OUEST-FRANCE, CE PETIT SOLDAT DU JOURNALISME...

Mot-clefs: Archives
Lieux: Guérande Nantes



Dans son édition du jeudi 27 mai, le quotidien régional breton « juste et libre » Ouest-France a publié deux articles pour présenter ses chiffres annuels de diffusion.

Le premier est signé par le pdg lui-même, François Régis Hutin (FRH) et s'intitule : La presse nécessaire et fragile…
En voici quelques larmes…

« Ouest-France a fêté, hier, à bord de la Jeanne d'Arc, un double anniversaire : celui du navire-école porte-hélicoptères, lancé voici quarante ans et celui du Journal, votre journal, dont le premier numéro fut édité le 7 août 1944... »

Doc-1358-medium
Pas de titre pour 1358

«
(…) Nous remercions l'amiral Battet, chef d'état-major de la Marine, les officiers et l'équipage de la Jeanne pour leur accueil si chaleureux. Nous leur avons dit, hier, toute l'admiration que nous-mêmes et nos lecteurs portons à la Marine nationale.
»

Chaque année donc, les nouveaux chiffres de diffusion qui transitent par l'Office de Justification de la Diffusion (OJD) sont présentés à l'ensemble du Groupe Ouest-France lors d'une sorte de surprise-party orchestrée dans un lieu prestigieux. En 2001, cette petite fête réservée à un certain cercle VIP s'était déroulée sur un paquebot de la société Cunard aux Chantiers de l'Atlantique. Les invitéEs présentEs se rappellent encore de la qualité des petits fours servis, pour l'occasion, par des employéEs philippins sans doute, pas chers payés sûrement. Pas étonnement donc que les conflits sociaux qui se dérouleront sur lesdits Chantiers soient traités avec des pincettes ! A titre d'exemple, pas une ligne sur le travail de négriers.
Cette fois donc, le choix s'est porté sur le navire de guerre la
Jeanne d'Arc
. Ses officiers sont ainsi copieusement remerciés… L'armée (comme les élus locaux) étant une source d'informations non négligeable, notamment en cas d'accident ou de sinistre. Il ne faut pas lésiner sur les compliments ! D'autant que Ouest-France possède plusieurs pions sur l'échiquier, en l'occurrence plusieurs magazines spécialisés dans le domaine : Marines magazine, Navires et marine marchande, Croisières pratique…

«
(…) La presse quotidienne régionale et départementale, ainsi que la presse hebdomadaire, ont recours à des dizaines de milliers de journalistes et de correspondants qui quadrillent, en quelque sorte, le territoire national. C'est par eux, par les titres qu'ils servent, que les nouvelles de l'ensemble du pays de la plus humble commune à la plus grande ville parviennent à la connaissance du public. Sans cette écoute, sans ces regards, de nombreux médias deviendraient à peu près sourds et aveugles. Or, au fil des ans, depuis le retour de la démocratie en France, à la Libération, des dizaines de titres ont cessé de paraître, entraînant la disparition de leurs réseaux d'informateurs, appauvrissant ainsi l'information du pays sur lui-même.
»

Sans transition, en bon petit soldat, le pdg remercie au passage ses propres employéEs. Mettant au même niveau journalistes et correspondantEs de presse. Alors que, dans les faits, cela est loin d'être le cas. En effet, les correspondantEs sont payéEs au lance-pierre, sans réel statut, sans carte de presse… Pourtant, ils produisent quotidiennement un nombre de « lignes » supérieur aux 'vrais' journalistes. Normal, car ils sont plus nombreux… Voir à ce sujet l'un des nombreux articles du journal satirique nantais http://www.lalettrealulu.com/index.php3?action=page&id_art=17057] consacré au sujet (pour compléter, taper les mots magiques : Ouest + France… dans son moteur de recherche). Pour être plus précis, certains hebdomadaires, et notamment ceux du groupe [Publihebdos" class="spip">La Lettre à Lulu) et une tripotée de correspondantEs pour 70-80 pages à remplir chaque semaine… Des informateurices donc, souvent beaucoup plus proches de leur quartier/ville/village que les journalistes évidemment. Pour le reste, FRH commence à se plaindre de la disparition au fil des ans de nombreux journaux, en occultant que celle-ci est intervenue sans doute à cause de la concurrence… et notamment, dans le Grand Ouest, celle imposée par le Groupe Ouest-France…

«
(…) La presse écrite ne peut être considérée comme une activité quelconque. C'est pour cela qu'il importe que les modifications législatives ou réglementaires la concernant soient étudiées avec grand soin. Il peut être tentant pour tel gouvernant de taxer ou surtaxer certaines activités, mais le contrecoup pour la presse peut s'avérer néfaste et accélérer même la disparition de titres avec les effets nocifs évoqués ci-dessus. Les journaux seront amenés à augmenter leur prix ce qui pourrait empêcher les lecteurs de les acheter. L'opinion de moins en moins incitée à réfléchir, deviendra de plus en plus instable, changeante et désorientée, ce que les responsables politiques ne pourront que déplorer. Bien sûr, tout le monde se désolera mais le mal aura été fait et sera sans doute irrémédiable (…).
»

Nous y voilà, la presse au sens Ouest-France n'est pas une activité comme une autre. Elle ne doit donc pas être traitée comme n'importe quelle activité économique. Et la suite tourne à la mise en garde : «
taxer ou surtaxer certaines activités
» peut nuire gravement à la santé de la presse. Mais de quelles activités s'agit-il ? De la publicité, du commerce, des services… Pour résumer, ATTENTION de ne pas marcher sur les rouleaux (à papier) de la presse car cela pourra porter préjudice, et de façon «
irrémédiable
», à «
l'opinion
». Ce petit peuple qui pourrait, on ne sait jamais, décider de lire un livre, ou pire, devenir son propre média. Ou même encore se tourner vers « l'altermondialisme rouge » (voir à ce sujet plusieurs articles parus sur l'acrimed : Ouest-France et le Forum Social Local de Pays Nantais).


Quant au second article, il s'intitule : 782 822 exemplaires d'Ouest-France par jour en 2003. Et sous-titré : La confiance des lecteurs honorée.


«
Mais pourquoi Ouest-France se maintient-il ainsi, année après année, à la place de premier quotidien français ? Réponse du directeur de la publication, François Régis Hutin : « C'est la confiance des lecteurs qui fait le succès du journal.
»

Evidemment cela commence en force. Selon FRH toujours, la qualité d'un journal = la confiance des lecteurs. Et non pas son contenu visiblement ?

«
(…) La diffusion des journaux est vérifiée par Diffusion contrôle. 1 200 titres de toute périodicité passent, chaque année, sous les rayons X de cet organisme. Ouest-France en tête, ce n'est pas une surprise pour Bernard Wouts et Patrick Bartement, ses dirigeants qui s'étaient entourés, pour attester de la validité des comptes, de Georges Coudray, président du Crédit mutuel de Bretagne, Xavier Leclercq, président de Produit en Bretagne et Jean-Bernard Solliec, président de Coopagri. Ce n'est pas une surprise, mais c'est une performance. « Dans le contexte économique difficile, maintenir sa position est un résultat extraordinaire.
»

Bizarre aussi… Ce besoin d'entreprises privées «
pour attester de la validité des comptes
» alors que selon le site de Diffusion Contrôle ces chiffres sont fournis, sur l'honneur, par Ouest-France seulement…

«
Notre charte éditoriale nous appelle à 'dire sans nuire, montrer sans choquer, témoigner sans agresser, dénoncer sans condamner' », explique François Régis Hutin. Son application, exigeante pour chacun des collaborateurs, crée la confiance avec les lecteurs et c'est cette confiance qui fait la recette du succès du journal.
»

«
Dire sans nuire, Dénoncer sans condamner
». Une maxime qui plaira sans doute au mouvement social qui avait lutter contre la Réforme des Retraites et qui fut légèrement montré du doigt par un éditorial de Ouest-France (voir toujours sur le site d'acrimed : Ouest-France au secours de la République en danger.
Quant à «
Montrer sans choquer et Témoigner sans agresser
», mieux vaut aimer les faits-divers glauques qui font de temps à autre la Une de Ouest-France et surtout ses affichettes déposées devant les buralistes (
Dispute mortelle à Basse-Goulaine
le 28/01/04,
Drame de la rupture à Pornic : deux morts
le 04/12/03,
Trouvée morte à Guérande : des personnes en garde à vue
le 02/06/04…).

«
(…) Pour faire partager ses idéaux de justice sociale, de vie démocratique nourrie au lait de la justice et de la liberté, Ouest-France doit aussi se déployer dans les nouveaux médias, gratuits d'information, radios, télévisions, Internet. Cela peut-il le conduire à racheter d'autres journaux ? « Ce n'est pas ce qui nous intéresse le plus, répond François Régis Hutin. Mais si le sauvetage de la presse écrite, dont le rôle est absolument fondamental dans notre société, passait par là, nous n'hésiterions pas à étudier d'éventuelles reprises ou, avec nos confrères, les associations ou coopérations qui s'avéreraient utiles.
»

En grand sauveur de la démocratie, de la justice et de la liberté (deux mots qui sont inscrits, rappelons-le, en manchette du journal), le Groupe Ouest-France se développe uniquement pour sauver la presse française du clash ! Après le rachat du groupe d'hebdomadaires (19 à l'époque) normands Méaulle, d'une part du gratuit 20 minutes, de la prise en main via sa filiale Précom de la publicité sur la radio Hit West, d'une tentative ratée (car les 2 projets finalement retenus sont ceux de l'association Télénantes et de la Socpresse-TV Nantes Atlantique) de se lancer dans la télévision locale (via le projet TVB Nantes présenté main dans la main au CSA par Patrick Le Lay, pdg de TF1, Rozenn Milin, pdg de TVB Nantes et François-Régis Hutin, pdg de Ouest France)… le Groupe a-t-il d'autres choses en vue, et ce toujours pour sauver la presse française ???

«
Ouest-France vise la réussite économique pour assurer l'avenir. Pour autant, le profit ne constitue pas sa ligne d'horizon car il ne rémunère pas d'actionnaires. « Pour toujours rester fidèle à ses engagements, Ouest-France s'est refondé, devenant l'émanation de l'Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste, qui en est le propriétaire absolu. » Alors, la rentabilité, certes, mais seulement pour améliorer le service des lecteurs.
»

Et oui, il était important de le rappeler, Ouest-France, société qui revendique sur son site internet un produit brut 2003 de 320 millions d'euros est «
l'émanation
» d'une association loi 1901. Et comme dirait l'autre : «
La rentabilité, certes, mais seulement pour améliorer le service des lecteurs.
»

Commentaire(s)

> > OUEST-FRANCE, CE PETIT SOLDAT DU JOURNALISME...

Prémonitoire cet article que je découvre avec deux ans de retard. Il faudrait relire certains papiers avec un peu de recul...

Le groupe a t'il d'autres choses en vue disiez vous? Le rachat du pôle ouest de la socpresse est passé comme une lettre à la Poste avec l'assentiment des syndicats de journalistes (qui n'avaient pas d'alternatives, il est vrai!).

Bref, le premier quotiden de France a encore étendu sa zone d'influence. La bonne parole s'installe dans tous les départements des Pays de La loire et même au delà puisque Le Courrier de l'Ouest(le principal titre racheté) couvre Les Deux sèvres en plus du Maine et Loire où il tenait la dragée haute à OF. Bien sur le quotidien rennais a promis que la liberté de ces trois journaux (Presse Océan, Le Courrier de l'Ouest et Le Maine Libre soit 200 000

exemplaires chaque jour) serait préservée. Quelques mois apres ce rachat que

constate t'on ? Rien ou presque ... Au sein du journal nantais (le plus fragile car plombé par une imprimerie déficitaire), on ne voir rien venir. Et comme soeur Anne, on attend . OF pourrait bien jouer la montre , réduire la voilure et au bout des trois ans probatoires, supprimer quelques éditions. Le sauveur de la presse locale aura évidemment fait le maximum pour promouvoir les titres rachetés comme il sait si bien le faire pour lancer ses hebdos.

N'oublions pas que dans ce beau "paquet cadeau" du célèbre avionneur , il y avait aussi deux chaines de télévision (Nantes et Angers). Mais pas question pour le groupe de presse d'acheter aussi le club de foot nantais que Dassaut voudrait bien vendre au plus vite. OF est d'abord un défenseur du pluralisme de la presse ... L'Ouest de la France qui se singularisait par une absence de monopole sur une petite dizaine de départements rendre dans le moule commun. A quand le rachat du Télégramme ?