Paradoxes en automne

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retour sur le mouvement "contre la réforme des retraites"

Rendez-vous était pris le 7 septembre 2010. Tout ce qui compte de dirigeants syndicaux, de patrons ou de gouvernants était bien d'accord pour réformer le système des retraites. Mais tout de même, rendez-vous était donné pour ce 7 septembre. Sûrement gris, comme un jour de rentrée, sûrement triste comme un slogan politique. Un tour de piste de fausse confrontation, comme sait le jouer la démocratie.
La rue déborde de monde. L'État n'invite pas ses syndicats autour d'une table. Pourtant une simple table, avec quelques chaises autour aurait suffi aux centrales pour mettre la grève au fond d'un tiroir. Et le mécontentement doit bien aller au-delà pour que la rue continue à se remplir. La réforme ne passe pas. Et ça continue de manière lancinante.
"La réforme des systèmes des retraites était inscrite de longue date au calendrier de la restructuration du rapport capital/travail. On entend par restructuration l'affirmation d'un nouveau paradigme, d'une nouvelle donne de l'exploitation et de la production, de l'organisation du travail, de la réorganisation des marchés, de la disparition ou de l'émergence de certains acteurs; l'affirmation de la forme que doit prendre le pouvoir et l'exercice de la violence de l'État... La crise commencée en 2008 a dans un même temps accentué et clarifié l’antagonisme de classe. Cette réforme s’inscrit dans le mouvement de redéfinition des tâches et des fonctions des différents « partenaires sociaux », initié en France en 1983 et qui tend aussi bien à liquider l’État-Providence qu’à redéfinir les rôles des anciens modes d’organisation du mouvement ouvrier. D’un côté, désengagement de l’État de ses fonctions de reproduction du rapport social capitaliste (santé, éducation, aide sociale, notamment), de l’autre, passage d’un syndicalisme de revendication à un syndicalisme de gestion de la population salariée.

Le report de l’âge légal de départ en retraite apparaît, comme revendication du Medef, au printemps 2009, lors des réunions de concertation sur la réforme des régimes de retraite complémentaire (Arcco, Agirc). La position du gouvernement est encore définie par les promesses électorales du candidat Sarkozy, comme il le rappelle lui-même. La comédie qui se joue au début du mois de mai 2010 montre que la crise est passée par là et que ses effets se cumulent avec ceux de la restructuration. Le nouveau ministre du Travail (Woerth) s’emporte contre le journal le Monde du 3 mai 2010 car, dans ses colonnes, on a pu lire que les discussions qui s’ouvrent sur la réforme du régime général des retraites vont porter sur la modification de l’âge de départ. Il ne s’agit là que d’une rumeur sans fondement, pure invention de journaliste. Quinze jours plus tard, et en l’espace de quarante-huit heures, le président, le secrétaire général de l’UMP, et ce même ministre du Travail annoncent qu’ils ont refait leur calcul, que Mitterand a commis une erreur en abaissant l’âge de départ à soixante ans en 1983 et que, tout compte fait, ils vont remettre un peu d’ordre là-dedans. Plutôt que de nous étonner de leur cynisme, demandons-nous ce qui a entraîné ce revirement. Depuis quelque temps les agences de notation laissaient planer la menace d’un abaissement de la note de la France (le fameux Aaa, la note maximale), menace renouvelée au printemps 2010. Dans le contexte de renflouement des finances de la Grèce, un décrochage par rapport à la note de l’Allemagne (d’ailleurs pas à l’abri de subir le même sort) aurait eu des répercussions imprévisibles. Ces agences, qui sont des prestataires de services qui monnayent leur expertise, servent depuis quelques années de paravent au FMI lorsqu’il s’agit de rappeler à l’ordre des États, auxquels il serait malséant d’appliquer un plan de restructuration. La notation a aussi l’avantage de présenter comme un problème technique, conjoncturel, une crise structurelle. N’en déplaise à Alain Minc, qui déclarait la veille de la manifestation du 24 juin 2010 : « Pour 90% des Français, il n’y a pas eu de crise (…) Cela aurait pu être bien pire, nous aurions pu sombrer dans l’inconnu ». L’un des effets directs de la crise sur le financement des retraites est l’abaissement de la masse salariale (- 1,4% en 2009) et la diminution proportionnelle des prélèvements. La crise permettait au gouvernement d’enfoncer le clou, de s’en prendre à un symbole politique : l’âge de départ en retraite. Le calendrier était établi depuis longtemps et la marge de manœuvre des syndicats bien circonscrite. Le 14 avril 2010, le Comité d’observation des retraites avait rendu public un énième rapport dans lequel le relèvement de l’âge de départ en retraite était l’une des solutions proposées pour renflouer les caisses ou du moins pour freiner l’endettement. Pas besoin de chercher plus loin, quels arguments les partenaires sociaux auraient-ils pu opposer à une telle autorité ? Aucun, comme l’a montré la suite.

Lors de l’élection présidentielle de 2007, pour la première sous la Ve République, l’annonce des résultats fut suivie de rassemblements et d’échauffourées un peu partout. À l’automne 2007, la grève tant annoncée à la SNCF n’a finalement pas eu lieu. Ou pour le dire autrement, les syndicats ont négocié la sortie de conflit avant que la grève n’est commencée. En 2003, les grèves et les protestations contre la réforme Fillon étaient restées circonscrites à des secteurs bien précis. En octobre 2010, il y a eu un semblant d’éclatement de cet isolement. Chacun se sentit concerné. Au moins pour exprimer son raz-le-bol. D’où la recherche de forme de luttes dépassant la grève catégorielle. La première journée nationale d’action après la publication du projet de loi est organisée par l’intersyndicale, le 24 juin. A la fin de celle ci, Chérèque estime que ce sera « la plus grosse manifestation de l’année »... lire la suite sur http://reposito.internetdown.org/analyses/paradoxes.pdf "

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