Et l’Etat créa la came pour nous défoncer tous

Mis a jour : le vendredi 14 octobre 2016 à 12:23

Mot-clefs: Racisme Santé contrôle social -ismes en tout genres (anarch-fémin…)
Lieux:

Pour ne plus voir mes potes anarchistes plisser leurs paupières pour voir clair.
Pour débarrasser les milieux anticapitalistes des drogues dures.
Parce que le silence n’évacue pas les problèmes.
Parce que ça ne devrait plus être si banal.

Mes rêves sont devenus opaques. Je croyais que nos désirs étaient les mêmes, que nos yeux se fermaient pour les mêmes raisons. Je me suis bien trompé.

J’ai cru que depuis des années je fréquentais des personnes qui ne pensent pas qu’à leur gueule. Je me convainquais que nous n’étions pas tout à fait des bourgeoisEs, pas tout à fait des filLEs à papa, parce que notre conscience politique nous faisait accomplir ce suicide de classe qui permet d’échapper petit à petit à notre condition.

Les privilèges, on en parle tant. Tant et si bien qu’on en a parfois la tête qui tourne. On essaye d’accomplir cet indispensable travail sur soi, de combattre les rapports de dominations qui règnent en nous et nous rendent si insupportables pour les autres parfois.

Je pensais que tous ces principes et ces valeurs qui circulent frénétiquement dans nos milieux au point de nous valoir tant d’empoignades étaient vrais, sincères, incorruptibles. Qu’il fallait œuvrer d’arrache-pied pour leur donner plus de place, plus de corps, plus de force.

La confiance s’établit quand on sait pouvoir compter sur l’autre. On apprend à le connaître, on l’apprivoise, on le critique, on se dispute, puis on l’aime comme unE amiE. Il n’y a aucun critère pour l’amitié, si ce n’est celui de pouvoir se fier à notre amiE quand on est en difficulté, s’amuser avec elle ou lui quand on va bien. La confiance et l’amitié ne se décrètent pas, elles se ressentent. C’est une alchimie sans recette.

Dans nos milieux, anti autoritaires si j’en crois la propagande qu’on sert aux autres à longueur de jours, je croyais que l’amitié était plus facile. Je le croyais, parce que je pensais que la confiance était plus aisée à accorder. Du fait de nos belles idées, de nos beaux principes, de nos actions en direction des autres. Libertaires, disons-nous. Altruistes, paraît-il.

Mais depuis que je suis tombé de mon nuage l’autre matin, je vois des nombrils à la place des visages. Je vois l’individualisme, la recherche égoïste du plaisir immédiat. Au prix du sang des autres, ces autres qu’on ne voit pas, cachéEs à l’ombre de nos frontières.

Je vois des potes en taule, certes, mais j’en vois d’autres, libres, enferméEs dans leurs dépendances mortifères, quand ce n’est pas dans leurs névroses. J’ai vu mes potes aspirer de la poudre blanche avec leurs narines. Un soir, puis un autre, et finalement si souvent que je me demande comment leurs poumons ne sont pas devenus aussi poussiéreux que le sac d’un aspirateur. Je les ai vu, les paupières plissées, les yeux rouges, vitreux. Elle/ils m’ont semblé subitement si bêtes, alors que je les croyais clairvoyantEs. Je les ai regardé l’autre soir, alors qu’elle/ils dansaient, sautaient, se bousculaient en hurlant des slogans politiques sur fond de musique folk. Elle/ils m’ont semblé si tristes, si petitEs tout à coup, alors que je les pensais plus grandEs que moi. Autrefois, je croyais qu’elle/ils s’amusaient quand elle/ils étaient comme ça. Mais je me suis trompé, je sais maintenant qu’elle/ils se vident de leur grandeur d’âme comme un égout qui dégueule.

Ce sont leurs amiEs qui sont en taule. Ce sont elles/eux qui veulent changer le monde et qu’on interdit doucement de tout, en les traînant en justice pour leurs idées. Encore elles/eux qui se disent solidaires de celles et ceux qui n’ont rien, sans papiers ou sans espoir, qui errent à travers le monde dans la perspective d’obtenir un jour le centième de ce que nous avons ici en abondance. Solidaires de celles et ceux qu’on tue et qu’on fait disparaître dans une fosse pour s’être opposéEs aux cartels de la drogue mêlés aux pouvoirs les plus sanguinaires.

Solidaires des mères et pères d’Ayotzinapa le vendredi, camés à tout ce qui passe le samedi.

OubliéEs les mules et les dealers involontaires du quartier Omonia à Athènes. OubliéEs les étudiantEs disparuEs à Iguala. OubliéEs toutes celles et ceux pour lesquelLEs la came n’est pas un loisir, mais une oppression sans fin. On n’oublie pas, on ne pardonne pas qu’elle/ils disaient. Mais leur nombril exige sa coke, sa ké, sa MD, son speed, sa dose de capitalisme en intraveineuse. Pour oublier quoi ? Oublier qu’on est anticapitaliste, oublier qu’on est censé en avoir quelque chose à carrer de ceux qui clamsent ailleurs pendant qu’on se défonce la gueule ici.

Vas-y, prends ta came. Prends ton pied. Oublie.

Mais alors après, ne viens pas me parler de capitalisme. Ne me parle même pas de dominations. Juste, prend ton rail et rejoins les hordes de petitEs bourgeoisES qui foulent du pied le destin des pays d’où vient leur came et des hommes et des femmes qui la transportent jusqu’à elles/eux au prix de leur vie. Après tout, ce ne sont que des pauvres et des sans-paps. Si leur vie est à chier, qu’elle/ils viennent demander l’asile. Un jour peut-être, ce sont elle/eux qui se la mettront dans le nez, la came de leurs pays...

Je ne supporte plus. Je ne supporte plus de voir mes potes, ces anarchistes, ces anticapitalistes, me justifier leur plaisir au nom d’une ouverture d’esprit qui pue la mort. Déjà leurs alcools forts me foutaient la gerbe.

Aujourd’hui, l’État a inoculé sa merde au plus profond de nos veines. Il peut bien nous laisser en liberté, on est déjà prisonnierEs de nos nombrils. Et bientôt, il n’aura qu’à souffler sur nous. Nous nous envolerons comme un rail de coke posé au bord d’une fenêtre. Ou alors nous crèverons comme les indiens d’Amérique dans leurs réserves ou comme les descendantEs d’esclaves et de colonisés dans leurs ghettos.

Rien ne sert d’être vegan si tu troques ta conscience contre de la poudre ou un cachet.

Plus la peine de faire semblant, je ne suis déjà plus sûr de quel côté de la barricade tu te trouves.

La came, c’est la mort. Leur drogue, c’est leur arme contre nous. Y’a pas de « mais » qui puisse changer ça. Si je suis contre l’État et contre les armes, je suis donc contre la drogue. Et là non plus y’a pas de « mais » qui puisse changer ça.

Commentaire(s)

> Défonce

Et pourquoi pas l’État créa l'humain...
Le capitalisme gère en grand les trafics et veille a l'abrutissement général, soit mais il ne crée rien il récupère...
Les lois sur la came c'est un Damoclès policier
Autonomiser la défonce c'est possible:
Placos à Beuh
Placos à OP

> Publication

Salut,

Si l'auteur-e de ce texte lis ce message, il serait possible de le rajouter à une brochure en cours d'écriture sur alcool, drogues et anarchi(st)e ?

Un-e participant-e à Delenda Est Editions

> drogues

Une critique de la consommation de drogue dans les milieux anti-autoritaires est nécessaire, mais se limiter à une position morale pleine d'exagération, et qu'en plus on ne peut pas critiquer car il s'agirait d'un "ressenti" (belle séparation !), c'est dommage.

> fff

perso,j'suis pour les drogues,si tant est qu'elles soient bonnes...pas sur que l'homo sapiens ait attendu l'etat pour expérimenter les secrets des plantes...on peut se droguer sans etre une victime (de l'etat,de la toxicomanie)...et plus ou moins en autonomie(indépendance serait plus juste,pas d'autonomie ds ce monde),comme dit tartempion...une grde partie de l'anarchisme a du mal a se défaire de ses racines chrétiennes et cosmogoniques,ce qui se traduit svt par ce genre de preches antidrogue,que ne renierait pas le vatican,et plus grave se traduit parfois par le tabassage en règle de toxicomanes par des anarchistes bien-pensants(en grèce,il y a qqes années),sous pretexte de lutte contre les traffics soit-disant organisés par l'etat pour niquer la lutte etc etc...les traficants st bien plus prosaiques,et sont plutot ds la recherche d'argent que ds un complot contre la lutte...et pleins de gens préfèrent la drogue à ta vision de la "lutte",ce qui n'en fait pas forcement des victimes,ni des ennemis(pour certains)...eh modo,detens toi,fume un joint avant de m'supprimer(ici amical)

> question

La question n'est pas de savoir si on est pour ou contre la drogue, mais dans quels usages politiques et politiciens sa circulation fonctionne, et là, en ce moment, c'est particulièrement problématique.

> cependant

écrire: "Rien ne sert d’être vegan si tu troques ta conscience contre de la poudre ou un cachet"....
ça c'est clairement anthropocentré non?
sinon dans le fond l'animal et en particulier l'animal-humanin à une longue histoire avec les produits psychotopres ou avec des comportements modifiant l'état de conscience.

> autre éclairage

http://www.asud.org/

L'association ASUD (Auto-Support des Usagers de Drogues) a été créée en 1992 afin de :

- promouvoir la réduction des risques auprès des usagers et ex-usagers de drogues soutenir toute personne prise en charge par le système sanitaire et social pour des questions relatives à son usage de drogues

> Et aussi

À lire également, moins donneur de leçon et tout aussi questionnant:

"Sans retenue, nous fêtons notre absence de retenue - Alcool et culture du viol"
https://infokiosques.net/spip.php?article1332