliques):

« C’est une honte que de maintenir ce tabou, à savoir que dans les familles arabes en France et tout le monde le sait mais personne ne veut le dire, l’antisémitisme, on le tète avec le lait de la mère ».

Ces propos racistes, qui laissent entendre que l'antisémitisme serait transmis à la naissance dans les familles arabes, ont été condamnés par la plupart des organisations antiracistes, mais ils ont toutefois été soutenus par toute une série de personnalités. Voici un récapitulatif des pros- et anti-Bensoussan:

Ils ont soutenu les propos de Georges Bensoussan:

Pierre-André Taguieff

Elisabeth Badinter

Georges-William Goldnadel

Frédéric Encel

Bernard-Henri Lévy

Pascal Bruckner

Haïm Korsia (peut-être le plus surprenant de tous)

Barbara Lefebvre (co-auteure du livre La France Soumise)

Richard Prasquier

Marc Knobel

Isabelle Kersimon

Liliane Kandel

Jean-Paul Enthoven

Guylain Chevrier

Richard Rossin

David Isaac Haziza

Meir Weintrater

Eliette Abecassis

La LDJ

Martine Gozlan (dans le dernier Marianne- d'ailleurs est-ce que cela engage toute la rédaction?)

Ceux qui ont critiqué ou condamné les propos de Georges Bensoussan:

Patrick Weil (au moment-même de l'émission)

Le CCIF

Le MRAP

Dominique Sopo (président de SOS Racisme)

Alain Jakubowicz (président de la LICRA)

Gilles Clavreul (DILCRA)

Mohamed Sifaoui

Bernard Schalscha

> Tous les racistes sont là

On n'est pas étonnés de retrouver, parmi les soutiens de Bensoussan, Meir Weintrater, un autre raciste redoutable, qui s'était distingué en s'en prenant à Jean Ferrat pour sa célèbre chanson « Nuit et brouillard » dans sa revue "l’Arche".

« Je vais vous donner un exemple qui m’a frappé. La chanson « Nuit et brouillard », décrit les victimes, des gens qui sont dans des « wagons plombés »
et dit :

« Ils s’appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel,
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vishnou
D’autres ne priaient pas mais qu’importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux ».

Les deux derniers vers évoquent les résistants, essentiellement les
résistants communistes, puisque c’était la mouvance à laquelle appartenait Jean Ferrat.

Dans les deux premiers vers, Natacha fait référence à l’Union Soviétique, Jean-Pierre, on comprend aussi. Le seul moment où l’identité juive apparaît est dans Samuel et Jéhovah. Quant à Vishnou, on suppose que c’était pour faire la rime. Aujourd’hui, un tel texte serait attaqué pour négationnisme implicite.
Pourtant, je me souviens que j’étais à l’époque très content de cette chanson et ma génération l’a accueillie avec soulagement. On avait le sentiment que l’on reconnaissait quelque chose implicitement même si cela restait très marginal.

NAM : Que faut-il en déduire ?

M.W : Que Jean Ferrat lui-même, en tant que Français communisant, et bien que de père juif avait intériorisé la minoration de la persécution des Juifs, alors même que son propre père est mort en camp d’extermination."

REPONSE DE JEAN FERRAT:

Monsieur,

Je viens de prendre connaissance de votre interview publiée par « Nouvelles d’Arménie Magazine» de janvier 2005 et ne saurais rester sans réagir à vos déclarations me concernant et concernant aussi ma chanson: «Nuit et brouillard », car c’est la première fois depuis 42 ans qu’elle suscite une réaction de cette nature. C’est la première fois qu’on me reproche, en définitive, de n’avoir pas parlé uniquement de l’extermination des juifs.
Vous osez le faire. J’ai envie de dire : « Tant pis pour vous », mais je vous rappelle que justement, «Nuit et brouillard» est dédié à toutes les victimes des camps d’extermination nazis quelles que soient leurs religions et leurs origines, à tous ceux qui croyaient au ciel ou n’y croyaient pas et bien sûr, à tous ceux qui résistèrent à la barbarie et en payèrent le prix.

Que vous puissiez justement, faire un compte dérisoire en regrettant que :
«Le seul moment ou l’identité juive apparaît est dans Samuel et Jéhovah» me paraît particulièrement indigne. Je ne puis également accepter vos interprétations tendancieuses qui concernent les résistants que je célèbre et qui seraient, d’après vous, : « essentiellement communistes ». Je passe sur l’évocation de
«Vishnou » que je n’aurais utilisé que pour la rime alors qu’il symbolisait pour moi toutes les autres croyances possibles.

Si j’avais aujourd’hui à regretter quelque chose, c’est de n’avoir pas cité les autres victimes innocentes des nazis, les handicapés, les homosexuels et les Tsiganes. Mais il est temps, à présent, d’en venir à votre affirmation finale:
«Aujourd’hui, un tel texte (vous parlez, bien entendu, de « Nuit et
brouillard ») serait attaqué pour négationnisme implicite ».

Je me demande par quelle dérive de la pensée on peut en arriver là, et si vos propos ne relèvent pas simplement de la psychiatrie.

Jean Ferrat

http://indigenes-republique.fr/jean-ferrat-repond-a-un-fanatique-sioniste/

> .

L'antisémitisme tranquille...

> Les trolls ont la même définition de l’antisémitisme que l’extrême droite sioniste

Une autre raciste pour la défense de Georges Bensoussan : Isabelle Kersimon, sur les traces d’Yves Coleman et d’Ornella Guyet pour atteindre la notoriété dans la la promotion de l'islamophobie comme les grands.

[…] "Pourtant, il serait faux de penser que les tenants de ce rejet de l’islam aient renoncé. Ils se battent autrement. Certains, de manière radicale, comme Riposte laïque (les anciens comparses de Caroline Fourest, qui appellent à une manifestation en janvier contre les musulmans et pour la Reconquista). D’autres se veulent plus subtils, mais véhiculent le même message. Ainsi, dans l’introduction à leur livre Islamophobie, la contre-enquête (Plein jour, Paris, 2014), Isabelle Kersimon et Jean-Christophe Moreau écrivent : « Ce livre n’a pas pour objet de nier cette réalité ou de relativiser la gravité de ces actes (diverses attaques contre des musulmans). Tous sont à proprement parler islamophobes au sens où ils visent des personnes en raison de leur appartenance réelle ou supposée, à la religion musulmane... » Mais — car il y a un « mais » qui constitue le cœur de l’ouvrage : tout cela n’est pas vraiment grave, est largement exagéré, manipulé. Manipulé, au point pour un des auteurs de déclarer, dans une interview au site anticomplotiste, que la lutte contre l’islamophobie est un complot visant à « nous convertir aux vertus politiques du multiculturalisme ».

Isabelle Kersimon s’est surtout fait connaître par des livres sur la lutte contre la cellulite ou le tabac, ou encore sur les meilleures recettes pour rester en forme. Elle collabore au journal Causeur, dirigé par Elisabeth Lévy, dans lequel elle a publié deux articles sur l’islam, ce qui en fait incontestablement une spécialiste de premier plan." […]

http://blog.mondediplo.net/2015-01-06-Islamophobie-vous-avez-dit-contre-enquete