La proposition était très ouverte et peu précise. De nombreuses et riches discussions ont eu lieu parmi les occupant-e-s sans que se dégage une position commune claire. Differentes façons d’aborder le sujet ont été tentées. Dans l’absolu, voulons-nous organiser un gros rassemblement ? En quoi ce camp pourrait nourrir la lutte ici ? En avons nous l’énergie en plus des projets déjà engagés ? Pensons nous qu’il s’agit d’une priorité sur ce que l’on mene déjà ? La proposition de Nog est elle compatible avec ce que nous imaginons, et enfin, comment la concrétiser quand et avec qui ? Comment ce camp peut-il être accueilli et perçu par les gens du coin ainsi que par les autres composantes du mouvement contre l’aéroport

En AG Populaire, il a été impossible de discuter. Le Collectif de Lutte Contre l’Aéroport (CLCA) l’empêchait et affirmait organiser ce camp avec ou sans les autres. Rapidement quelques occupant-e-s se sont rendues à une première réunion à Paris pour exprimer des questionnements et avoir des précisions sur la proposition. Illes reviennent sans avancée significative et avec des réticences face aux partis et organisations présentes à la réunion.

Une tentative de rencontre sur la ZAD entre les occupantes et NoG avorte. Des occupantes craignent d’aborder directement le « comment » de ce camp avant même de rencontrer le collectif de NoG.

Quelques temps après, NoG apparaît à la coordination des associations et des partis contre l’aéroport qui refuse son engagement dans ce projet (à l’exception de deux organisations). En mars, les occupant-e-s apprennent, indirectement, qu’a Lyon, NoG a décidé que le camp ne se réalisera pas sur la ZAD. Puis, début avril, lors d’une semaine d’échange de savoirs sur la ZAD, les occupantes apprennent lors d’une projection que NoG est finalement revenu sur sa décision pour appeler à un « village long » de 3 semaines en juillet sur un terrain proposé par le CLCA lors d’une troisième réunion de NoG à Paris. Après la manif-action du 7 mai, lors d’une discussion entre des occupantes et des personnes du collectif NoG, l’idée est à nouveau abandonnée, puis elle réapparait finalement à l’initiative du CLCA et de quelques membres de NoG.

Aucun processus satisfaisant d’élaboration commune de ce projet entre les occupantes et le collectif NoG n’a vu le jour. Aujourd’hui, il est clair que les enjeux de ces deux groupes se sont mal rencontrés. Des erreurs de part et d’autres ont contribué à ce climat de méfiance voire de guerre. Nous sommes quelques unes à vouloir éclaircir et faire le bilan autocritique de cette histoire.

La réflexion de fond sur les contre-sommets lancée par le groupe NoG questionnant la pratique de ces rassemblements et leurs objectifs nous parait intéressante. Je crois pouvoir dire que à priori les positions n’étaient pas tranchées entre les occupantes sur la pertinence de réaliser ce camp ici mais que la discussion n’était pas simple.

La proposition qui nous a été faite soulève beaucoup de questions car c’est un gros projet qui mérite qu’on lui accorde du temps. Or, malgré la sensation première d’en avoir devant nous pour réfléchir, le peu de contact avec le groupe NoG nous a fait perdre progressivement en confiance. Au fur et à mesure disparaissait l’impression d’avoir affaire à un groupe fort et structuré avec des personnes investies dans le projet, qui s’engagent avec nous pour l’élaborer. De notre côté, la volonté de réfléchir posément sur cette question avec des camarades opposant-e-s à l’aéroport n’a pas abouti. Les aigreurs et frustrations ont pris le dessus.

Les attentes de NoG en ce qui concerne l’implication des occupant-e-s ont été difficiles à comprendre. Elles paraissaient peu claires voire contradictoires : entre le « élaborer ensemble » et le « on s’occupe de tout ». Nous avons compris que ce qui était en jeu pour NoG était de le faire en lien avec le mouvement des occupations. Mais nous ne parvenions pas ici à nous saisir d’un sens commun à ce projet. Ce qui nous était adressé nous semblait alors une demande d’autorisation. Nous avons rapidement refusé de nous positionner sur cette base.

Nous avons eu des difficultés de part et d’autre à faire une « jonction » sur le point du « village long » sans se rencontrer plus sur l’ensemble complexe des perspectives propre de chaque groupe. Les rares moments de rencontres ont eu lieu lors d’évenements sur la ZAD et donc parmi plein de gens de passage. Les débats s’en trouvaient dilués ou orientés hors des questions que se posaient les occupant-e-s. Il en ressort une impression de séduction autour de l’ « unité des luttes », de grandes idées qui ont pris le pas sur l’expression du besoin de NoG d’un espace fort pour accueillir un projet expérimental et difficile à mener.

Il n’y a pas lieu ici de comparer l’organisation de nos groupes, mais de questionner leur mise en relation. Sur la ZAD, il n’y a pas un collectif d’occupantes mais une cohabitation de formes hétéroclites de regroupement de personnes. Garder une continuité est une de nos grandes difficultés car nous formons un ensemble mouvant et accueillons en permanence de nouvelles occupantes ainsi que des gens de passage. Se coordonner et se donner des perspectives communes est un processus lent et difficile, jalonné de tentatives tantôt avortées tantôt abouties.

Un choix stratégique présente toujours à priori un aspect enthousiasmant et une prise de risque. On porte souvent plus facilement des projets concrets plutôt qu’un travail d’ensemble sur des objectifs stratégiques. Les diverses expériences de lutte (partagées et récoltées) sont autant de grains à moudre pour discuter. Mais les discussions de fond nécessitent des confiances mutuelles, qui se construisent avec le temps. Le mouvement des occupations est un bon exemple de ces processus. Choisir d’appeler à vivre massivement sur la zone pour être de plus en plus nombreuses à lutter sur le terrain est une stratégie possible mais elle amène des difficultés à se structurer, à élaborer ensemble et à intensifier nos liens (en interne et localement). Ainsi jusqu’en chacune de nous, ces deux stratégies (rechercher l’ouverture et/ou la densité) peuvent s’affronter. Des réticences à appeler au village long sur la ZAD émergent de cette contradiction.

Nous sommes parties en tournée d’informations cet hiver avec aussi pour objectif de se lier à d’autres luttes. Nous avons tiré de ces rencontres qu’il y a matière à renforcer un peu partout les luttes contre l’aménagement du territoire et que, bien que forte, la lutte contre l’aréoport ne doit pas devenir centrale.

Nous sommes donc en recherche quant à l’équilibre actuel et à venir, entre une lutte à intensifier à un niveau local et dans ses liens avec d’autres luttes, d’autres réseaux et projets.

Aussi dans une perspective de remise en question du système dans son entièreté, nous avançons doucement mais sûrement dans nos liens avec des habitantes des environs. Il est peu probable que le « village long » renforce ces liens bien qu’il s’agissent d’un enjeu important pour nous. Aussi nous travaillons à bousculer les catégorisations des militantes, « anarchistes » ou « citoyennistes », « radicaux » ou « résignés ».

Nous envisageons cette lutte sur un long terme. Les occupations représentent une étape plus qu’une fin en soi. Habiter un espace avec des personnes différentes, partager la nécessité de s’organiser, des rencontres sensibles qui donnent des envies communes de s’autonomiser .

Nous sommes quelques personnes à constater que certaines problématiques semblent communes aux occupantes de la ZAD et au mouvement de NoG, telles que l’ouverture sur d’autres luttes locales ou globales, l’organisation en groupe ouvert ou restreint, éphémère ou stable, l’alternance stratégique entre des actions centralisées et décentralisées et sûrement bien d’autres.

A ce stade de la rencontre, plutôt que se lancer à la dernière minute dans l’élaboration du « village long », nous sommes plus attirées par des discussions sur ces questions avec celleux qui le veulent. Le « village long » se fait donc sans les occupantes à titre collectif.

http://zad.nadir.org/spip.php?article39