islam, voile et laïcité : un débat empoisonné

Mot-clefs: Racisme
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Anatomie d’un consensus

par Pierre Tevanian

25 septembre 2012

À l’heure où, grâce à un relookage pseudo-laïque, triomphe en France la lepénisation des esprits, à l’heure où, dans toute l’Europe, l’extrême droite surfe sur une vague islamophobe initiée et entretenue depuis plus de dix ans par la droite dite modérée et la gauche dite responsable, nous publions un texte consacré à l’un des principaux temps forts de la campagne faussement laïque et vraiment raciste qui s’est déployée, de manière presque ininterrompue, depuis près de dix ans : la loi du 15 mars 2004, interdisant le voile à l’école publique.

Il y a maintenant plus de huit ans, le 15 mars 2004, la loi interdisant les « signes religieux ostensibles » était votée à la quasi-unanimité par le Parlement français, à l’issue d’une année de battage médiatique focalisé sur un seul « signe » : le foulard dit « islamique ». Nous ne reviendrons pas ici sur ce battage, sur l’hégémonie que les grand médias ont assuré au point de vue prohibitionniste, ni sur la construction politique et médiatique de l’élève voilée comme nouveau bouc-émissaire [1]. L’heure est plutôt au bilan : sept ans après, quels sont les effets observables de cette loi, du « débat » public qui l’a précédée, du climat idéologique qu’elle a installé, et du consensus politique qu’elle a occasionné ?

Notre hypothèse est qu’on n’a pas fini de mesurer les conséquences profondes que cette « affaire » déjà oubliée - ou plutôt refoulée [2] - a eu sur la société française. Des conséquences dramatiques, tant sur le plan idéologique que politique - et, bien entendu, sur le plan humain.

« Le choc des civilisations », version française

Sur le plan idéologique, les longs mois de tapage médiatique autour du « problème du voile à l’école » ont largement contribué à renforcer le climat de « guerre des civilisations » que les grands médias ont installé en France après les attentats du 11 septembre 2001. Que ce soit par le prisme de « l’insécurité », du « communautarisme » ou de « la laïcité », de « l’intégrisme », de « la condition des femmes des quartiers » ou de « la nouvelle judéophobie » [3], le débat public français, tel que les médias l’organisent, tourne autour d’un même bouc émissaire, construit sur des bases culturalistes : le garçon arabe de confession musulmane. La « bataille du voile » peut de ce point de vue être considérée comme l’adaptation française de la doctrine américaine du « choc des civilisations ».

Mais cet épisode s’inscrit aussi dans une histoire franco-française, qui remonte bien avant le 11 septembre 2001 : il doit être envisagé comme le dernier épisode en date de l’histoire conflictuelle que la société française entretient avec une partie de sa population : celle qui est issue de l’immigration post-coloniale. De ce point de vue, la campagne de 2003-2004, jusqu’à son dénouement triomphaliste à la rentrée 2004, n’est pas sans rappeler la « bataille du voile » de 1958, et plus précisément les cérémonies de dévoilement des femmes en place publique mises en scène à Alger pour célébrer le génie « émancipateur » de la France coloniale [4].

Diversion et division

« L’Affaire » doit également être saisie dans son contexte politique, économique et social d’ensemble. Elle apparaît alors comme la continuation par d’autres moyens d’une guerre sociale menée depuis plusieurs années par la droite et la gauche « social-libérale » contre les classes populaires : la focalisation sur « le voile à l’école » a en effet été, après la focalisation sur « l’immigration clandestine » (pendant la période 1993-1998) et sur « l’insécurité » (en 2001 et 2002), une nouvelle occasion d’occulter les questions de chômage, de précarité et de discrimination, et d’imposer une grille de lecture ethniciste ou culturaliste, plutôt que socio-économique et politique. Comme l’a souligné Saïd Bouamama,

« Une des modalités du combat social porte sur la définition de la frontière qui sépare des camps aux intérêts opposés, et le projet libéral a bien entendu intérêt à construire une frontière qui s’appuie sur des critères autres que sociaux, comme par exemple la culture, l’ethnie, la religion, la civilisation, etc. (...) Le droit à une scolarité gratuite est un des acquis sociaux remis en cause par le projet libéral. La remise en cause de cet acquis ne fait que commencer, et déjà le gouvernement est confronté à une importante colère enseignante. Il n’est dès lors pas étonnant que l’école soit présentée comme le lieu où se joue de façon essentielle le combat contre ce “nouvel ennemi” qu’est “le foulard” ou “ le communautarisme”. Le référent “laïcité” est ici mobilisé pour masquer la réalité des clivages sociaux, réunir ceux que le projet libéral divise et diviser ceux qu’il unit. » [5]

Réunir ceux que le projet libéral divise : tel est bien l’un des effets les plus marquants de cette « année du voile ». En effet, qui aurait pu penser qu’au moment même où le gouvernement Raffarin s’attaquait aux acquis sociaux (notamment aux retraites et à l’assurance chômage) et au service public d’éducation, on verrait manifester côte à côte la porte-parole de Lutte Ouvrière, Arlette Laguiller, le socialiste Malek Boutih et Nicole Guedj, « Secrétaire d’État au programme immobilier de la justice » dans le gouvernement. Cela s’est pourtant produit, le 8 mars 2004 lors de la « Journée des femmes », sous la bannière des Ni Putes Ni Soumises, et ce précisément autour du combat « contre le voile » et « pour la laïcité ».

Cette union sacrée de l’UMP, du PS et de Lutte Ouvrière n’est d’ailleurs pas la seule union paradoxale ni la seule « recomposition » qu’a engendrée la « bataille du voile » : on a également pu voir converger, sur la base de leur commune hostilité au foulard et de leur commune croyance aux vertus politiques de la prohibition, la gauche la plus « laïcarde » et la droite la plus cléricale, des militants sincères de la cause palestinienne et des inconditionnels de la politique israélienne, des groupes féministes et les secteurs les plus machistes de la classe politique, des enseignants tout juste sortis d’un long mouvement de grève et le ministère qu’ils venaient d’affronter...

Quant à la division de ceux que des intérêts communs étaient censés unir, chaque organisation politique, syndicale ou associative a pu en mesurer l’ampleur dans ses rangs. Car s’il y a eu quelques dissensions à droite [6], c’est bien la gauche et elle seule qui a été au sens fort divisée par le débat sur l’interdiction du voile. Le gouvernement de droite a indéniablement joué un rôle décisif dans le lancement de « l’affaire » , et c’est sans doute lui qui en a tiré le plus grand profit, mais c’est la gauche, et elle seule, qui a été active :

ce sont des députés et sénateurs socialistes (notamment Jack Lang et Laurent Fabius) qui ont les premiers annoncé leur intention de déposer une proposition de loi pour interdire le voile à l’école ;

ce sont des responsables nationaux de Lutte Ouvrière (Georges Vartanianz) et de la Ligue Communiste Révolutionnaire (Pierre-François Grond) qui ont alimenté la machine médiatique à la rentrée 2003, en lançant « l’Affaire d’Aubervilliers » [7]

ce sont aussi des rangs de la gauche que sont issus les députés qui se sont le plus exprimés contre la loi d’interdiction ;

c’est aussi chez les sympathisants de gauche que les sondages indiquent un véritable clivage entre deux « camps » de poids à peu près égal, et c’est au sein des organisations de gauche exclusivement qu’ont proliféré les discussions internes sur cette question (à de rares exceptions près, comme Lutte Ouvrière) ;

enfin, au delà des simples opinions, c’est dans les organisations de gauche exclusivement que des militants se sont engagés activement pour ou contre l’interdiction du voile [8].

La gauche face à ses contradictions

« L’Affaire du voile » n’est donc pas, comme aiment le dire les commentateurs « autorisés », une question qui « traverse tout l’échiquier politique » et « brouille le clivage droite/gauche ». C’est en réalité la gauche et elle seule qui a été traversée au sens fort, c’est-à-dire affectée, par « l’Affaire du voile » (la droite, tant au niveau des appareils politiques que des électorats, a été beaucoup plus unanimement prohibitionniste). Et c’est moins le clivage droite/gauche que l’identité et l’unité de la gauche qui en ressortent brouillées.

Cette division de la gauche [9] a été au cours des années 2003 et 2004, et dans les années qui ont suivi, un frein considérable à toute mobilisation de grande ampleur contre les offensives gouvernementales sur le terrain social, et rien n’indique aujourd’hui qu’elle puisse être surmontée. Elle repose en effet sur des problèmes de fond, touchant à des conceptions antagonistes

de l’interdit et de l’éducation (dans quelle mesure, sous quelles conditions et jusqu’à quel point l’interdiction et la sanction peuvent-elles être pédagogiques ?)

de l’émancipation (peut-on émanciper quelqu’un contre son gré ?)

du rapport à l’autre et à sa liberté (jusqu’où peut-on considérer l’autre comme un être aliéné, en attente d’un tuteur bienveillant ?)

de la morale et de la politique (la fin peut-elle justifier les moyens ? La majesté de l’idéal laïque peut-elle justifier le sacrifice de quelques « voilées » réfractaires au dévoilement ?)

de la religion en général, de l’Islam en particulier et surtout de la jeunesse issue des classes populaires et de l’immigration post-coloniale.

De ce point de vue, même si « le voile à l’école » est un faux problème, construit politiquement et médiatiquement, on peut dire qu’il a contribué, indirectement, à poser de vraies questions, parmi lesquelles les plus sensibles sont sans doute celles qui concernent le rapport de la gauche française aux franges des classes populaires issues de l’immigration post-coloniale. Pour reprendre une formule courante à gauche, le voile a assurément contribué à voiler les vrais problèmes que sont le démantèlement des services publics et de l’État providence, le chômage structurel et la précarisation généralisée, mais il a aussi dévoilé un autre vrai problème, jusqu’alors refoulé, ou relégué au rang de front secondaire : l’enracinement du racisme post-colonial en France, un racisme systémique qui traverse toutes les classes sociales et toutes les forces politiques, même les plus « progressistes » ou « révolutionnaires » [10].

La question ne peut être éludée : comment se fait-il qu’à gauche, tout le monde n’ait pas, au-delà de toutes les appréhensions possibles vis-à-vis du foulard et de ce qu’il peut signifier, posé comme préalable le refus absolu de toute exclusion ? Comment une telle légèreté et une telle indifférence à l’égard du devenir d’ adolescentes ont-t-elles été possible ? N’est-ce pas parce que ces adolescentes ont été, y compris à gauche, l’objet d’une phobie ?

Un nouveau rendez-vous manqué

Ce « dévoilement de la gauche » est lui aussi lourd de conséquences : en ne s’opposant pas à la campagne médiatique contre les élèves « voilées », en y participant même parfois activement, les responsables des organisations de gauche - en particulier du Parti Socialiste, de Lutte Ouvrière et de la Ligue Communiste Révolutionnaire - ont manifesté ostensiblement la distance sociale qui les sépare de certaines populations, leur incapacité à les entendre, leur penchant pour l’autoritarisme, parfois leur intolérance, et parfois même leur pur et simple racisme. Ces organisations se sont de ce fait aliénées, sans doute durablement, une grande partie de leur « base » potentielle. Vingt ans après le rendez-vous manqué avec le « mouvement beur », l’ensemble de la gauche française a massivement raté un nouveau rendez-vous.

La loi sur le voile apparaît en ce sens comme un symptôme au sens freudien du terme : la manifestation pathologique d’un « passé qui ne passe pas », le retour d’un épisode refoulé. Il est en effet significatif que la « Marche pour l’égalité » de décembre 1983, qui vit pour la première fois les jeunes français issus de l’immigration post-coloniale sortir de l’invisibilité et s’imposer comme des sujets parlants, n’a eu droit, en guise de commémoration pour son vingtième anniversaire, qu’à un discours présidentiel annonçant l’interdiction du foulard - c’est-à-dire une mesure répressive visant principalement des enfants d’immigrés post-coloniaux, et recouvrant la question de l’égalité sociale derrière un « problème de différences culturelles ».

Il est significatif aussi que ce soit la visibilité du foulard qui se soit trouvée au cœur du « problème » : c’est lorsque les adolescentes et les femmes voilées se sont affirmées comme des égales, en apparaissant dans l’espace public, à l’école, à l’université et dans le monde associatif, que leur foulard est devenu insupportable ; celui des mères au foyer n’a jamais suscité de telles phobies [11]

Des élèves déscolarisées, des familles humiliées

Il importe, pour finir, de ne pas perdre de vue les victimes les plus directes de ce « grand débat ». Parmi elles figurent les 45 adolescentes qui, selon les chiffres officiels, ont affronté les conseils de discipline et ont été exclues définitivement, auxquelles il convient d’ajouter trois garçons sikhs exclus à Bobigny pour port d’un turban, ainsi que la soixantaine d’élèves « voilées » qui, selon les termes euphémiques du Ministère de l’éducation nationale, ont « choisi » de démissionner pour aller dans des écoles privées ou suivre des cours par correspondance.

Il y a également toutes celles qu’il est impossible de comptabiliser car elles se sont « exclues d’elles-même » pour s’épargner l’épreuve d’un conseil de discipline, en ne se présentant pas en cours à la rentrée de septembre 2004.

Il ne faut pas non plus négliger ce qu’ont enduré toutes celles qui ont préféré enlever leur foulard pour rester à l’école : si l’on peut se réjouir que ces dernières soient restées scolarisées, il faut néanmoins se demander ce qui se passe dans leur tête désormais découverte, ce qu’elles ressentent, et comment elles comprennent les mots « laïcité », « liberté », « égalité » et « fraternité », ces « valeurs de la république » dont s’est prévalue la mouvance prohibitionniste, mais qui pour elles n’ont été synonyme que de menaces, d’injures et d’humiliations [12].

Au delà, la teneur du « débat médiatique » depuis 2003 et ses conséquences concrètes à la rentrée 2004 constituent une immense blessure collective, infligée à des dizaines de milliers de personnes : les centaines d’élèves exclues ou contraintes à enlever leur foulard, mais aussi tout leur entourage familial et, encore au-delà, l’ensemble de la population issue de l’immigration post-coloniale, à qui l’on fait revivre ces « cérémonies de dévoilement des femmes en place publique » inventées au temps de l’Algérie française.

Il est vrai que cette blessure a été majoritairement vécue dans le silence et l’invisibilité. Elle n’est jusqu’à présent pas très « ostensible ». Nos dirigeants politiques peuvent donc se réjouir. Les Inspecteurs d’Académie peuvent se féliciter du « caractère éducatif » des conseils de discipline [13], et les grands médias peuvent continuer à croire ou à faire croire que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes laïques possibles ; mais de cette humiliation, de cette violence symbolique, des discriminations et des agressions islamophobes, verbales ou physiques, qui en découlent, et que l’hystérie « anti-foulard » a d’avance légitimées [14], et enfin des exclusions, visibles ou invisibles, que la loi du 15 mars 2004 a provoquées et va continuer de provoquer, de toute cette souffrance à laquelle, sciemment ou pas, ils ont largement contribué, il faudra que l’État français, la classe politique et les grands médias répondent un jour [15].

p.-s.
« Sentir ensemble ce qu’on ne peut pas sentir, c’est cela que veut dire consensus : non pas la niaise idylle des partenaires responsables discutant en commun des données et des solutions de problèmes objectifs, mais l’identification immédiate du sujet qui a peur. Ce n’est pas sur l’opinion raisonnable que le consensus politique a coutume de s’instaurer, mais sur les passions déraisonnables. Ce n’est pas d’abord entre soi que l’ont consent, mais contre l’autre. »

Jacques Rancière [16]

notes
[1] Sur ces points, cf. P. Tevanian, Le voile médiatique. Un faux débat : « l’affaire du foulard islamique », Editions Raisons d’agir, 2005

[2] Du moins par l’agenda médiatique. C’est évidemment loin d’être le cas des adolescentes ou des femmes voilées et de leur entourage.

[3] Sur le thème de « la nouvelle judéophobie », cf. Collectif, Antisémitisme : l’intolérable chantage, La découverte, 2003. Sur le traitement médiatique de la « conditions des femmes des quartiers », cf. L. Mucchielli, Le scandale des « tournantes ». Dérives médiatiques, contre-enquête sociologique, La découverte, 2005 et « Les tournantes : mythes et réalités ; N. Guénif-Souilamas, E. Macé, Les féministes et le garçon arabe, op. cit., 2004 ; P. Tévanian, « La logique du bouc émissaire », Le ministère de la peur, op. cit., 2004. Sur le thème du « communautarisme », cf. S. Tissot, « Le repli communautaire : un concept policier ». Cf. enfin, sur acrimed.org, les analyses concernant « l’Affaire du RER D », dans laquelle tous les stigmates sur les « jeunes arabo-musulmans » ont été mobilisés : violence, sexisme et antisémitisme.

[4] Cf. T. Shepard, « La bataille du voile pendant la guerre d’Algérie », dans Ch. Nordmann (dir.), Le foulard islamique en questions, Editions Amsterdam, 2004. Cf. aussi F. Fanon, « L’Algérie se dévoile », dans L’an V de la révolution algérienne, La Découverte, 2001

[5] S. Bouamama, « Ethnicisation et construction idéologique d’un bouc émissaire », in Ch. Nordmann, Le foulard islamique en questions, Editions Amsterdam, 2004. Texte repris sur lmsi.net sous le titre « La production d’un racisme respectable ». Il n’est, à cet égard, pas surprenant que d’anciens militants issus de l’extrême droite nationaliste se soient reconvertis récemment dans le « combat laïque » au sein d’une structure se réclamant de la « gauche républicaine » (l’Union des Familles Laïques). Cf. l’enquête de René Monzat publiée dans Ras l’Front en décembre 2004.

[6] L’opposition à la loi interdisant le voile a été très marginale à droite, et elle n’a pas dépassé le stade de la prise de position verbale. Aucune personnalité de droite ne s’est jointe aux rassemblements et manifestations qui se sont tenues entre décembre 2003 et mars 2004 contre la loi. Les élus de l’UDF, qui manifestaient leurs réserves sur l’opportunité d’une loi, se sont contentés de s’abstenir lors du vote de la loi. Les rares voix discordantes à droite ont été de trois types : des « libéraux » et des « centristes » ont refusé l’atteinte disproportionnée à la liberté de conscience et ont dénoncé la stigmatisation des musulmans (Guy Sorman et Alain Madelin notamment ont écrit des tribunes en ce sens) ; des « cléricaux » ont déploré une attaque contre toutes les religions, y compris le catholicisme (tel fut le cas, par exemple, de Christine Boutin et Philippe de Villiers) ; enfin, Jean-Marie Le Pen a dénoncé un « écran de fumée », destiné à divertir l’opinion du « problème de l’immigration ».

[7] Enseignants au lycée Henri Wallon d’Aubervilliers à la rentrée 2003, ils ont été les meneurs de la campagne qui a abouti à l’exclusion d’Alma et Lila Lévy. Cf. les réponses de Laurent Lévy à Georges Vartaniantz et Pierre-François Grond. Cf. aussi la « Lettre ouverte » rendue publique par des professeurs du lycée Henri Wallon opposés à l’exclusion. Cf. enfin le récit complet de « l’affaire » par Laurent Lévy.

[8] Le camp des « militants » prohibitionnistes, c’est-à-dire de ceux qui se sont mobilisés, par des écrits, des pétitions, des réunions publiques ou des rassemblements (il n’y a eu aucune manifestation de masse pour la loi), est composé de cinq mouvances homogènes et d’une sixième qui l’est beaucoup moins : les cinq composantes homogènes sont le Parti socialiste et ses « satellites » (essentiellement SOS Racisme et Ni Putes Ni Soumises), la mouvance « national-républicaine », fédérée par l’UFAL (Union des familles laïques), une nébuleuse peu nombreuse mais active d’Algériens de sensibilité « éradicatrice », une partie des mouvements d’extrême gauche (le Parti des Travailleurs et, de manière plus active, Lutte Ouvrière) et enfin quelques groupes féministes (Prochoix, la Ligue du Droit des Femmes, SOS Sexisme). À ces groupes, il faut enfin ajouter des individus issus d’organisations elles-même divisées, n’ayant pas adopté de position prohibitionniste : des membres d’ATTAC, du PCF et de la LCR essentiellement, mais aussi des syndicalistes enseignants (du SGEN-CFDT comme de la FSU).
Le camp anti-prohibitionniste, qui s’est fédéré à partir de décembre 2003 autour du Collectif Une école pour tou-te-s/Contre les lois d’exclusion, regroupe des individus issus de toutes les autres « familles » et « sensibilités » de la gauche : « gauche plurielle » (communistes et surtout écologistes), extrême gauche (essentiellement les JCR et des membres de la LCR), gauche syndicale (CGT et SUD essentiellement) et associative (CEDETIM, Fédération Léo Lagrange, MRAP), mouvement associatif issu de l’immigration (Association des Travailleurs Maghrébins de France, Fédération des Tunisiens Citoyens des deux Rives, Mouvement de l’Immigration et des Banlieues), militantes féministes (Femmes publiques, Femmes plurielles, Les sciences potiches se rebellent, Les Blédardes, Collectif des féministes pour l’égalité). Enfin, une dernière composante du Collectif Une école pour tou-te-s a provoqué de nombreuses controverses : deux associations musulmanes réputées proches de Tariq Ramadan : le Collectif des Musulmans de France et Participation et Spiritualité Musulmane.

[9] Sur cette division, cf. aussi le bilan politique proposé par John Mullen : « Pourquoi nous ? Pourquoi Maintenant ? Bilan politique de la loi contre les signes religieux à l’école ».

[10] Sur ce point, cf. H. Bouteldja, C. Grupper, L. Lévy et P. Tévanian, « Une nouvelle Affaire Dreyfus », in Ch. Nordmann (dir.), Le foulard islamique en questions, Editions Amsterdam, 2004 ; S. Bouamama ; L’affaire du voile. La production d’un racisme respectable, Editions du Geai Bleu, 2004 ; P. Tévanian, « De la laïcité égalitaire à la laïcité sécuritaire : le milieu scolaire à l’épreuve du foulard islamique », in L. Bonelli, G. Sainati (dir.), La machine à punir. Discours et pratiques sécuritaires, L’Esprit Frappeur, 2004. Cf. aussi O. Masclet, La gauche et les cités. Enquête sur un rendez-vous manqué, La dispute, 2002

[11] Cf. P. Tévanian, « Le corps d’exception et ses métamorphoses »

[12] Le travail d’information sur les exclusions, les déscolarisations « sans conseil de discipline », et les humiliations vécues par celles qui ont ôté leur foulard, est réalisé par le Collectif Une école pour tou-te-s/Contre les lois d’exclusion. Les témoignages recueillis doivent faire l’objet d’un « livre noir ».

[13] « Les conseils de discipline ont un caractère éducatif » a-t-on osé à l’inspection d’Académie, après l’exclusion définitive d’une collégienne de 14 ans à Mâcon (Dépêche Reuters, 22/10/2004).

[14] Parmi de nombreux autres exemples du climat islamophobe qui s’est installé dans le pays à la faveur de ce « débat sur la laïcité », on peut citer : une femme voilée refusée dans un bureau de vote (cf. Libération, 24/03/2004), des mères voilées refusées comme accompagnatrices pour des sorties scolaires (cf. Libération, 16/10/2003), six femmes voilées refusées lors du « grand débat sur l’école » (cf. Le Monde, 19/12/2003), un maire qui refuse de marier une femme voilée (cf. Le Monde, 27/12/2003), ainsi que de nombreuses profanations de cimetières musulmans et attaques contre des lieux de culte. Cf. les 182 actes recensés dans la presse, entre octobre 2003 et aôut 2004, par le Collectif contre l’islamophobie de France : Rapport d’étape du CCIF sur l’islamophobie en France, 2003-2004, Octobre 2004 (texte en ligne sur Oumma.com).

[15] Ce texte reprend des extraits de :
Le voile médiatique. Un faux débat : « l’affaire du foulard islamique », Raisons d’agir, 2005

[16] J. Rancière, La mésentente, Galilée, 1995

http://lmsi.net/Islam-voile-et-laicite-un-debat

Commentaire(s)

> Appel des Libertaires contre l'islamophobie

Anarchistes, communistes libertaires, anarcho-syndicalistes, autonomes, artistes, organisés ou non-organisés, nous faisons part de notre condamnation totale de l’islamophobie sous toutes ses formes. Nous affirmons que l’islamophobie est une forme de racisme.

Nous avons le désagréable pressentiment, au regard de l’actualité, que l’islamophobie, comme un racisme respectable et vertueux, devient l’un des ressorts privilégiés de la gauche au pouvoir et de la gauche bien-pensante. Nous faisons le constat exaspérant que les thématiques progressistes comme le féminisme, la laïcité ou la liberté d'expression sont régulièrement invoqué pour le justifier. Le fait qu’en février, à peine passé à gauche, le Sénat ait voté une loi d’interdiction de certains emplois aux femmes voilées ne fait que confirmer nos craintes. Il en est de même quant aux comportements et discours néo-coloniaux et racistes du Parti de Gauche et des organisateurs du fameux débat sur « comment faire face au Front national » (sic) à la Fête de l'Humanité (1).

Les conséquences de l’islamophobie sont grandes pour celles et ceux qui la subissent : des lois liberticides votées ces dernières années jusqu’aux discriminations insidieuses, parfois flagrantes (par ex : les 4 animateurs de Gennevilliers suspendus car faisant le ramadan), sans parler des insultes et agressions diverses. Ces attaques racistes risquent fort de croître, et nous devons nous préparer à les combattre sans aucune ambiguïté.

En tant que libertaires nous réfutons et combattons tout raisonnement islamophobe porté au nom de l’idéologie libertaire et avons décidé de l’affirmer clairement par cet appel.

Parce que nous pensons qu’au sein du discours médiatique dominant, journalistique et politique, certains « philosophes », « dessinateurs » et « écrivains » surmédiatisés, comme Michel Onfray, Caroline Fourest ou l’équipe de Charlie Hebdo, participent de cette islamophobie ambiante et de sa propagation en se positionnant parfois comme libertaires, ou en agissant au nom de la tradition et de l’idéologie libertaire.

Parce que nous constatons que certains secteurs de « notre famille politique » sont imprégnés par l’idéologie islamophobe, et cela est insupportable. Cela se traduit au mieux par un désintérêt pour cette question (parfois par une condamnation certes claire de l’islamophobie mais couplée de moult rappels du combat primordial contre l’aliénation religieuse), au pire par le refus de reconnaitre l’islamophobie comme un racisme voire par le fait de s’affirmer islamophobe au nom d’un anticléricalisme primaire importé de contextes historiques différents, voire par des connivences et compromissions inacceptables, heureusement marginales mais pas assez vigoureusement condamnées.

Certaines choses doivent donc être rappelées à nos « camarades ».

NON, le terme islamophobie n’a pas été inventé par le régime iranien pour empêcher la critique de l’islam comme le proclame Caroline Fourest, le terme existait d’ailleurs déjà au début du XXème siècle.

NON, combattre l’islamophobie ne nous fait pas reculer devant les formes d’oppression que peuvent prendre les phénomènes religieux. Nous apportons ainsi notre soutien total à nos camarades en lutte au Maghreb, au Machrek et au Moyen-Orient qui s’opposent à un salafisme qui prend là-bas les formes réactionnaires et fascistes, et cela au plus grand bénéfice de l’impérialisme occidental.

NON, tous les musulmans qui luttent contre les lois islamophobes ne sont pas des crypto-islamistes ni des communautaristes venus faire du prosélytisme ou souhaitant interdire le blasphème. Beaucoup d’entre eux et elles sont des acteurs et actrices du mouvement social à part entière. Ils et elles luttent, s’auto-organisent, se battent pour leurs droits, contre le patriarcat, le racisme et pour la justice sociale au quotidien en revendiquant la spécificité de leurs oppressions et en pointant les contradictions qu’il peut y avoir au sein d’un certain discours « militant ». Critiquer leur façon de s'organiser ou de militer est une chose, les disqualifier par un discours marginalisant et raciste en est une autre.

La critique récurrente qui est faite à ceux qui parlent d'islamophobie (2), est qu'ils sont les porteurs d'un concept qui produirait du communautarisme. Nous disons que l'islamophobie est la politique de l'Etat envers de nombreux fils d'immigrés. Cette politique, il l’avait déjà expérimentée avec certains colonisés. L'islamophobie est bien un instrument de la domination, ce que le Palestinien Edward Saïd décrivait comme « la longue histoire d'intervention impérialiste de l'Occident dans le monde islamique, de l'assaut continu contre sa culture et ses traditions qui constitue un élément normal du discours universitaire et populaire, et (peut-être le plus important) du dédain ouvert avec lequel les aspirations et souhaits des musulmans, et particulièrement des Arabes, sont traités (3). » Dans la parfaite lignée de la structure de « l'orientalisme », l'Occident disqualifie l'Orient par le prisme de l'islamophobie et régénère par là sa pseudo-supériorité morale. Assumée ou dissimulée, cette structure de pensée gangrène une vaste partie du champ politique progressiste.

L'islamophobie n'est donc pas un concept flottant manié par des militants mal intentionnés, comme certains réactionnaires se plaisent sournoisement à l'inventer, mais une politique de la domination, de l'Etat post-colonial, qui imprime les corps des dominés. Dénoncer l'islamophobie n'est pas non plus l'apanage d'une communauté qui chercherait à se défendre. C'est au contraire un langage raciste de peur permanente qui désigne le paria sous les traits imprécis du musulman. A Salman Rushdie qui affirme lui aussi que l'islamophobie n'existe pas, car les musulmans ne sont pas une race, il faut rappeler, à lui et à tous ceux qui connaissent si mal l'histoire du racisme en Europe, que l'antisémitisme concerne les juifs, qui ne sont pas non plus une race.

Ce langage voudrait aussi imposer une assignation : tout arabe, tout africain, ou parfois tout être, ayant l'islam comme part de sa culture et comme part de son histoire serait un être essentiellement réactionnaire, fondamentalement religieux, et donc incompatible avec les principes fondamentaux républicains - principes par ailleurs complètement désincarnés, qui ne servent que pour justifier cette exclusion. Comme l'a montré Frantz Fanon, le colonisé, « par l'intermédiaire de la religion, ne tient pas compte du colon ». « Par le fatalisme, toute initiative est enlevée à l'oppresseur, la cause des maux, de la misère, du destin revenant à Dieu. L’individu accepte ainsi la dissolution décidée par Dieu, s'aplatit devant le colon et devant le sort et, par une sorte de rééquilibration intérieure, accède à une sérénité de pierre (4). »

Assigner les colonisés, et aujourd'hui les fils d'immigrés, à une religion, relève d'une dynamique de domination expérimentée dans les anciennes colonies. Les islamophobes n'ont peur que d'une chose : que les dominés s'emparent des armes de la critique sociale et de la philosophie, car c'est sur ce terrain que se prépare leur défaite, sur ce terrain que la lutte sociale se déploie et nous réunit.

Au-delà de l’islamophobie, ce problème soulève le peu d’intérêt et d’engagement contre le racisme visant les enfants d’immigrés issus de la colonisation. Ce sont aussi toutes les questions liées aux quartiers populaires qui font les frais d’un déficit d’engagement de la part du mouvement social. Pour preuve le peu de personnes militant contre les violences policières et les crimes racistes et sécuritaires.

Les populations issues de la colonisation, qu’elles soient noires, arabes, musulmanes, habitantes des quartiers populaires, ont décidé de ne plus rester à la place où l’on veut les assigner et s’affirment comme forces politiques en s’auto-organisant. Nous devons avancer côte à côte et lutter contre le racisme sous toutes ses formes, de toutes nos forces.

L’islamophobie dominante, encouragée par tous les pouvoirs occidentaux, est aussi l’occasion de diviser ceux qui devraient s’unir, et unir ceux qui devraient être divisés. Dans une société régie par le Spectacle, elle a en outre pour fonction de jeter de vastes écrans de fumée sur les réalités sociales. Ne tombons donc pas dans le piège !

Enfin ce problème pose aussi la question d’une sorte d’injonction à l’athéisme, condition sine qua non pour prendre part à la guerre sociale et militer dans une organisation libertaire. Il serait donc impossible ou infondé d’exprimer sa foi si l’on est croyant, tout en partageant certaines convictions progressistes. Nous nous opposons à l’essentialisation des croyants et du phénomène religieux, qui se fait sans donner la parole aux premiers concernés, et qui nous conduit aujourd’hui aux pires amalgames.

Notre opposition sans concession à l’islamophobie, en tant que libertaires, doit se faire entendre sur cette question. Nous sommes aussi le reflet d’un certain nombre de contradictions: de même que nous sommes traversés par les rapports de domination sexistes ou homophobes, ce qui est aujourd’hui (plus ou moins!) reconnu par le mouvement libertaire, nous devons reconnaitre l’être aussi par les rapports de domination racistes, postcoloniaux et faire le travail qui s’impose, dans le contexte social où l'on se trouve.

Contre cette arme coloniale de division massive et de « régénération du racisme » qu’est l’islamophobie, contre la construction d’un nouvel ennemi intérieur, nous affirmons en tant que libertaires notre solidarité avec celles et ceux qui luttent et s’auto-organisent contre cette oppression, et appelons au sursaut antiraciste partout pour les mois et les années à venir.

Akye 


1. Pierre Tevanian et Saïd Bouamama : Caroline Fourest, l'incendiaire qui crie « au feu! »

2. Voir les propos du très libéral Nasser Suleyman Gabryel qui récuse carrément l’usage du mot : Critique du concept d'islamophobie

3. Edward W. Saïd, L’Islam dans les médias.

4. Frantz Fanon, Les damnés de la terre.

Premiers signataires : Nicolas Pasadena (Alternative Libertaire), Skalpel, E.one et Akye (BBoyKonsian-Première Ligne), Fred Alpi, Samuel Idir (Journal L'Autrement), Docteur Louarn (CNT- Brhz), K-listo (Soledad), Aodren Le Duff (CNT), Subversive ways, Yly, Sophie B (CNT), George Franco, Marouane Taharouri (Alternative Libertaire), JM Smoothie (CNT-BBoyKonsian), Elie Octave (Sud-Etudiant), Haythem Msabhi - Mouvement Désobéissance (Tunisie), Rabaa Skik (Artiste plasticienne), Zack O'Malek (Journal L'Autrement), Rola Ezzedine (Professeur d'histoire), Isabelle Vallade (Collectif Bordonor)...

Pour figurer parmi les signataires, envoyez un mail à cette adresse: akye@bboykonsian.com

http://bougnoulosophe.blogspot.fr/

> enfin

pour compléter :

"Les marxistes n’ont donc aucune réticence à condamner les représentants de la religion organisée là où ceux-ci participent à l’oppression et à l’exploitation. Mais vis-à-vis de ceux qui sont sous leur influence nous devons faire preuve de beaucoup de patience et de pédagogie, car séparer la masse des fidèles d’une religion de la hiérarchie qui les trompe est par définition une tâche difficile et délicate. " Proclamer la guerre contre la religion comme un des objectifs politiques d’un parti ouvrier, disait Engels, n’est qu’une simple pose anarchiste ". LENINE

« Il est de nos jours parfaitement évident et incontestable que nous ne pouvons pas mener notre propagande anti-religieuse par la voie d’un combat direct contre Dieu. /.../ La lutte contre une religion donnée, ou contre la religion en général et contre toutes les formes de mythologies et de superstitions, n’est ordinairement couronnée de succès que si l’idéologie religieuse entre en conflit avec l

es besoins d’une classe donnée dans un nouvel environnement social. /.../ les méthodes formalistes de critique anti-religieuse, la satire, la caricature, etc. ne peuvent pas faire grand chose. Et si l’on y va trop fort, on risque d’obtenir un résultat inverse. /.../ En fermant simplement les églises, comme il a été fait en quelques endroits, ou par d’autres excès administratifs, non seulement vous serez incapables d’atteindre un succès décisif, mais au contraire, vous préparerez la voie pour un retour en force de la religion. » TROTSKY

> Féminismes islamiques

« L’association des termes féminisme et islam ne se pose qu’à l’interrogatif : « existe-t-elle? », « est-elle possible? ». Or, il faudrait vraisemblablement commencer toute interrogation associant les termes « femme », « féminisme » et « islam » par la déconstruction de l’évidence d’une telle question. Traiter de la question de « la femme en Islam », s’interroger aujourd’hui sur le « statut » des femmes musulmanes et l’adéquation possible entre l’islam et l’égalité des sexes est le fruit d’une élaboration historique. On ne s’interroge pas aussi fréquemment sur les « femmes dans le judaïsme », on ne voit pas exposée ici et là la question de la « femme en chrétienté ». Or, il est certain que cela ne tient pas à la nature des textes sacrés juifs et chrétiens, et encore moins aux conditions des vies des femmes chrétiennes et juives qui varient considérablement selon qu’elles vivent au Nord ou au Sud. Dès lors, il saute aux yeux que seules les musulmanes sont désignées par leur religion, c’est-à-dire qu’on impute à l’islam une influence fondamentale sur leurs conditions de vie.»

« Dans le contexte récent des « révolutions arabes » certains observateurs ont considéré que ces mouvements de protestation populaires, dans leur remise en question de l'autoritarisme, ont aussi impulsé un questionnement quant à l'islam de pouvoir et à l'orthodoxie musulmane. La présence massive des femmes dans les rangs des manifestants et la centralité de leur implication dans les processus révolutionnaires replacent les questions de genre au coeur des mouvements sociaux et populaires. Il faudra suivre les répercussions réelles de l'activisme et de l'engagement massif des femmes dans les révoltes arabes, que ce soit sur le plan des mentalités, de la pensée musulmane et dans le domaine législatif ».

« A cette étape de l'histoire, on peut affirmer sans trop se tromper qu'en terres d'islam, un grand nombre de femmes ont pris conscience de l'apport libérateur du message spirituel du Coran. Elles ont parfaitement compris que ce n'est pas l'islam qui les empêche de se libérer. Ce discours ne tient plus car elles sont de plus en plus nombreuses à avoir pris conscience de la manipulation dont elles ont été les victimes au nom du sacré. Elles ont compris que cette fois, l'histoire du monde musulman, toujours en marche, ne se fera pas sans elles. En témoigne, entre autres, leur présence massive et effective lors des récentes révolutions arabes ... »

« ... à travers ce croisement entre champ féministe et champ islamique, le féminisme musulman introduit des remises en questions fondamentales à l'intérieur des deux champs. Dans le champ féministe, il remet en question la domination du modèle occidental colonial et néocolonial qui s'est imposé comme étant l'unique voie de libération et d'émancipation, ainsi que l'idée que le féminisme serait antinomique au religieux et imposerait une mise à distance de celui-ci ... cette critique féministe postcoloniale, guidée par le lien conceptuel entre racisme, impérialisme et colonialisme, s'est vigoureusement attaquée à la prétention du féminisme colonial à déterminer pour les femmes du Sud les modalités de leur émancipation. »

« ... de façon ironique, aussi bien l'assimilation à l'islam d'idées et de coutumes non-musulmanes venues d'Occident que les tentatives pour résister à cette assimilation peuvent expliquer nombre des transmutations et des distorsions qui existent dans l'islam actuellement. »

« Les représentations sociales de la femme musulmane européenne tels qu'elles apparaissent dans l'idéologie coloniale féministe semblent avoir un impact sur l'appréhension du concept de féminisme musulman par certaines féministes en Europe. Cette vision stéréotypée nous renvoie à la substance d'un discours qui se revendique universaliste mais qui essentialise le statut des femmes musulmanes pour justifier une posture de supériorité en terme de projet d'émancipation. »

« Le discours des féministes musulmanes en Europe s'inscrit dans un cadre purement et simplement islamique, mais il est aussi important et simplement islamique, mais il est aussi important de mettre en évidence qu'il s'agit d'un féminisme à l'intérieur du féminisme. Il part d'une appartenance religieuse pour arriver à des principes universels, il part des particularités pour défendre des valeurs communes ».

« En France, les musulmanes féministes ne reconnaissent pas de hiérarchie entre, d’un côté, lutter contre la domination masculine et promouvoir des lectures de l’islam en accord avec leurs convictions féministes et, de l’autre, lutter contre le racisme, l’islamophobie qui les stigmatisent elles et leurs frères, les renvoyant à cet Autre, archaïque et obscurantiste. Cette imbrication de l’antisexisme à l’antiracisme n’est pas une question de choix, c’est une posture face à une double oppression. Partant de cela, les musulmanes se réapproprient le féminisme, le redéfinissent, le nourrissent et contribuent ainsi à son renouvellement. Cette militance nouvelle, par la diversité des composantes (sociales, religieuses, générationnelles, en terme de parcours militants, etc.), permet en réalité de décloisonner le féminisme, de le placer au coeur des débats sur les inégalités sociales, raciales et de genre. »

Zahra Ali

http://bougnoulosophe.blogspot.fr/2012/09/feminismes-is....html

Islamophobie : la place du Trocadéro interdite aux femmes voilées

http://www.dailymotion.com/video/xtsnks_la-place-du-tro..._news

http://www.youtube.com/watch?v=yQY7ltW0Zv8