article sur les bonnets rouges

Mis a jour : le mercredi 4 décembre 2013 à 04:01

Mot-clefs: luttes salariales
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il est important de diffuser ce texte de mouvement communiste(mouvement-communiste.com) publié  sur le site mondialisme.org ; car il aborde des faits jusqua présent passés sous silence dans les articles et analyses lu par ci par la.J ai écrit un mail a mouvement communiste pour les avertir de cette demande de publication sur votre site.

 

BRETAGNE et « BONNETS ROUGES » : SE BATTRE POUR LE REVENU, PAS POUR RETENIR LE TRAVAIL ! POUR LUTTER CONTRE LES LICENCIEMENTS ET LA MISÈRE, LES OUVRIERS NE PEUVENT COMPTER QUE SUR EUX-MÊMES (Mouvement communiste)

publié par Yves, le samedi 30 novembre 2013

Sous prét­exte de la mon­dia­li­sa­tion et de la crise (mais y-a-t-il vrai­ment une crise si grave pour les patrons ?), les capi­ta­lis­tes accé­lèrent les restruc­tu­ra­tions au prix de licen­cie­ments en cas­cade. Presque tou­jours, à l’image des sala­riés en Bretagne, les tra­vailleurs réag­issent avec hargne et dét­er­mi­nation à ces coups frappés par la classe domi­nante. Mais leurs luttes n’abou­tis­sent pas. Les licen­cie­ments pas­sent avec quel­ques menus amé­na­gements du genre pro­mes­ses vaseu­ses de reclas­se­ments, de for­ma­tions à n’en plus finir et, si ça va bien, un peu d’argent en plus pour solde de tout compte. La prin­ci­pale raison de ces échecs est simple à com­pren­dre : les patrons frap­pent unis, de concert avec leur État, tandis que les tra­vailleurs ripos­tent isolés. Divisés usine par usine, bureau par bureau, entrepôt par entrepôt, ils finis­sent par subir la curée.

Pendant ce temps, l’État, les orga­ni­sa­tions patro­na­les et les syn­di­cats enton­nent en choeur les chants des lamen­ta­tions tour à tour contre la dés­er­ti­fi­cation indus­trielle, la concur­rence délo­yale de l’étr­anger et la mon­dia­li­sa­tion. Tous, dans le camp des clas­ses domi­nan­tes, en appel­lent à l’État tantôt pour qu’il fasse passer la pilule aux ouvriers tou­chés, tantôt pour qu’il se sub­sti­tue aux entre­pre­neurs défaillants, tantôt pour qu’il fasse bar­rage par la loi aux vils assauts de l’étr­anger. Tous, sans dis­tinc­tion, s’achar­nent à déf­endre les entre­pri­ses natio­na­les et rég­io­nales, l’outil de pro­duc­tion si cher aux syn­di­cats et aux partis bour­geois de gauche, d’extrême-gauche comme de droite et d’extrême-droite.

Le plus sou­vent, les tra­vailleurs licen­ciés tom­bent dans le pan­neau en s’accro­chant aux machi­nes et aux locaux à l’ori­gine de leur déf­aite. Des machi­nes et des locaux dont le capi­tal ne veut plus. Pourtant, l’outil de tra­vail, le moyen de l’exploi­ta­tion d’antan, devient aux yeux des tra­vailleurs tou­chés un bien précieux qu’il faut déf­endre à tout prix. Mais cette rés­ist­ance s’avère déris­oire car, exac­te­ment comme eux, l’outil et le lieu de tra­vail, devien­nent sur­numér­aires, inu­ti­les à la valo­ri­sa­tion du capi­tal. C’est pour cette raison et seu­le­ment pour cette raison que le capi­tal s’en déb­arr­asse pour miser sur des acti­vités, des pro­duc­tions plus ren­ta­bles. Et tant pis pour les rava­ges que cela pro­vo­que dans le tissu social. Défendre l’outil et le lieu de tra­vail dém­antelés, tenter de rete­nir le capi­tal qui s’envole ailleurs, revient à déf­endre un système qui licen­cie et jette dans la misère

Les tra­vailleurs expulsés de l’agro-ali­men­taire breton ont été les der­niers en date à tomber dans le piège mortel de l’unité des sala­riés licen­ciés avec ceux qui les ont virés. Les quatre cas les plus emblé­ma­tiques le dém­ontrent.

DOUX FAIT ÉCOLE DANS LA DÉFAITE Un signal avait été donné, en juin 2012, lors de l’annonce de la fer­me­ture de plu­sieurs sites du volailler Doux suite à la ces­sa­tion de paye­ment. Pour relan­cer l’entre­prise, le patron a aban­donné le pôle « pro­duits frais » (1 400 sup­pres­sions d’emploi) pour conser­ver le pôle « congé­lation » tout en accrois­sant la pres­sion sur les pro­duc­teurs (baisse dras­ti­que des prix d’achat). Jamais au cours de la lutte n’a été posée la ques­tion de mener des actions qui fas­sent mal au patron, comme blo­quer notam­ment les sites qui ne fer­maient pas. Les nom­breu­ses mani­fes­ta­tions traîne-sava­tes (Château­lin, Vannes, Plaucadeuc, Quimper), l’appel à l’État pour obte­nir des finan­ce­ments, les dis­cus­sions alter­na­ti­ves sur le choix des repre­neurs (une grande spéc­ialité syn­di­cale qui ne marche jamais) se sont soldées par une déf­aite et une pro­fonde démo­ra­li­sation jusqu’au der­nier projet de reprise par des capi­taux saou­diens. Les syn­di­cats ont obtenu un peu plus pour les licen­ciés, un point c’est tout. Pour les sala­riés expulsés de Pleucadeuc, dont la moyenne d’âge est de 53 ans, il va fal­loir cra­va­cher pour retrou­ver un boulot.

TILLY SABCO : SOUTENIR LE PATRON ?

Basé à Guerlesquin dans le Finistère, comme Doux, ce groupe est spéc­ialisé dans le poulet congelé spéc­ialisé dans l’expor­ta­tion au Moyen-Orient. La crise aviaire de 2006 l’entraîne dans le dépôt de bilan. Il est pro­gres­si­ve­ment repris par l’un de ses cadres, Daniel Sauvaget. Mais, suite à l’arrêt des sub­ven­tions europé­ennes, en 2013, l’acti­vité plonge de 40 %. Tilly-Sabco, c’est 335 sala­riés et 150 à 200 éleveurs qui four­nis­sent l’abat­toir. Le lundi 4 novem­bre, les ouvriers et les éleveurs se retrou­vent devant l’usine de Guerlesquin pour une opé­ration escar­got jusqu’à la sous-préf­ec­ture de Morlaix. Le Sous-préfet accepte volon­tiers de rece­voir une délé­gation de sala­riés menée par le PDG et les représ­entants syn­di­caux. Restés dehors, 200 ouvriers et éleveurs détr­uisent le por­tail à l’aide d’un trac­teur et s’engouf­frent dans la cour. L’action est dirigée par l’un des cadres de la boîte. Le 8 novem­bre, le minis­tre Le Foll annonce une aide d’urgence de 4 mil­lions d’euros, prin­ci­pa­le­ment des­tinée à sauver le chep­tel repro­duc­teur. Le 22 novem­bre, la com­mis­sion de Bruxelles annonce des aides pour la filière franç­aise expor­ta­trice de pou­lets. L’entre­prise est donc « sauvée » pour l’ins­tant (la fer­me­ture était prévue pour jan­vier 2014). Quel est le bilan côté ouvrier ? Le sursis obtenu est des plus préc­aires même si syn­di­cats, patron et État se réjou­issent de la « vic­toire ». Se plaçant d’emblée sur le ter­rain de l’unité entre exploités et exploi­teurs, la lutte a sur­tout agi en sou­tien au nou­veau patron face à l’État. Faut-il que la seule option que les ouvriers s’accor­dent dans ces cas soit celle de se ranger der­rière tel ou tel patron ?

GAD : LE POISON DE LA GUERRE ENTRE TRAVAILLEURS

Le groupe GAD à Lampaul-Guimiliau (Finistère) est un spéc­ial­iste de l’abat­tage, de la déc­oupe et de la trans­for­ma­tion de viande de porc. Le site de Lampaul-Guimiliau intègre une unité de pro­duc­tion de grais­ses ali­men­tai­res pour la fabri­ca­tion de sain­doux, de grais­ses d’os, de protéines ani­ma­les trans­formées à des­ti­na­tion des indus­tries agro-ali­men­tai­res et d’ali­men­ta­tion pour ani­maux domes­ti­ques sur les mar­chés français et européen. Cette usine, qui emploie 850 sala­riés, est menacée de fer­me­ture.

La grève avec occu­pa­tion dém­arre le 11 octo­bre. Le blo­cage du site n’a eu aucun impact. Le patron s’en fout car il veut fermer bou­ti­que. Impuissants face à la décision de l’entre­prise de se séparer d’eux, cer­tains ouvriers de Lampaul-Guimiliau trou­vent un bouc-émiss­aire facile à leurs mal­heurs sous la forme d’une cen­taine de Roumains (employés dans la grosse déc­oupe) qui sont accusés d’accep­ter un salaire de 600 € par mois. Rumeur com­plè­tement fausse car ces der­niers sont payés au SMIC. Le syn­di­cat FO dirige le mou­ve­ment du début jusqu’à sa fin, le 31 octo­bre.

Prenant cons­cience de l’inef­fi­ca­cité du seul blo­cage de Lampaul-Guimiliau, le 22 octo­bre, les tra­vailleurs en grève ten­tent d’étendre le mou­ve­ment à l’abat­toir GAD de Josselin, dans le Morbihan. Sans pré­pa­ration, entre les deux sites, par des ini­tia­ti­ves adaptées de sen­si­bi­li­sa­tion, l’action se solde par un nouvel échec marqué par des affron­te­ments entre sala­riés des deux sites.

La ten­ta­tive ratée de blo­cage de l’usine de Josselin montre que l’unité de combat entre ouvriers de différ­entes usines, y com­pris au sein de la même entre­prise, n’est guère garan­tie d’emblée. Elle doit être préparée soi­gneu­se­ment et, même quand c’est le cas, ne peut se cons­ti­tuer sans fric­tions au sein même du camp des tra­vailleurs. Les inci­dents de Josselin four­ni­ront le prét­exte au patron et aux syn­di­cats pour clore la partie au plus vite. L’accord signé prévoit le dou­ble­ment des primes de licen­cie­ment (400 euros par année d’ancien­neté, pla­fonné à 25 ans), des primes de 2 000 euros jusqu’à trois ans d’ancien­neté et de 2 200 euros ensuite (mon­tant qui, malgré cela, reste déris­oire). Les journées de grève seront payées aussi. L’assem­blée des sala­riés de Lampaul-Guimiliau approuve sans bron­cher le pro­to­cole d’accord. Cerise sur le maigre gâteau : 320 sala­riés sur les près de 900 visés éch­appent au licen­cie­ment … mais seu­le­ment pen­dant un an grâce aux finan­ce­ments publics.

MARINE-HARVEST : UNE « VICTOIRE » DE PLUS ?

L’usine Marine-Harvest de Poullaouen (près de Carhaix) est une unité de trai­te­ment du saumon. Après dix jours (du 4 au 13 novem­bre) de grève avec occu­pa­tion dirigée par la CGT, les 287 sala­riés obtien­nent 80 reclas­se­ments au lieu des 64 prévus ini­tia­le­ment.

En revan­che, les ate­liers de pro­duc­tion s’arrê­teront comme prévu en mai 2014 tandis que l’acti­vité logis­ti­que d’expé­dition ces­sera en déc­embre 2015. En éch­ange de quel­ques conces­sions, le patron norvégien a obtenu une rapide reprise de tra­vail néc­ess­aire pour faire face à la grosse vague de com­man­des de la pér­iode de Noël. De son côté, la CGT, majo­ri­taire dans l’usine, était pressée de conclure avant d’éventuels déb­or­dements. Encore une brillante vic­toire syn­di­cale ? Pas vrai­ment. Nombreux dans les pér­iodes de pic de pro­duc­tion comme l’actuel, les inté­rim­aires ont par­ti­cipé acti­ve­ment à la lutte mais ont été exclus des accords. Les conces­sions appa­rais­sent attrayan­tes : prime de mobi­lité de 15 000 € ; prise en charge des frais de démé­na­gement et de dép­la­cement pour les sala­riés reclassés à Landivisiau ; indem­nité sup­plém­ent­aire (qui s’ajoute à l’indem­nité conven­tion­nelle) allant de 20 000€ à 94 000€ sui­vant l’ancien­neté des licen­ciés.

Si ces mon­tants ser­vent à faire passer mieux la pilule, ils ne sont véri­tab­lement intér­essants que pour les tra­vailleurs pro­ches de la retraite qui per­dent ainsi leur emploi. Les autres tou­chent un joli pac­tole, certes, mais ils ont une vie de tra­vail devant eux. Le tra­vail ne court pas les rues aujourd’hui tandis que les crédits cou­rent tou­jours et les char­ges de famille res­tent. Et les reclassés vont devoir faire face à des com­pli­ca­tions liées au dép­la­cement géog­rap­hique de leur nou­veau lieu de tra­vail, sis à près de 50 km de l’ancien. Ceci expli­que peut-être pour­quoi envi­ron une qua­ran­taine d’ouvriers se sont ravisés et ont accusé la CGT de tra­hi­son. Ils ont rejoint le « Comité pour le main­tien de l’emploi en Centre-Bretagne » qui reven­di­que de « vivre, tra­vailler et décider au pays ».

LES BONNETS ROUGES : LE FAUX-NEZ DES PATRONS ET DES AUTONOMISTES

Ce Comité dont les objec­tifs poli­ti­ques rejoi­gnent ceux des auto­no­mis­tes/indép­end­ant­istes bre­tons, se pro­pose de réunir les Bretons en tant que tels, toutes clas­ses confon­dues contre le cen­tra­lisme pari­sien. L’idée qu’il faille vivre, tra­vailler et, sur­tout, décider au pays sous-tend qu’aux clas­ses domi­nan­tes « étrangères » devraient se sub­sti­tuer celles du cru, censées être plus sen­si­bles aux reven­di­ca­tions des sala­riés. Les patrons d’ici seraient-ils différents de ceux d’ailleurs ? Mais d’où sont-ils ori­gi­nai­res les Doux, les Pinault, les Bolloré et autres Leclerc ? Créé à Carhaix le 18 octo­bre 2013, à l’issue d’une assem­blée de 600 per­son­nes, le Comité pour le main­tien de l’emploi en Centre Bretagne est la prin­ci­pale source ins­pi­ra­trice des dits Bonnets rouges. Comme dans le Comité, chez les Bonnets, on retrouve des représ­entants du MEDEF local, de l’UDB, de Breizistance (extrême-gauche auto­no­miste) et de la FNSEA.

Les forces socia­les qui se sont coa­gulées sous ces pit­to­res­ques couvre-chefs lar­ge­ment dis­tri­bués gra­tui­te­ment par la société Armorlux lors de la mani­fes­ta­tion du 2 novem­bre à Quimper (le véri­table lan­ce­ment du mou­ve­ment), vont des petits patrons aux pay­sans de toutes extrac­tions (les gros comme les petits), les arti­sans, les trans­por­teurs, des sec­teurs ouvriers et autres usa­gers de la route. Leur pre­mier objec­tif commun est la lutte contre l’écotaxe, déc­rite comme un péage imposé à la Bretagne par l’État jaco­bin cen­tra­li­sa­teur. Toute la pano­plie de lég­endes bre­ton­nan­tes a été res­sor­tie pour l’occa­sion afin de donner de l’emphase à la pro­tes­ta­tion. Mais dès que l’écotaxe a été sus­pen­due par le gou­ver­ne­ment, les trois prin­ci­pa­les orga­ni­sa­tions patro­na­les ont quitté les Bonnets rouges, à savoir, le MEDEF local, le syn­di­cat des trans­por­teurs et « Produits de Bretagne ». Les tra­vailleurs qui se rac­cro­chent à ce char bran­lant se trou­vent une nou­velle fois séparés de leurs autres frères de classe et mani­pulés par ces exploi­teurs locaux et poli­ti­ciens en mal de réél­ection.

LES SYNDICATS COURENT APRÈS LES BONNETS, SANS LES RATTRAPER

FO est le seul syn­di­cat de sala­riés à avoir appelé à la mani­fes­ta­tion des Bonnets Rouges à Quimper, le 2 novem­bre. Les autres cen­tra­les avaient appelé à se réunir le même jour à Carhaix. Ces der­nières, tou­jours sans FO, arrimée aux Bonnets et au Comité, ont rem­pilé dans plu­sieurs villes bre­ton­nes le 23 novem­bre. Objectif : oppo­ser une alter­na­tive aux Bonnets et au Comité qui, le 30 novem­bre, veu­lent réé­diter le succès de Quimper.

Mission ratée : le 2 novem­bre à Carhaix ils ne seront que 3 000 au plus sous les dra­peaux de la CGT, de la FSU et de Solidaires ; le 23, ils ne seront que 5 000 à 7 000 à battre le pavé à l’appel de la CGT et de la CFDT.Les syn­di­cats anti-Bonnets expli­quent qu’ils ne veu­lent pas défiler avec les patrons. Explication qui ne trompe per­sonne car ils sont tou­jours en pre­mière ligne quand il s’agit d’inci­ter les tra­vailleurs à déf­endre les usines et les emplois, plutôt que leurs reve­nus y com­pris quand les patrons les licen­cient. Ce sont eux qui lient les reve­nus à l’emploi, qui font croire que, sans l’emploi, il n’y a pas de salut. Ce sont encore eux qui ont déclaré la mobi­li­sa­tion géné­rale après avoir tenu isolé les der­nières luttes contre les licen­cie­ments. Enfin, ce sont tou­jours eux qui appel­lent à se ras­sem­bler autour des usines en lutte au moment où les prin­ci­paux conflits ont cessé.

POUR UNE ACTION OUVRIÈRE INDÉPENDANTE

Revenons au mot d’ordre de « vivre et tra­vailler au pays » anti­cham­bre du rég­io­nal­isme « vrai », voire de l’indép­end­ance. Qui peut croire séri­eu­sement, que le fait de décider au plus près chan­ge­rait quoi que ce soit à la nature de ce petit État ou de cette région auto­nome ? Qui peut prét­endre que les patrons bre­tons licen­cie­raient moins que les autres ? Qui peut penser que les rap­ports capi­ta­lis­tes puis­sent dis­pa­raître mira­cu­leu­se­ment une fois fran­chie la Vilaine ? Seuls peu­vent y croire ceux qui aspi­rent à des bonnes places au chaud au sein de ce micro-État vir­tuel, pas les ouvriers qui sont licen­ciés par « leurs » patrons qu’ils soient bre­tons, français ou norvégiens.

Faut-il s’accro­cher aux entre­pri­ses et déf­endre le vivre et tra­vailler au pays ? Bien sûr, l’arrêt de l’usine, lieu de souf­france pour la plu­part des tra­vailleurs, c’est tout d’abord la perte de l’emploi et du revenu. Pourtant, c’est bien ce lien entre l’emploi et le revenu qu’il faut tran­cher par l’action col­lec­tive et indép­end­ante des sala­riés avec ou sans tra­vail. Le véri­table enjeu pour les prolét­aires est de ne pas payer deux fois pour que le capi­tal sur­vive : la pre­mière par leur exploi­ta­tion, la seconde par leur expul­sion de la pro­duc­tion et leur plongée dans la misère. Pour ce faire, il ne faut pas que les ouvriers en lutte contre les licen­cie­ments et les fer­me­tu­res d’usines s’ima­gi­nent meilleurs ges­tion­nai­res que les patrons en pro­po­sant des alter­na­ti­ves sur le ter­rain du patron.

Il faut au contraire qu’ils affir­ment fiè­rement « C’est vous qui avez pris la décision, pas nous ; et donc nous n’avons pas à subir les conséqu­ences de vos décisions. Que l’on ait un tra­vail ou que vous l’ayez sup­primé, nous exi­geons notre paye, un point c’est tout. Jusqu’à quand ? C’est tout simple, jusqu’à la retraite. Et cela, on va vous l’impo­ser comme vous nous avez imposé un tra­vail avant de le reti­rer. » Comment y par­ve­nir ? Par une lutte d’ensem­ble de tous les prolét­aires plongés dans la misère par le capi­tal et son État. Une lutte capa­ble de s’arti­cu­ler dans les ter­ri­toi­res pour pren­dre col­lec­ti­ve­ment, par la force si néc­ess­aire, ce qui sert pour vivre : ne plus payer les crédits aux ban­ques ; ne plus payer trans­ports, loyers, élect­ricité, etc. ; aller se servir ensem­ble dans les super­mar­chés.

C’est la condi­tion pour « vivre au pays » quand le tra­vail s’en va. Il n’y a pas d’alter­na­tive réelle à ce type d’action col­lec­tive et indép­end­ante contre le capi­tal et l’État. Les échecs des récents com­bats sont là pour le dém­ontrer. Mais cela n’est pos­si­ble que si le prolé­tariat est fort, capa­ble d’impo­ser ses pers­pec­ti­ves et son agenda comme aiment dire les patrons. Prouvant leur force et leur auto­no­mie de toutes les autres clas­ses de la société, les exploités en lutte devien­dront une référ­ence, un phare dans la nuit pour les tra­vailleurs les plus isolés et les pay­sans pau­vres, vic­ti­mes à leur tour de l’exploi­ta­tion capi­ta­liste de la terre.

PRENDRE COLLECTIVEMENT CE QUI SERT POUR VIVRE

LUTTER POUR LE REVENU GARANTI

S’ORGANISER DE FACON INDÉPENDANTE POUR COMBATTRE LE CAPITAL ET L’ÉTAT

Mouvement Communiste/Kolektivn? proti kapitálu, le 29 novem­bre 2013

Pour toute cor­res­pon­dance écrire, sans autre men­tion, à : BP 1666, Centre Monnaie 1000, Bruxelles 1, Belgique.

Consulter le site ?nter­net de Mouvement Communiste : www.mou­ve­ment-com­mu­niste.com

 

Commentaire(s)

> L’après mobilisation de Carhaix : analyse de la Gauche Indépendantiste

Autour de 40 000 personnes se sont donc rassemblées le 30 novembre dernier à Carhaix à l’appel du Collectif « Vivre, décider et travailler en Bretagne ».

Dès 13h30, le pôle ouvrier s’était donné rendez-vous devant la gare pour rejoindre plus tard, en cortège de près de 2000 personnes, le site de Kerampuilh, lieu de rendez-vous du rassemblement. Le comité pour le maintien de l’emploi en Centre-Bretagne, dit pôle ouvrier du Collectif « Vivre, décider et travailler en Bretagne » a ouvert les différentes interventions par la lecture de ses revendications en français http://www.bretagne-info.org/2013/11/29/manifestation-carhaix-30112013-appel-du-comite-pour-le-maintien-de-lemploi-en-bretagne et en langue bretonne http://www.bretagne-info.org/2013/11/29/skoaz-ouzh-skoaz-gant-ar-vicherourien-e-karaez avant que ne lui emboîte le pas les ouvriers de GAD, Marine-Harvest, de Tilly Sabco, ou de Doux. Ce qu’on dit ces ouvrières et ouvriers, comme ils le rappelleront plus tard sur la grande scène de Kerampuilh, c’est qu’ils ne sont pas dupes, ce ne sont pas « des nigauds » comme il arrangerait certains de le faire croire. Elles sont bretonnes, ils sont bretons, et veulent tout simplement « travailler et décider en Bretagne ». Ils étaient soutenus par plusieurs organisations, dont le NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) dont les militants locaux on joué un rôle décisif, le SLB (Syndicat des travailleurs de Bretagne), la CGT Marins Grand Ouest, le collectif des chômeurs et précaires de Brest ou bien encore La Gauche Indépendantiste Bretonne.

Nous n’avons pas pour notre part fait l’impasse sur la critique des institutions locales, du modèle agricole productiviste, des choix fait par le patronat breton… A aucun moment nous n’avons ressenti de l’hostilité bien au contraire.

Alors que les grandes centrales syndicales se désolidarisent de centaines et de milliers de leurs adhérents en Bretagne, et qu’elles ont été incapables de mobiliser lors de la journée d’action du samedi 23 novembre à St Brieuc, Rennes, Lorient ou Morlaix, et que le Front de Gauche essaye de faire croire qu’il prend le devant de la contestation de la politique fiscale du gouvernement (Jean-Luc Mélenchon a annoncé 100 000 personnes pour sa contre-manifestation du lendemain à Paris !), le pôle ouvrier des Bonnets Rouges a besoin d’être renforcé.

On ne gagne pas des luttes à côté des travailleurs, mais avec eux !

Le même jour, les organisations proches du gouvernement organisaient une manifestation hexagonale contre le racisme. Nous ne le cachons pas, certaines et certains qui ont manifesté samedi à Carhaix sont sans doute tentés par le vote FN et le rejet de l’autre. Mais encore une fois nous ne regretterons pas d’avoir été Carhaix, où le message anti-raciste porté par différents orateurs aura eu un impact autrement important. Tant dans le pôle ouvrier, où Corentin Lemonnier, secrétaire général du SLB, a rappelé devant l’assemblée le caractère intéressé de Marine le Pen lors de sa venue en Bretagne, à Guerlesquin le 25 novembre, et dénoncé les comportements qui voudraient faire des immigrés des boucs émissaires. Sur la scène de Kerampuilh, Christian Troadec (maire autonomiste de la commune) ou Gilles Servat y sont allés de leur diatribe pour fustiger ouvertement le FN, Marine le Pen et les mouvements d’extrême droite.

Enfin, s’il y avait surement des éléments réactionnaires et d’extrême-droite dans ce vaste rassemblement ils étaient pour le moins peu identifiables pour la masse des présents.

La vraie place des organisations de la gauche anticapitaliste était à Carhaix, preuve en est l’accueil dont a bénéficié le cortège ouvrier lors de son arrivée sur le site de Kerampuilh. Si le mouvement est certes hétéroclite, le rôle du pôle ouvrier dans le collectif « Vivre, décider et travailler en Bretagne » est de peser en son sein afin de donner de la lisibilité aux revendications de la classe ouvrière exprimées ci-dessus. Le rôle des organisations anticapitalistes est de les appuyer et de proposer un autre modèle de production agricole arrivé à bout de souffle.

Des militants de Solidaires, de l’OCL, du PCF, de Lutte Ouvrière , de “Marx Again” avaient bien compris l’enjeu et étaient présents dans ce cortège. Le MEDEF 29 avait lui annoncé qu’il n’appelait pas au rassemblement.

Les organisations de la gauche anticapitaliste et de l’écologie doivent donc se raccrocher au mouvement des Bonnets Rouges si elles veulent se faire entendre auprès des travailleurs mobilisés en masse, n’en déplaise à M. Mélenchon, aux caciques socialistes ou communistes, politiques ou syndicaux. Faute de comprendre cet enjeu, ces secteurs passeront à coté de ce mouvement comme le PCF passa à coté du mouvement de mai 68.

Pour peu qu’elles intègrent un message sans cesse martelé par les Bonnets rouges : “ nous voulons décider en Bretagne”. Si les portiques écotaxes ont été les catalyseurs de la grogne depuis le mois d’octobre, c’est bien car ils symbolisent le mépris d’un pouvoir central vis-à-vis d’un pays sous-domination périphérique. Pour le peuple breton, les routes sont gratuites en Bretagne, c’est un acquis que le pouvoir central n’a pas à remettre en cause sans consulter les bretonnes et les bretons. Ce qui ne fait pas d’eux des opposants à toutes formes de préoccupations environnementales. La gratuité des routes apparait pour de nombreux bretons comme un marqueur d’identité collective, au même titre que le drapeau, la langue, le territoire…

C’est ce genre d’éléments subjectifs, qui s’ajoutent à d’autres eux bien objectifs comme l’histoire, des traits culturels ou linguistiques évidents, qui contribuent à construire un sentiment d’appartenance collectif à une communauté nationale spécifique.

Plus qu’à Kemper le samedi 2 novembre, on pouvait lire de très nombreux slogans en langue bretonne, bilingue. Nombre de prises de paroles se sont faites en breton comme lors du rassemblement du pôle ouvrier où nous l’avons mentionné l’appel à manifester c’est aussi fait en breton, comme sur la grande scène de Kerampuilh où les présentations des intervenants et certaines parties d’ interventions se sont faites en langue bretonne.

C’est un mouvement profondément populaire, beaucoup des participants ne semblaient pas être des habitués des manifestations revendicatives, en témoignent les banderoles bricolées à la maison, les drapeaux bretons portés sur des bouts de bois…

Enfin, un enseignement de poids est à tirer de ce rassemblement : l’émergence claire de la volonté de création d’un pouvoir local renforcé pour une Bretagne réunifiée, afin que le peuple breton gère ses affaires au plus près. Tant sur scène par les propos de Christian Troadec ou de Gilles Servat clouant lui au pilori la “dictature de la bourgeoisie parisienne”, que parmi les manifestants, on pouvait lire des messages tel que « Marre de la France » ou « Breizh Dieub » (*NDLR “Bretagne Libre”*) ou simplement “indépendance”.

Outre la Gauche Indépendantiste et le NPA, les autres partis défilant tous drapeaux au vent (comme à Kemper le 2 novembre) étaient l’Union Démocratique Bretonne et le Parti Breton qui défendent une forme de souveraineté pour le peuple breton.

Toutes les personnes présentent à Carhaix ne peuvent feindre qu’une des prochaines étapes de cette lame de fond, c’est la revendication d’une forme d’autodétermination pour la Bretagne réunifiée.

C’est ce qui glace d’effroi la classe politique locale et le gouvernement central qui préfèrent tabler sur un essoufflement du mouvement et ses contradictions et continuer à stigmatiser le mouvement et le peuple qui s’y retrouve, avec un mépris incroyable.

La question nationale bretonne, le droit à l’autodétermination du peuple breton font désormais partie de l’agenda politique.

Pour affirmer sans complexe aucun la complémentarité du combat pour la justice sociale et l’émancipation politique du peuple Breton il faut renforcer la Gauche Indépendantiste et ce dès maintenant dans le cadre des mobilisations des Bonnets Rouges et après !

Breizh dieub ha sokialour !

> Quand la gauche indépendantiste fait le jeu de l institut locarn

Faire un copié- collé d un autre article deja paru sur ce site est a l image du manque d argumentations et surtout
l 'arrangement avec la réalité.
Que cette extreme gauche de la gestion du capital demande de se mettre a la remorque d un "mouvement" ou la feuille de route s écrit a l institut locarn ce n est guere étonnant.
ci dessous un lien avec un texte paru sur vosstanie ou il est question d autonomie ouvriere et de la confusion régionaliste.
http://vosstanie.blogspot.fr/2013/12/autonomie-ouvriere-ou-confusion.html

> bah tiens

la gauche indépendantiste dit :
" La question nationale bretonne, le droit à l’autodétermination du peuple breton font désormais partie de l’agenda politique. "

donc la question sociale n'est qu'un prétexte pour brandir l'étendard nationaliste.

il n'y a pas que les patrons qui utilisent la colère des salariés, il y a aussi la mouvance pseudo gauche mais carrément nationalistes.

merci de l'avoir si clairement énoncé

patron de france ou de bretagne, ça reste un patron et le nationalisme a toujours nié la question sociale comme question centrale !