Bolivie, le président doute

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BOLIVIE : LA PROTESTATION POPULAIRE FAIT DOUTER MESA SUR LE GASOLINAZO
Rédaction de Econoticiasbolivia.com

La Paz, 27 janvier 2004.

L'administration gouvernementale bolivienne craint que l'adoption imminente de mesures économiques occasionne de nouveaux soulèvements populaires et mette en danger la stabilité au pouvoir du président Carlos Mesa.
L'appel à la grève générale et aux barrages de routes lancé par la Centrale Ouvrière Bolivienne (COB), et la menace du puissant syndicat des transporteurs de paralyser le pays ont divisé l'équipe gouvernementale, selon des sources de hautes confidentialité d'Econoticias.
Les ministres en charge de la politique économique insistent pour approuver l'augmentation du prix des carburants, réduire les subventions au gaz domestique et imposer plus de taxes sur les salaires, tandis que ceux chargés du social et du politique craignent pour leur part que l'adoption de ces mesures économiques impopulaires soient le début de la fin du gouvernement Mesa qui n'est au pouvoir que depuis 100 jours.
"Le Conseil National de Politique Economique et Sociale (Conapes) a la main qui tremble à l'heure de prendre les décisions finales", a confirmé de son côté le quotidien El Deber.

FACE AU MUR

Selon l'engagement prit début janvier 2004, le président doit annoncer cette fin de semaine son plan économique pour alléger les finances publiques, qui affichaient en 2003 un déficit de plus de 8 % du Produit Intérieur Brut (PIB), le plus élevé des deux dernières décennies.
Pour 2004, le déficit accordé par le Fond Monétaire International (FMI) est légèrement supérieur à 6 % du PIB, mais il n'a toujours pas été financé dans sa plus grande partie. Les organismes internationaux et les pays amis, réunis dans le Groupe de Soutien à la Bolivie ont exigé une réduction drastique des dépenses et une " augmentation significative" des prélèvements, avant d'octroyer de nouveaux crédits et dons.
Initialement, l'équipe économique emmenée par le ministre du Développement Economique, Xavier Nogales, un technocrate qui fut aussi ministre de l'ex président Gonzalo Sánchez de Lozada, voulait obtenir plus de 105 millions de dollars du Groupe de Soutien, pour que les mesures à prendre ne soient pas trop traumatiques. Cependant, l'initiative a échoué mi-janvier.
Maintenant, l'administration de Mesa doit trouver quasi 300 millions de dollars pour combler le trou fiscal. Elle compte sur une contribution des entreprises pétrolières qui opèrent dans le pays et essentiellement sur l'augmentation du prix des carburants, mais cette dernière sera difficile à mettre en place à cause de la résistance populaire annoncée.
La COB et les transporteurs ont averti que le gasolinazo (l'augmentation du prix des carburants) fera brûler la Bolivie. "Le gasolinazo est en marche mais le peuple et les transporteurs n'allons pas l'accepter", a assuré Angel Villacorta, leader de la Confédération des Chauffeurs.
Selon Villacorta, l'intention gouvernementale d'augmenter les prix des carburants entre 8 et 12 % occasionnera immédiatement une réaction en chaîne qui élèvera les prix de tous les articles de consommation populaire. Ainsi, le Gaz Naturel Comprimé (GNC) passera de 1,66 Bolivianos le mètre cube à 1,92 Bs, la bouteille de Gaz Liquide de Pétrole (GLP) de 21 à 35 Bs, le litre d'essence de 3,31 à 3,57 Bs et le diesel de 3,12 à 3,50 Bs.

SANG, SUEUR ET LARMES

L'équipe économique gouvernementale admet que ces mesures sont hautement impopulaires mais pense qu'elles seront comprises et acceptées par la population. "Les mesures coûteront du sang, de la sueur et des larmes", a anticipé il y a quelques jours le ministre Nogales.
Cependant, les opinions de proches collaborateurs du président sont autres. D'après le journal El Deber "l'entourage du chef de l'Etat fait pression pour que le gasolinazo ne soit pas mis en place, à cause de la réaction qu'il occasionnera dans la population, en recommandant d'attendre au moins huit mois afin d'éviter le choc".
Pour le moment, on ne connaît pas encore officiellement la position du président Mesa. Ce qui est certain, c'est que les projets des "ministres technocrates" du domaine économique comptent avec le soutien des organismes internationaux.

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