Bolivie : Mesa recule

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Face aux menaces d'insurrection populaire, le président bolivien a décidé de ne pas mettre en place les mesures économiques contestées. Néanmoins, des hausses de prix auront quand même lieu, de manière moins brutale, accompagnées d'un référendum sur l'avenir de la compagnie pétrolière nationale qui vise plus à calmer le jeu qu'à répondre à la catastrophique situation sociale.
Bolivie : MESA modère les mesures économiques

La Paz, 1er février 2004.

Les menaces de grèves et de barrages routiers des secteurs sociaux et populaires ont fait reculer Mesa, qui finalement a abandonné son intention initiale d'éliminer d'un coup la subvention au gaz domestique et d'augmenter le prix des carburants. Craignant de virulents conflits sociaux, il a opté pour des hausses plus faibles, étalées dans le temps, de l'essence, du gasoil et du gaz liquide et a choisi de solliciter l'appui de la coopération internationale pour soulager les très mal en point finances publiques.
Il a également sollicité du Congrès l'approbation de trois nouveaux impôts, un qui touche toutes les transactions financières et l'épargne, un autre sur les classes moyennes et hautes qui ont un patrimoine supérieur à 50 000 dollars, et un troisième, bien que modeste, sur les entreprises pétrolières étrangères.
Dans un message télévisé à toute la nation, Mesa a énuméré une série de mesures d'austérité et d'exigences concernant les classes moyennes qui lui permettront de percevoir 220 millions de dollars soit 100 millions de moins que ce qui avait été planifié initialement. Le reste du déficit fiscal, 200 autres millions de dollars, sera couvert par des crédits et des donations des organismes internationaux et pays amis.


SOUTIEN EXTERNE
"Nous couvrons plus de la moitié de ce déficit de manière interne, avec responsabilité et sérieux, sans toucher les plus pauvres, ceux qui souffrent le plus ", a dit un Mesa qui espère des organismes internationaux une compréhension de la situation politique, économique et sociale critique du pays.
"Je suis optimiste pour qu'avec ce programme économique, nous serons capables de couvrir la totalité de notre déficit et parvenir à ce taux de déficit de 6,8%", a-t-il ajouté.


MINIGASOLINAZO CONSTANT
Le soutien extérieur est vital pour remplacer, au moins immédiatement, le manque de nouveaux et importants revenus, résultat de la lente adéquation des prix internes des carburants à la cotisation internationale.
"Qu'allons-nous faire avec l'essence, le gasoil et le gaz liquide ? Nous n'augmentons pas leurs prix, mais on autorise leurs variations en accord avec les prix internationaux du pétrole et à la variation du taux de change. La variation des prix internationaux dans les 365 jours a l'objectif de minimiser son effet sur la population", a-t-il dit.
"L'idée est (...) qu'en libérant les prix de l'essence, du gaz liquide et du gasoil ; nous ayons des augmentations plus petites qui puissent atteindre -et ceci est simplement une référence- 4, 5 ou 6% à l'année, en fonction de la variation combinée de la dévaluation interne et des prix internationaux. La raison en est très simple. Nous avons décidé de continuer à subventionner le gaz liquide. Nous savons que le prix de notre essence est déphasé, et que nous devons établir un mécanisme qui -sans traumatiser les gens- puisse assurer lentement, très lentement, son niveau normal", a-t-il assuré, en espérant que cette décision soit comprise par les travailleurs.
La puissante Confédération des transporteurs et la Centrale Ouvrière Bolivienne (COB) avaient brandi la menace d'une grève générale et de barrages routiers si le gouvernement décrétait l'augmentation du prix des carburants, ne répondait pas aux exigences des travailleurs et ne démantelait pas le modèle néolibéral.


NOUVEAUX IMPOTS
(…)
IMPOT PETROLIER

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AUSTERITE PUBLIQUE

Parmi les mesures, le président a présenté un programme d'austérité qui permettra d'économiser 35 millions de dollars. Il inclut la réduction de 5% du salaire des principales autorités gouvernementales : le président gagnera un salaire de 3.420 dollars, les ministres 2.530 dollars, les vice-ministres 2.250 dollars et les directeurs généraux 2.150 dollars.
Mesa s'est aussi engagé à éliminer les « fonds secrets » qui se montaient à 5 000 dollars en moyenne chaque mois pour les ministres, 4 000 pour les vices-ministres et 3 000 pour les directeurs généraux. Ces sommes étaient utilisées pour acheter des parlementaires et pour corrompre des journalistes, sans compter les actions de sécurité interne. Ces sommes diminueront de 10 millions de dollars.


MESURES DE REACTIVATION
Mesa a également annoncé qu'il approuverait 23 décrets et 3 projets de loi consacrés à l'élimination du déficit fiscal et à la réactivation productive.
Parmi celles ci, il a mentionné un décret d'offres publiques favorables aux producteurs nationaux, le soutien à la production et aux exportations à travers le paiement différé d'impôts pour l'importation d'équipements et de machines, la stimulation et le soutien à la banque pour qu'elle augmente ses crédits au public, la création d'un réseau de protection sociale dans les régions les plus pauvres du pays et la possibilité de refonder la compagnie nationale Yacimientos Petrolíferos Fiscales Bolivianos (YPFB) avec les actions que possèdent les citoyens dans les entreprises pétrolières privées.


YPFB ET REFERENDUM
"Notre proposition est que la partie de des Fonds de Capitalisation Collective, propriété des boliviens - il se réfère aux actions de Chaco, Andina et Transredes qui représentent autour de 750 millions de dollars - renforce Yacimientos en se convertissant dans son patrimoine actionaire. Il s'agit de faire que la compagnie ait une grande capacité d'investissement et puisse être fortifiée (…)".
"Comme il s'agit de votre argent, de celui des boliviennes et des boliviens, ce que je vais faire est de vous mettre à contribution à travers l'organisation d'un référendum sur le gaz et les hydrocarbures. Nous allons vous demander si vous êtes d'accord pour que ces fonds, ces actions liées aux hydrocarbures deviennent propriété de Yacimientos et puissent contribuer à son renforcement. Ceci est une question que je dois vous poser car c'est de votre argent dont il s'agit et non celui de l'Etat bolivien ", a-t-il expliqué.

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