Bolivie : la bataille du référendum

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Avec le soutien de l'ambassade des Etats-Unis et l'accord du leader cocalero Evo Morales, le gouvernement néolibéral de Carlos Mesa a recours à l'armée et à la police pour préserver le référendum du gaz du 18 juillet et ainsi faire échec au boycot qu'organisent les syndicats et les organisations sociales et populaires qui réclament la nationalisation.
Redaction de Econoticiasbolivia.com

La Paz, 5 juillet 2004

Avec la Cour Electorale, les ministres et principaux collaborateurs de Mesa sont en train de mettre au point avec les militaires et les policiers un plan détaillé pour arrêter les dirigeants qui tentent de saboter la consultation, pour ouvrir les routes qui sont menacées d'être bloquées et pour garantir le vote dans la région de l'Altiplano et les vallées, où se concentre l'opposition au référendum, taxé de "piège" parce qu'il ne comporte pas la demande de nationalisation du gaz et du pétrole.

Les syndicats et organisations paysannes, regroupés autour de la Centrale Ouvrière Bolivienne (COB) ont appelés à empêcher l'ouverture des lieux de vote, à bloquer les routes et à marcher sur La Paz pour liquider le "tramparendum" (référendum piégé), et dont le résultat, que l'emporte le OUI ou le NON, ne servira qu'à légitimer le contrôle total des entreprises étrangères sur le gaz et la pétrole de Bolivie.

LE BOYCOT S'ORGANISE

"Le peuple n'a pas peur : Que Mesa et Evo sortent leurs militaires et policiers (...) nous serons prêts les travailleurs et la peuple à les affronter", a dit le dirigeant de la COB, Jaime Solares, après avoir connu l'intention officielle d'empêcher par la force la protestation populaire.

Jusqu'à maintenant, les syndicats et les organisations populaires avaient exigé que Mesa change ses cinq questions pour une seule, la nationalisation ou non des hydraucarbures, demande qui serait positive pour plus de 80 % de la population, comment le montrent les enquêtes les plus confiables et indépendantes. Mais précisément pour cela, et face à l'évidence que la nationalisation gagnerait largement, cette question n'a pas été introduite dans le référendum. Bien que tentant de se différencier de la politique de privatisation et antinationale de l'ex président Gonzalo Sánchez de Lozada, expulsé en octobre 2003, Calos Mesa mène cependant une politique très similaire dans son contenue et projection. Ces deux politiques favorisent largement les transnationales en leur octroyant la totalité des réserves de gaz et de pétrole, évaluées à plus de 100 milliards de dollars. .

Le référendum de Mesa ne vise pas les contrats des entreprises pétrolières ni ces réserves, et permet même leur libre exportation vers les marchés des Etats Unis et du Méxique. Ce n'est pas par hasard que les compagnies étrangères aient soutenu la consultation, de même que l'ambassade des Etats Unis, tous les organismes internationaux et quasi tous les partis néolibéraux, l'Eglise catholique, les secteurs entreprenariaux et les grands médias de communication. Dans le camp adverse, opposé au référendum qui ne change rien, on trouve les syndicats d'ouvriers et de paysans, la classe moyenne paupérisée.

Dans les campagnes, selon les instuctions du "Mallku" Felipe Quispe, leader des paysans de l' Altiplano, "va se déclarer l'état de siège contre le référendum. Il y a déjà des mobilisations (...) il va y avoir des blocages de routes, un boycot organisé ; dans beaucoup d'endroits ils ne recevront pas de bulletins de vote, ils vont les brûler, dans d'autres ils ne vont pas participer", a-t-il affirmé en avertissant que les paysans affronteront les militaires. Dans les régions de la vallée de Cochabamba, les instructions sont identiques, selon le dirigeant paysan Alejo Véliz. La fermeture de lieux de vote et le blocage des routes commenceront le 16 juillet, deux jours avant la consultation, période durant laquelle se réaliseront "cabildos", assemblées et marches sur La Paz.

Dans les villes est aussi prévu une résistance et une désobéissance civile. A El Alto ont commencé les explications de la Centrale Ouvrière Régionale et est prévu à partir du 16 juillet une grève civique de la part des assemblées d'habitants. A La Paz et Cochabamba, le boycot est en charge des professeurs, des chômeurs, des étudiants et des assemblées d'habitants. Dans d'autres villes plus petites, l'organisation du boycot repose sur les COB régionales. .

DROITISATION DU MAS (Mouvement vers le Socialisme)

De la même facon que lors des journées insurrectionnelles d'octobre, les boliviens s'apprêtent à retrouver les mêmes tranchées, à l'unique exception du MAS du leader cocalero Evo Morales, qui a décidé de défendre le référendum. Obséder par le pouvoir à n'importe quel prix, le MAS a demandé que les paysans de la vallée, les cocaleros et toutes les organisations sociales qu'il contrôle soutiennent le référendum et votent oui pour les trois premières questions et non pour les deux autres. Selon Morales, un soutien massif permettra de mettre la pression pour que les entreprises pétrolières payent immédiatement plus d'impôts (jusqu'à 50%), et non dans un délai de huit ans comme le propose Mesa.

De mème que Mesa, le MAS de Morales refuse totalement la nationalisation du gaz et l'expropriation des pétrolières, parce qu'il croit que ce n'est pas viable dans cette époque de domination impérialiste et parce que cela lui femera toute possibilité d'accéder au pouvoir lors des prochaines élections de 2007. Le MAS s'est droitisé au point de combattre et de saboter les grèves et manifestations des travailleurs et des syndicats, ce qui lui a généré de profonds problèmes internes et le refus de vastes secteurs de travailleurs et de classes moyennes. Mais ceci ne gêne pas Morales qui compte sur le soutien des classes moyennes favorisées, des entrepreneurs, de l'Eglise et des organismes internationaux.

D'autres qui sont prêts aussi à combattre les travailleurs sont les militaires et les policiers. A eux, et spécialement aux militaires, le gouvernement de Mesa a promi d'incorporer un nouvel article dans la nouvelle Loi des Hydraucarbures pour destiner un pourcentage des revenus d'exportation aux Forces Armées, slon le ministre de la Présidence José Galindo.

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Commentaire(s)

> > Bolivie : la bataille du référendum

Par rédaction de Econoticiasbolivia.com (http://www.econoticiasbolivia.com)

PRESSION INTERNATIONALE EN FAVEUR DU REFERENDUM

Les présidents du Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva, et de la Banque Interaméricaine de Développement (BID), Enrique Iglesias, se sont ajoutés hier, séparément, aux organismes internationaux et aux pays de forts intérêts pétroliers en Bolivie qui soutiennent le référendum du 18 juillet et qui mettent la pression pour disuader une nationalisation du gaz et du pétrole. (...)

La Paz, 9 juillet 2004

MILITARISATION DE L' ALTIPLANO

Le gouvernement bolivien a inicié la militarisation de l'Altiplano en défense de son référendum sur le gaz. Des forces combimées de l'armée et de la police ont été déployées sur les principales routes des provinces pour empêcher les barrages paysans et l'organisation du boycot contre la consultation du 18 juillet, qui d'après les travailleurs ne cherche qu'à légitimer le contrôle des compagnies pétrolières étrangères sur les richesses hydraucarbures boliviennes. (...)

La Paz, 7 juillet 2004

Bolivie : la COB expulse Evo Morales

Le sabotage des grèves et des manifestations de la Centrale Ouvrière Bolivienne (COB), la défense du référendum pro-compagnies pétrolières et le soutien au gouvernement néolibéral de Carlos Mesa ont valu au député du MAS Evo Moralesson expulsion de la COB.

Le secrétaire général de la COB, Jaime Solares, a annobncé hier l'expulsion du chef du MAS et dirigeant de six fédérations de cocaleros de Cochabamba pour "trahison", "vendeur de patrie" et "mesiste". (...)

Econoticiasbolivia.com y La Prensa La Paz, 9 juillet 2004 <http://www.econoticiasbolivia.com/>

Six raisons de nationaliser le pétrole

Ivan Castellon*

Nous publions ci-dessous un article traduisant les principales motivations et raisons de la revendication de nationalisation des hydrocarbures en Bolivie.

Un dur conflit politique se déroule sur la question du référendum qui doit se dérouler le 18 juillet. Un mouvement de boycott de ce référendum est lancé par divers syndicats et organisations paysannes qui se regroupent autour de la Centrale ouvrière bolivienne (COB). Ces forces ont inventé un terme : le « tramparendum » , le référendum piège - referendum tramposo -, car il ne pose pas clairement la question de la nationalisation.

La mobilisation la plus forte pour le boycott se retrouve sur l'Altiplano et dans diverses vallées. Des heurts politiques exacerbés opposent les forces sociales et syndicales en faveur du boycott et le dirigeant populaire Evo Morales qui se profile pour une place présidentielle.

Simultanément se multiplient les interventions des forces policières et militaires contre les mobilisations. La crise ouverte en Bolivie depuis février 2003 reste vive. - Réd.

Face au refus du gouvernement de modifier les questions posées à l'occasion du référendum du 18 juillet ­- les mouvements sociaux de Bolivie exigeaient que le référendum se fasse sur une seule question : nationaliser les hydrocarbures, oui ou non - la Coordination de défense du gaz développe une campagne de collection de signatures de toute personne étant d'accord de mettre en avant une politique de nationalisation. Selon les organisateurs de cette Coordination, cette campagne constituera un référendum populaire et alternatif au référendum organisé par le pouvoir exécutif dans la mesure où elle captera le sentiment et la volonté d'une bonne partie de la population bolivienne qui pourra exprimer une décision que le référendum convoqué par le président Carlos Mesa ne permet pas.

Ce référendum populaire et alternatif se fonde sur la nécessité de nationaliser les hydrocarbures qui furent dénationalisés par Sanchez de Losada à partir de 1996 (loi 1689, loi 1731, et décret 24806). Par nationalisation, il est fait référence à un acte politique consistant à récupérer pour l'Etat bolivien toutes les réserves de gaz et de pétrole existantes, annulant ­- et dans certains cas modifiant - les 80 contrats signés avec les entreprises pétrolières transnationales.

La Coordination de défense du gaz fournit des réponses à des interrogations telles que : pourquoi nationaliser ? pour des raisons juridiques, économiques et politiques. Examinons-les.

a) Juridiques. Les entreprises pétrolières transnationales ont signé des contrats avec l'Etat bolivien qui met à mal la Constitution politique de l'Etat dans son article 137. Mais il ne s'agit pas que de cela. Une fois signés, ces contrats n'ont pas été respectés si l'on prend en considération la législation sur les hydrocarbures, sous laquelle ils sont placés. En particulier les articles 30 de la loi 1689 qui oblige les compagnies pétrolières à creuser un puits par parcelle concédée. En outre, les compagnies pétrolières ont commis des actes délictueux tels que contrebande d'hydrocarbures en direction du Chili ou du Brésil, évasion d'impôts face à l'Etat bolivien pour une valeur de 600 millions de bolivars, selon les déclarations mêmes du service des contributions bolivien. Dès lors, il est nécessaire de rétablir et d'appliquer la loi dans toute sa dimension, de telle façon à ce que la sécurité juridique ne se transforme pas en moyen de chantage aux mains de transnationales, mais devienne un droit de toutes et tous.

b) Economiques. Les sociétés pétrolières s'approprient 82% des gains, alors que l'Etat bolivien reste avec un misérable 18%. Cette répartition injuste ne peut continuer. Dès lors, il est nécessaire que l'Etat dispose de la propriété et du contrôle absolu sur les ressources naturelles (gaz, pétrole, minaux et autres), de telle manière à ce que l'excédent économique issu de la gestion des hydrocarbures et la richesse nationale soient destinés à la création d'un modèle de développement fondé sur l'équité et la justice sociale.

c) Politiques. Selon le diagnostic effectué par la Coordination de défense du gaz, le modèle néolibéral qui protège les intérêts privés et transnationaux est entré en crise. L'illusion ne peut être prolongée selon laquelle, avec ce modèle, les grands problèmes du pays seront résolus. La guerre de l'eau en avril 2000 (Cochabamba), la guerre contre le nouvel impôt frappant les salaires en février 2003 et la guerre du gaz en octobre 2003 représentent les symptômes clairs que les mouvements sociaux qui ont été à la tête de ces mobilisations ont identifié le modèle néolibéral comme étant le responsable de la vente du pays à des intérêts étrangers. Dès lors, il est nécessaire de construire un nouveau projet politique, obéissant aux principes d'organisation collective et paticipative qui répondent à une identité multiple, classiste, indigène, urbaine et rurale. Cela sera possible avec la prochaine Assemblée constituante qui devrait « nationaliser l'Etat bolivien », aujourd'hui placé sous la domination du capital transnational.

Comment nationaliser ? La Coordination y répond de la sorte. Avec l'unité, l'organisation et la mobilisation populaire, avec une proposition ou un programme de nationalisation qui soit effectivement partagé et - comme le soulignait un travailleur paysan de la région orientale - avec une direction politique qui représente les organisations et les mouvements sociaux du pays. Cela signifie avec un corps social qui dispose de pieds, de mains et de têtes, ce qui signifie aussi la reconstitution du corps de Tupac Katari [leader historique de la rébellion indienne fin du XVIIIe] qui, au moment d'être démembré, a juré de revenir sous la forme de millions de personnes.

Quand nationaliser ? Le processus de nationalisation a commencé en octobre 2003, quand le peuple bolivien s'est prononcé contre la vente de gaz au Chili et pour la récupération des hydrocarbures en faveur du peuple de Bolivie. Cette volonté doit être étendue et matérialisée dans tous les secteurs politiques de la Bolivie, afin de permettre une accumulation de forces en faveur de la nationalisation, jusqu'à ce que ce mot d'ordre se convertisse en « religion populaire ». Ces espaces politiques sont représentés et créés par le référendum populaire (la collecte de signatures pour la nationalisation), par les élections municipales, par l'Assemblée constituante et, principalement, par les luttes directes dans la rue qui peuvent se dérouler parallèlement à l'agenda politique déjà fixé. C'est en définitive au travers des luttes directes dans la rue que pourra se concrétiser la perspective de nationalisation.

Finalement : pour quoi nationaliser ?

a) pour arrêter d'acheter du gaz et du pétrole à des transnationales ;

b) pour récupérer des réserves de gaz et de pétrole d'une valeur de 120'000 millions de dollars ;

c) pour transformer le gaz et le pétrole sur territoire bolivien ;

d) pour recréer une société nationale des hydrocarbures ;

e) pour générer des fonds favorables à l'emploi, à l'investissement dans l'éducation, la santé, les routes et les services de base ;

f) pour récupérer notre souveraineté et dignité nationale.

Voilà en somme le contenu de la proposition de la Coordination du gaz sur le thème de la nationalisation des hydrocarbures.

* Membre du Groupe d'appui des mouvements sociaux.

www.alencontre.org/page/page/news/BolivieGaz07_04.html <http://www.alencontre.org/page/page/news/BolivieGaz07_04.html>

Plus d' autres articles sur la Bolivie sur le site.

D' autres articles sur RISAL http://risal.collectifs.net/rubrique.php3 ?id_rubrique=12 <http://risal.collectifs.net/rubrique.php3?id_rubrique=12>

Lire aussi :

Révolution Bolivarienne N° 1 - Juin 2004. : www.legrandsoir.info/article.php3 ?id_article=1680 <http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=1680>

Révolution Bolivarienne N° 2 - Juillet 2004. : www.legrandsoir.info/article.php3 ?id_article=1681 <http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=1681>