La manifestation de Nantes, ou le cauchemar de Charlie

Mis a jour : le lundi 12 janvier 2015 à 11:47

Mot-clefs: Guerre Racisme Resistances contrôle social
Lieux: Nantes

"Je n’étais pas à la manifestation spontanée du 7 janvier. Des gens ont chanté la Marseillaise. On parle de la mémoire de Charb, Tignous, Cabus, Honoré, Wolinski : ils auraient conchié ce genre d’attitude."

Luz, dessinateur à Charlie Hebdo

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14H, une véritable marée humaine prend d'assaut les rues de Nantes ce samedi 10 janvier. Peut-être jusqu'à 80 000 manifestant-e-s se massent Cours des 50 otages sous un ciel gris. Les rues de Nantes n'avaient peut être jamais connu cela, sauf au plus fort du mouvement massif contre la réforme des retraites.

L'une des plus grandes manifestations de l'histoire de Nantes est une déambulation presque totalement silencieuse, aseptisée, inquiétante.

La police ouvre le bal de l'immense cortège qui brandit comme un seul homme, dans un unanimisme total les innombrables panneaux « je suis Charlie », jusqu'à l’écœurement. Sur les panneaux de publicité, les écrans municipaux, les commerces … toujours le même logo.

Le premier homme de cette manifestation, celui qui ouvre la marche pour la « liberté d'expression », prenant la tête de la manifestation n'est autre qu'un policier, talkie walkie et brassard rouge en évidence. Mais il ne s'agit pas de n'importe quel policier : c'est Jean-Christophe Bertrand. Oui, le nouveau chef des flics nantais qui justifiait sans réserve il y a quelques mois les tirs de flashball qui avaient éborgné trois manifestants à Nantes, le 22 février. Quelle idée de la « liberté d'expression » peut bien avoir un tel individu ?

http://www.mediapart.fr/journal/france/180414/nantes-le-chef-de-la-police-assume-sans-reserve-les-blesses-par-flashball

Jean-Christophe Bertrand peut être qualifié de bien des façons mais une chose est sure, il n'est pas « Charlie ».

Derrière lui, d'autres uniformes aux côté de membres de la Ligue des Droits de l'Homme, eux aussi talkie walkies en mains. Ils sont entourés par un essaim de membres du Service d'Ordre en chasubles jaunes. Ce Service d'Ordre canalise et balise tout le défilé, hurlant les consignes aux premiers rangs de manifestants qui répondent par un silence assourdissant. La banderole elle même est laide et terne, comme le ciel encombré. Plus loin, quelques drapeaux tricolores, quelques militants d'extrême droite, et surtout l'interminable masse silencieuse du peuple nantais, portant inlassablement le même visuel uniforme, à peine nuancé par quelques panneaux inscrits à la main ...

Parfois, dans un silence de mort, se détachent des salves d'applaudissement.

Quelques personnes brandissant des dessins de Cabu critiquant la marseillaise subissent des regards noirs voire des critiques. D'autres, qui tentent de chanter des slogans autres que les frénétiques « Charlie » sont contraints de se taire.

Jamais dans une manifestation nantaise la sacro-sainte liberté d'expression n'aura été autant absente. L'unanimité, c'est la censure.

L'unité nationale c'est ça : des policiers criminels qui guident, de concert avec la gauche associative, un peuple discipliné, obéissant, et silencieux. C'est aussi ça « être Charlie » aujourd'hui, et le futur s'annonce sombre.

Commentaire(s)

> marseillaise

Ba- j'ai bien entendu la même marseillaise chantée face à des machines dans le bois de Rohanne... Notre absence de critique de l'idéologie résistancialiste et l'imprégnation de la contestation sociale par celle ci, comme par pas mal d'autres en définitive toutes aussi réaques, naturalistes et idéalistes, fait que nous sommes après mal fondés à nous plaindre de nous retrouver en très sale compagnie, même quand nous évitons l'unanimisme républicain outré. Y du pain sur la planche si on veut sortir de nos ornières.

> apocalypse dans les slips

C'est une des pires journée sur Terre en tant qu'opprimé, ici en France, depuis que j'ai des convictions libertaires.

Qu'est-ce qui se passe bon sang, je suis mal avec tout ce monde dehors pour quoi en fait ? Juste pour ces 3 jours d'horreur ? On va perdre la boule avec eux ? Plutôt crever.