"Bouches cousues"; Résistons ensemble, n° 150, mars 2016

Mis a jour : le vendredi 11 mars 2016 à 22:03

Mot-clefs: Racisme Répression / prisons centres de rétention quartiers populaires
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bulletin A4 recto-verso

« Bouches cousues » - Résistons Ensemble no 150, mars 2016

Le bulletin no 149, février 2016 du petit journal mobile recto-verso A4 du réseau Résistons ensemble contre les violences policières et sécuritaires est sorti. Pour lire l'intégralité et télécharger ce bulletin mis en page au format pdf : http://resistons.lautre.net/spip.php?article560.

au sommaire

- « Bouches cousues »

- [ Chronique d'un « état d'urgence » ]
État d'urgence : violences au quotidien

- [ Chronique de l'arbitraire ]
Au bout de 7 ans, non-lieu définitif dans l'affaire Ali Ziri.
Violences policières anti-kurdes
L'État français en voie de valider le principe du contrôle au faciès
Rare : un gardien de la paix condamné pour violence
Les fusils d'assaut de la BAC

- [ Agir ]
Journées internationales contre les violences policières
« Désarmons-les ! »
Goodyear

 

« Bouches cousues »
Ils vous regardent, ils nous regardent, en plein dans les yeux, la photo est bonne. Ils sont huit, ils sont iraniens, incapables désormais de manger, de boire, de crier ou de parler, car ils se sont cousu la bouche. En zigzag, avec des grosses aiguilles, méticuleusement. Ils étaient parmi les premiers à être chassés de la « jungle » de Calais à coups de bulldozers entourés d'une armada de CRS.
Leur message vaut mille affiches, tracts, déclarations, mille analyses. Ce sont les bombardements, les meurtres d'Irak et de Syrie, d'Érythrée, d'Afghanistan, du Yémen... qu'ils nous envoient dans la gueule. Ils nous disent attention, votre pays, un des piliers de la barbarie mondiale, est en train de faire naufrage. Les bulldozers des CRS qui éventrent nos pauvres tentes, cabanes, notre école, nos boutiques en tissu, notre bric-à-brac, une fois lancés, vont se retourner contre vous, contre vos maisons, contre vos enfants.
Les barbelés qui s'installent aux frontières, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'« Union », les bateaux de guerre qui patrouillent sur les eaux bleues de la Méditerranée nous chassent, mais ils se préparent à vous chasser, vous aussi. Les 10 000 mineurs réfugiés « disparus » en Europe sont devenus esclaves au travail, esclaves sexuel. C'est le sort que la barbarie mondiale prépare pour vos enfants aussi. Nous ne sommes que des cobayes, plus mal traités que des animaux de laboratoire. Mais comme c'est toujours le cas avec les cobayes, les États expérimentent le traitement qui vise à être généralisé pour tous.
Chaque jour qui passe, les bulldozers grignotent la « jungle ». Pourtant il n'y pas grand monde. Justes des « Nos borders », venant aussi de l'autre côté de la Manche, des organisations humanitaires, des habitants solidaires, des militants... tous courageux. Tout l'honneur est à eux. Mais où est l'armada des partis, les femmes et hommes de gôche, d'extrême gauche ? Où sont les syndicats alors que les bandes fascistes et la police agressent et violentent impunément les réfugiés ? Alors que leurs quelques soutiens sont traînés devant la justice ? À part quelques exceptions, ils pataugent tous, aveuglement dans les merdouilles électorales de 2017.
C'est clair, même si les batailles, comme celle contre le nouveau code de travail, sont justes, vitales, si ne nous élevons pas contre la barbarie dans et hors des frontières de l'Hexagone, si nous ne considérons pas, en paroles et en actes, les millions de réfugiés comme étant la chair de notre chair... nous partagerons, à terme, leur sort. Ils sont « trop nombreux », dit-on pour excuser l'inaction, mais, pas d'illusions, nous sommes, nous serons tous « trop nombreux » pour les monstres capitalistes.
Les 8 iraniens, ces bouches cousues, nous disent : « We are humans », « Where is your freedom ? » « Where is your democracy ? », « Nous sommes des humains, où est votre liberté ? Où est votre démocratie ? ». D'accord, ça fait mal de revenir aux nobles buts des siècles derniers, que beaucoup considéraient, à tort, comme des acquis, mais si on ne se concentre pas, ici et au-delà des frontières maudites, sans distinction d'origine ni de « race » ou de religion, sur ces objectifs « simples », on est fichu. L'aigle noir de la barbarie rode déjà, sans vergogne, impitoyable, dans nos cieux.