Brésil: Des “éclats sociaux” dès le premier jour de la Coupe du monde

Mis a jour : le dimanche 15 juin 2014 à 03:21

Mot-clefs: Resistances quartiers populaires
Lieux: brésil

Jeudi 12 juin 2014, c’était le grand jour, celui de l’ouverture de la très attendue coupe du monde de football organisée par le Brésil. La compétition se terminera mi-juillet et commençait hier par un match entre le Brésil et la Croatie qui s’est avéré assez polémique (victoire du Brésil 3-1, avec l’aide d’un pénalty litigieux).

Du côté de Squat!net, on essaiera pendant ces quatre semaines de relayer les informations qui concernent les luttes contre cette coupe du monde, dont l’organisation aura eu pour conséquence directe de nombreuses expulsions de logements et de la gentrification de certains quartiers dans plusieurs grandes villes du pays.

Fin avril, Michel Platini, footballeur exceptionnel des années 1980 devenu président de l’UEFA (Union des associations européennes de football), avait déclaré: «il faut absolument dire aux Brésiliens qu’ils ont la Coupe du monde et qu’ils sont là pour montrer les beautés de leur pays, leur passion pour le football et que s’ils peuvent attendre un mois avant de faire des éclats un peu sociaux, bah ce serait bien pour le Brésil et puis pour la planète football, quoi. Mais bon, après, on maîtrise pas, quoi.» Non Michel, effectivement “on ne maîtrise pas”…

Jeudi matin à São Paulo, où le coup d’envoi du match Brésil-Croatie allait être donné devant plus de 60 000 personnes, dans l’Arena Corinthians, stade construit spécialement pour la coupe du monde et inauguré en avril dernier, des manifestations importantes ont eu lieu. Dans un premier temps, «des policiers anti-émeute ont tiré gaz lacrymogènes et grenades assourdissantes contre un groupe d’une soixantaine de manifestants anti-Mondial qui venaient à peine de se rassembler aux abords d’une station de métro en chantant: “La Coupe n’aura pas lieu”.»

Dehors, des manifestant-e-s ont tenté de bloquer une grande avenue menant à l’Arena Corinthians, où étaient attendus pour la cérémonie d’ouverture une douzaine de chefs d’Etat étrangers ainsi que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon. Vite empêché-e-s par de nombreuses lignes de CRS locaux, c’est parti immédiatement en émeute. Les affrontements avec les flics ont duré plusieurs heures, des barricades enflammées ont été érigées et les flics ont été caillassés assez copieusement, avec la présence remarquable de la bonne vieille technique de black bloc. Un mélange de manifestant-e-s assez frais, avec des anarchistes, des syndicalistes, des étudiant-e-s et d’autres habitant-e-s de São Paulo, qui avaient l’objectif assumé de «gâcher une partie du spectacle» (selon François-Xavier Ménage, journaliste de BFM-TV). Les flics étaient présents en force, avec notamment des flics à cheval, des blindés et des hélicos. Plusieurs personnes ont été blessées par les flics, dont une journaliste de CNN (hé ouais).

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Juste avant le coup d’envoi du match Brésil-Croatie, la présidente brésilienne Dilma Rousseff a été sifflée par une partie du public. Histoire de gâcher la fête jusqu’au coeur du spectacle…

Des appels à manifester ce jeudi avaient été lancés dans neuf des douze villes hôtes du Mondial !

À Belo Horizonte, des affrontements ont eu lieu entre policiers et manifestant-e-s, des agences bancaires et des commerces ont été attaqués.

À Natal, une grève des chauffeur-e-s de bus a bloqué une partie de la ville.

À Rio de Janeiro, une manifestation de plus de 500 personnes, assez agitée elle aussi, a eu lieu le matin dans le centre-ville. Puis, dans le quartier de Copacabana sur la plage et l’avenue Atlantica, quelques minutes avant que le match entre le Brésil et la Croatie ne commence, à côté d’une foule impressionnante de supporters venus regarder le match sur le grand écran de la “fan fest” officielle de la FIFA, encadré-e-s par les forces de l’ordre venues en nombre également (à pied, en moto, en voiture et en hélico), environ 200 manifestant-e-s se sont fait entendre en brandissant des banderoles “FIFA go home !” et “Não Vai Ter Copa” (La coupe n’aura pas lieu).

Plus d’infos ici, en direct de Rio de Janeiro !

Vidéos de la manif à Copacabana:
- Rio: Copacabana protesters decry World Cup” (RT – 12 juin 2014)
- Le grand jour du Brésil, sur fond de manifestations” (RMC-Sport – 12 juin 2014)
- Rio: Euphorie des supporters de la Seleçao” (RMC-Sport – 12 juin 2014)

Par ailleurs, des grévistes de l’aéroport international Carlos Jobim/Galeao de Rio ont bloqué pendant un moment la principale voie d’accès aux terminaux, provoquant un embouteillage et faisant manquer leur vol à plusieurs personnes.

Malgré les moyens considérables employés par le gouvernement brésilien pour pacifier le pays en cette période de sur-médiatisation mondiale, la guerre sociale reste plus que jamais d’actualité !

Des vidéos en plus via http://fr.squat.net/2014/06/13/bresil-des-eclats-sociaux-des-le-premier-jour-de-la-coupe-du-monde/