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Italie : Bolzaneto, la nouvelle enquête emporte Sabella et un général

Deux agents de la police des prisons confirment les violences dans la caserne sur les personnes arrêtées. Maintenant c'est le tour des sommets de la police des prisons.

Il s'agit de témoins, pas de « repentis. »Ce sont un agent et un sous-officier de la police des prisons qui étaient en service pour le G8 de juillet 2001 à Gênes : par leurs révélations, recueillies ces derniers mois par les magistrats, ils ont jeté une lumière nouvelle, encore plus sinistre, sur ce qui arriva dans la caserne de Bolzaneto. Des abus systématiques. Des violences et des humiliations généralisées. Sûrement pas des « bavures isolées » ! Des dépositions des deux témoins, synthétisées hier par le Secolo XIX (quotidien gênois : NdT), est né un nouveau chapitre de l'enquête qui va frapper les responsables de la police des prisons présents dans le chef-lieu ligure et spécialement du Groupe central pour les transferts.

Maintenant - en plus des 42 auxquels ont été adressés des avis de conclusion d'enquête préparant les demandes de mise en examen pour abus d'autorité sur des personnes arrêtées, pour violence privée, dans quelques cas pour lésions, dont quatre médecins de la police des prisons, des gardiens de prison, des policiers et des carabiniers - pourraient être appelés à payer le général Oronzo Doria (colonel à l'époque du G8) et M. Adolfo Sabella, le magistrat qui dirigeait l'« expédition » génoise du Département de l'administration pénitentiaire (Dap). Et il y a encore autre chose : tandis que le Parti de la refondation communiste, les Verts et les Démocrates de Gauche redemandent à haute voix la vérité sur le G8, au moins un autre agent de la police des prisons a commencé à parler. Peut-être il y en aura d'autres, la Procure protège jalousement leur identité.

Il racontent - quoi qu'en disent la droite et le syndicat autonome de la police des prisons Sappe - s'être dissociés dès le début des abus des collègues, avoir tout signalé aux supérieurs et avoir été plus ou moins brusquement invités à s'occuper de leurs affaires. Ils risquent des rétorsions, comme les deux infirmiers qui avaient dit la vérité en premier. Même le sous-secrétaire à la Justice M. Vietti (Union démocratique de centre) reconnaissait hier que ces faits « s'ils sont vrais » sont « graves. » MM. Doria et Sabella sont enquêtés, et deux capitaines et d'autres officiers tremblent aussi. Après de longues réunions, les magistrats de la procure de Gênes ont mis sous enquête même M. Sabella, un confrère, un ministère public qui s'était fait un nom dans la lutte contre la mafia et qui après le G8 avait défendu avec acharnement dans les journaux et au parlement la police des prisons en disant qu'à Bolzaneto tout s'était bien passé et que les no global avaient inventé les violences.

M. Sabella fit encore mieux. En tant que chef de l'Inspection du Dap, il exigea de diriger l'enquête interne à l'administration, en concluant naturellement qu'à Bolzaneto il n'y avait eu aucune violence, sauf les « bavures isolées » habituelles. Pas mal pour un magistrat qui a quitté entre-temps le Dap et est revenu à son poste de ministère publique à Florence. Ses confrères génois MM. Vittorio Ranieri Miniati et Francesco Albini Cardona l'avaient convoqué il y a quelques jours pour un interrogatoire renvoyé ensuite - officiellement pour des raisons de sécurité - parce que le quotidien La Repubblica avait publié la nouvelle. Le rendez-vous n'est que renvoyé. Mais au-delà de la position du magistrat, l'enquête toute entière en reçoit une nouvelle impulsion, la procure est en train de reconstruire le contexte où les violences les plus graves ont mûri (même les doigts d'une main écartées de force, jusqu'à les arracher), un traitement global qualifié par les ministères publics comme abus d'autorité sur des personnes arrêtées (durant des heures le visage au mur, des policiers des deux côtés du couloir pour frapper le malheureux au passage) et des horreurs ayant réveillé à gauche la bataille pour introduire le délit de torture. Mais il est probable que les délais s'allongeront : nombre d'avis déjà remis devront être notifiés à nouveau.

Il faudra du temps aussi pour le procès éventuel aux hautes sphères de la police pour l'irruption, le tabassage et les fausses bouteilles Molotov de l'école Diaz. Le dossier est maintenant en Cassation, aux mains du substitut du procureur général M. Antonio Germano Abate qui doit prendre une décision quant à la demande de déplacement des actes à Turin présentée par le chef de l'antiterrorisme M. Francesco Gratteri et par d'autres enquêtés « excellents. » Le seul procès qui avance vite est celui fait aux 25 manifestants reconnus comme responsables des affrontements dans la rue qui, contrairement aux différents responsables des forces de l'ordre, ont étés arrêtés ou soumis à des restrictions de leur liberté déjà en décembre 2002. Le débat s'ouvrira le 2 mars et ce même jour plusieurs composantes du mouvement manifesteront à Gênes.

Alessandro Mantovani
Article publié par Il Manifesto du 22 janvier 2004
Traduit de l'italien par MC. et G.R.