Révolte des quartiers populaires, crise du militantisme et postcolonialisme

Mis a jour : le jeudi 19 septembre 2013 à 05:36

Mot-clefs: quartiers populaires militantisme
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Les quartiers populaires ne sont pas composés que d’immigrés. Une relative diversité existe en termes de nationalité, d’âge, de statut social, de parcours scolaire, etc. Les luttes des « enfants de la banlieue » reflètent cette réalité et ont souvent tenté d’articuler la dimension sociale et la dimension raciale de leur condition, ne serait-ce que par la dénomination des associations (comme Mouvement de l’immigration et des banlieues). Cette réalité multidimensionnelle se retrouve dans la composition des révoltés de novembre 2005 et il serait réducteur d’y voir exclusivement une révolte d’enfants d’immigrés. Pourtant, on pourrait mettre en lien cette révolte avec les précédentes révoltes de jeunes des quartiers populaires des années 1990. À plusieurs reprises, un même scénario se répète : après qu’un jeune soit abattu par la police, des proches, des habitants du même quartier, se mobilisent et entendent substituer aux manifestations violentes des modes d’action politique perçus comme plus légitimes par les pouvoirs publics. C’est notamment le cas de l’association Agora créée en 1990 suite à la mort de Thomas Claudio à Vaulx-en-Velin, et de l’association Bouge qui Bouge créée en 1997 suite à la mort d’Abdelkader Bouziane à Dammarie-lès-Lys. Malgré l’aspect ponctuel de ces mobilisations, elles ont permis un mode de socialisation politique et l’émergence de véritables militants parmi les habitants du quartier, et contribué à la production d’un discours politique relativement cohérent articulé autour de revendications précises.

Le contraste avec les révoltes de 2005 est saisissant. Alors qu’il s’agit des révoltes les plus massives de l’histoire des banlieues françaises, force est de constater que leur débouché politique semble introuvable. Il ne s’agit pas de nier leur dimension politique, mais de s’interroger sur les conditions de possibilité et les modalités de traduction d’une colère en revendications. Pour comprendre cette situation, rares sont les analyses sociologiques qui établissent une relation entre l’absence de porte-parole et l’histoire du mouvement de l’immigration et des banlieues. Or, les révoltes se sont déclenchées dans un contexte marqué par trois phénomènes reliés entre eux : 1) une crise profonde du militantisme dans les quartiers populaires, aggravée par les transformations de la condition ouvrière marquée par le précariat ; 2) l’hégémonie croissante du champ médiatique dans la définition des causes légitimes et la construction de la légitimité politique des mouvements politiques (on s’intéressera au cas du Mouvement des indigènes de la République) ; et 3) la primauté de la stratégie de reconnaissance identitaire."

Abdelali Hajjat: Histoire politique des immigrations post coloniales 1920 – 2008

Vous pouvez télécharger ICI l’intégralité de l’introduction de l’ouvrage "Histoire politique des immigrations post coloniales 1920 – 2008" réalisé sous la coordination d’Abdelali Hajjat et Amhed Boubeker.

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