Les représentants de la Coordination des médias libres ont très vite exprimé leurs plus vives inquiétudes quant aux attaques que certains d’entre eux subissent actuellement; cinq médias de presse étant à ce jour inquiétés par la justice pour avoir dénoncé, entre autres, les pratiques douteuses d’industriels ou d’élus.

Tous ont regretté que ces lanceurs d’alerte aient à subir pressions, menaces et poursuites judiciaires pour les faire taire, les plaignants préférant porter atteinte aux libertés fondamentales plutôt que d’avoir eux-mêmes à rendre des comptes sur leurs activités. “La situation ne fait que se dégrader : ils veulent nous assécher complètement de manière à nous faire taire” et “nous faire payer dans les deux sens du terme, ce que nous écrivons“, “ils tapent au porte-monnaie en sachant très bien que certains ne pourront pas survivre” ont dénoncé les médias libres présents, ajoutant que “tout ceci doit être, pour nous aussi, une leçon à tirer. Nous devons également mutualiser nos intelligences et renforcer d’avantage notre réseau -qui existe déjà- pour résister plus efficacement aux menaces, pressions, procès que nous intentent ces responsables et élus qui sont toujours déçus de ne pas se reconnaître dans le miroir qu’on leur tend. On leur renvoie d’eux-mêmes une image qui n’est pas très favorable, mais au final, ils savent bien que c’est eux…“. On notera aussi que “ces plaignants bénéficient souvent de l’argent public, l’argent du contribuable, pour payer leur défense alors que les médias libres, eux, payent tout de leur poche… !

Concernant la plainte contre la Feuille de chou, le comité de soutien a ré-affirmé qu’il ne s’agissait en aucun cas d’une plainte personnelle -même si le plaignant a déposé plainte à titre privé-, mais bel et bien d’une attaque politique soutenue par sa hiérarchie.

Syndicats et organisations ont rappelé que la F2C et la presse libre en général, non soumises aux pressions et marchés sont les garants d’une liberté de parole, pensée libre et critique qui permettent à tout citoyen d’user de ses libertés démocratiques.

Parmi les organisations et personnalités présentes, certaines ont tenu à prendre la parole ; les témoignages se sont succédé pour évoquer le rôle indispensable de la Feuille de chou dans le suivi et le rendu des luttes sociales locales, et dire que l’attaque contre la Feuille de chou est aussi une attaque indirecte contre les acteurs du mouvement social.

La CGT : “Pour nous la F2C, c’est un média au service des luttes sociales, et l’attaque dont elle est victime, nous, on la replace dans une série d’attaques globale, que ce soit contre les Goodyear, contre notre camarade Joël Moreau à Mulhouse; on voit bien qu’il y a un système qui a une apparence de démocratie mais pour peu qu’on vienne lever le tapis et mettre en lumière les zones d’ombre, chaque fois que quelqu’un porte une parole dissidente, à chaque fois, il prend un coup de bâton, que ça soit un syndicaliste ou un journaliste indépendant. C’est une offensive généralisée, soutenue par ce gouvernement, de remise au pas de toutes les têtes qui dépassent.”

” Toutes les grandes luttes ouvrières de ces dernières années à Strasbourg, il n’y a que la Feuille de chou qui les a suivies, au jour le jour, avec des photos, des vidéos, des interviews.”

” Avec la mainmise des plus grandes fortunes sur les médias, on sent bien que l’espace démocratique se rétrécit considérablement. Si c’est pas les petits médias qui font le travail, il n’y a plus de compte-rendu ou d’article dans la presse officielle. Nous, en tant que syndicat, si on n’a plus la Feuille de chou ou des petits médias, on n’a plus de relais dans l’opinion. La question qui se pose c’est vraiment celle d’un rouleau compresseur avec partout le même discours complètement uniformisé du type la Voix de son Maître…”

“En venant ici, je suis passé par l’Allée des Justes où j’ai lu l’épitaphe “des millions de personnes sont mortes à cause de l’indifférence générale…” On est en 2016, le FN est aux portes du pouvoir et qu’est-ce qu’il y a comme information alternative à part dans la Feuille de chou ou les autres médias libres ? Il y a un espace de liberté et une voix alternative à défendre.”

Sud Éducation : “Depuis le début, on est dans le comité de soutien pour défendre la liberté de la presse, la liberté d’expression, pour défendre le relais des luttes sociales mais aussi sur la question des Roms car nous étions très inquiets de voir à Strasbourg comme au niveau national ce qui se passait sur la question des Roms. Et donc parmi les actions du comité de soutien, il y a eu des actions dont celle de republier sur nos sites les deux articles incriminés et aussi d’avoir réalisé notre propre article sur le camp Hoche.”

La Libre Pensée : “C’est indéniable que pour penser librement, il faut être informé. Quand on n’est pas informé, on ne peut pas penser librement.”

Le NPA : ” Il y a un contexte général politique de répression que ce soit au niveau des militants syndicaux ou de la presse libre, et effectivement la Feuille de chou, elle devenait un peu gênante pour certains, certains, c’est la mairie de Strasbourg, et aussi les membres du Parti Socialiste.”

” Le succès de la pétition de soutien est rassurant car il y a plein de signatures qui dépassent les réseaux militants locaux. Il y a aussi que le comité de soutien rassemble près de 30 organisations ce qui ne s’était jamais vu à Strasbourg.”

” Sur la question des Roms et des migrants, on voit ce qui se passe à Calais, c’est la politique gouvernementale, qui est menée ici par Ries, Dreyssé & co. A Strasbourg, on déplace la misère pour qu’on ne voit pas la misère et on la met dans un camp, car ça s’appelle un camp. Rappelons-nous ce qui s’est passé en 36. C’est très dangereux, il faut dire les choses comme elles sont. La politique qu’ils mènent c’est on étouffe les voix libres comme la Feuille de chou, pour continuer leur politique sur les Roms.”

” Aujourd’hui, ils sont punis, pas seulement parce que c’est une presse qui relate des mouvements sociaux mais parce qu’ils ont osé, ils ont eu le courage, de relater la question des Roms, et à Strasbourg, ça gêne…”

” Il y a aussi qu’ils ont dénoncé toute cette mise en scène où il est dit qu’à Strasbourg tout va bien, tout est formidable pour les Roms. C’est quand même incroyable que Strasbourg qui met des Roms en camp barbelé à 15 km de la Ville soit citée comme exemple y compris par le Parlement européen ! C’est intolérable ! Sans compter toutes les subventions européennes et autres qui sont touchées, ça fait des millions d’euros ! Oui, y a vraiment l’histoire des subventions…”

J-P Klee : ” Je découvre l’ampleur du désastre. Je suis scandalisé de ce que produit sur les Roms cette municipalité qui traine déjà de nombreuses casseroles : le tramway de Bamako, c’était quand même assez énorme, le Marché de Noël, le fait que Roland Ries ait été prévenu des dangers de Fessenheim et qu’il n’ait pas fait un seul communiqué là-dessus, c’est quelqu’un qui est en place et qui gère ses 22 000 € net/mois (c’est ce qui se disait lors de la campagne électorale).” 

” Jean-Claude Meyer est un journaliste à plein temps et bénévole depuis 15 ans, reconnu, parfois les DNA lui empruntent ses informations.”

Alternative Libertaire : ” La liberté d’expression est remise en cause un peu partout en France et en particulier ici. Les élus de la “démocratie représentative” n’aiment pas qu’on mette à jour leur duplicité. Par exemple, Roland Ries, pour se faire élire par un certain électorat de gauche, va dire qu’il est contre le Grand Contournement Ouest, et il fait la politique inverse dès qu’il est élu. Sur la question des Roms, ils se font mousser dans des conférences et des réunions publiques avec des prétentions humanitaires très élevées, et dès qu’ils sont au pouvoir, ils essaient d’évacuer toute trace de réfugiés, de misère, de SDF au sein de la ville pour améliorer la valeur de l’immobilier strasbourgeois, parce que la question qui est derrière l’évacuation des Roms qui a été relatée par la Feuille de chou, c’est la question de la propriété et la question de la spéculation immobilière au sein de la ville de Strasbourg, l’agglomération de Strasbourg qui est devenu un énorme chantier et comme par hasard ces chantiers profitent à quelques grandes entreprises -Vinci, Bouygues…-, on a vu que le Grand Contournement Ouest n’est même pas encore construit que déjà la concession est donnée à Vinci… Voilà, c’est tout ça qu’il y a derrière la politique de la Ville dénoncée en grande partie dans la Feuille de chou. Et donc évidement Roland Ries et ses camarades élus n’aiment pas qu’on mette en avant cette duplicité : on ne peut pas se dire de gauche et en même temps faire une politique antisociale au service de grandes entreprises ! Le but est de mettre fins à toutes ces contestations qu’elles soient syndicales ou venant d’une presse libre et indépendante, car évidement il y a de gros enjeux financiers !”

Les membres du comité de soutien ont également fait part des pressions qu’ils subissaient à l’extérieur comme à l’intérieur de leurs organisations, ont témoigné de la campagne de calomnie contre Jean-Claude Meyer et des attaques personnelles -et parfois physiques- qu’ils ont subies depuis plusieurs mois pour le seul fait d’appartenir au comité de soutien de la Feuille de chou.

Il a été encore rappelé le caractère indéniablement politique -et non personnel comme certains aiment à le faire croire- de l’attaque contre la Feuille de chou. C’est toute la politique municipale à l’égard des Roms qui est ainsi mise à jour. Il suffit de consulter la liste des 10 témoins cités par le plaignant pour voir clairement le masque tomber : élus, fonctionnaires dont plusieurs responsables de la sécurité se succèderont au tribunal le 5 avril !

La responsabilité des élus et notamment celle du maire, Roland Ries, a été unanimement pointée du doigt.

L’UJFP : “Il ne s’agit pas d’un procès de Bournez contre Meyer, mais d’un procès politique de la Ville contre un média indépendant parce que ce qui est écrit dans la Feuille de chou embête la Ville et la belle image qu’elle veut donner, notamment au sujet de son accueil des Roms.”

“Plainte a été déposée en février sur ce que la Feuille de chou a écrit en décembre, mais depuis, les DNA, Rue89 et d’autres journaux ont relaté les témoignages de responsables associatifs, de famille Roms qui ont tous dit que ce fonctionnaire posait problème sur le terrain. Ce n’est pas à la Feuille de chou ou à Jean-Claude Meyer qu’il pose problème, c’est sur le terrain, dans la façon qu’il a de faire son métier. Et sa hiérarchie le sait pertinemment.”

“Ce qui apparait désormais clairement c’est que dans ses citations de témoins -pas moins de 10 témoins! Il faut avoir les moyens de payer les huissiers pour ces citations…- c’est toute la hiérarchie, toute l’ossature de la Mission Rom et des Solidarités, toute l’imbrication de certains élus politiques et fonctionnaires (dont deux responsables de police et un ancien de la sécurité) qui interviennent auprès des Roms et migrants qui apparait, et toute la répression qui y est associée et qui est dénoncée depuis des années par les associations et par certains médias dont les DNA, Rue89 et la Feuille de chou”. “On voit donc là, en toute transparence, qui attaque la Feuille de chou et qui est réellement derrière cette plainte.” 

“Monsieur Ries est tout à fait au courant de la situation, il est responsable de ne pas avoir sanctionné en temps et en heure les dérives de certains des agents de la Mission Rom et de certains fonctionnaires de police. Continuant de donner sa pleine confiance à la hiérarchie de la Mission Rom, jusqu’à en arriver à la situation ubuesque où pour protéger un fonctionnaire politique, et donc en fait leur politique, il laisse attaquer un media libre et s’en prendre à la liberté de la presse et d’expression. C’est gravissime !”

 

Le compte rendu de la conférence de presse a été transmis à la presse nationale et  l’ensemble du dossier a été transmis à Fakir à la demande de François Ruffin, et à Edwy Plenel pour Mediapart.

La Coordination permanente des médias libres enverra une délégation au tribunal le 5 avril prochain qui relaiera nationalement le procès de la Feuille de chou.

Un rassemblement se tiendra le 5 avril 2016 à partir de  9 h devant le TGI de Strasbourg, quai Finckmatt.