Chômage Une colère qui se propage

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Chômage
Une colère qui se propage
Des centaines de chômeurs éjectés de l'assurance chômage en janvier veulent
faire valoir leurs droits devant les tribunaux.

Il se passe quelque chose au pays de la " France d'en bas ". Une vague de
colère énorme, souterraine, le traverse du nord au sud, d'est en ouest. Dans
toutes les régions, dans tous les départements, on commence à dénombrer les
chômeurs " recalculés " au 1er janvier, prématurément placés en fin de
droits et éjectés du régime de l'assurance chômage. Tour à tour, la plupart
des quotidiens locaux, qui n'ont rien des brûlots révolutionnaires, se font
l'écho du scandale de l'extinction unilatérale de ces droits et livrent le
calcul des dizaines de milliers de personnes concernées (entre 180 000 et
250 000 pour toute la France) sur les territoires qu'ils couvrent : ainsi,
par exemple, Sud-Ouest a consacré à l'affaire sa une et deux pages complètes
jeudi dernier ; la Charente libre a réalisé plusieurs reportages accompagnés
de portraits ; la Voix du Nord de dimanche a ouvert ses éditions sur ces "
30 000 chômeurs de la région " qui " perdent leurs droits ". À chaque fois,
la presse régionale a la dent dure : le quotidien lillois évoque
l'estimation de 28 000 chômeurs du Nord-Pas-de-Calais radiés du fait de la
nouvelle convention, mais cite aussi un total, évoqué par les syndicats, de
45 000 personnes perdant leurs droits dès janvier ; il dresse par ailleurs
une série de portraits sous un titre indiscutable : " les précaires encore
un peu plus fragilisés par l'accord ".

Dans le désordre parfois, mais avec toujours chevillée au corps la même
urgence, le même dégoût, de la rage parfois, des centaines de chômeurs
réagissent. Depuis la publication, dans l'Humanité de vendredi, de la lettre
du chômeur rennais menaçant, faute d'emploi, faute de revenu, de mettre fin
à ses jours dans une antenne ASSEDIC, les témoignages affluent au journal.
Richard Élie, cinquante-deux ans, cadre informatique au chômage qui a "
envoyé 3 300 CV en un an " (" réponses toujours les mêmes : négatives ", "
les patrons ignorent les seniors "), adresse une lettre ouverte à Jacques
Chirac. " Je fais actuellement partie d'une catégorie de demandeurs d'emploi
de plus de cinquante ans à qui vous coupez les ressources prématurément et
brutalement, explique-t-il. Après avoir cotisé trente-cinq ans je ne fais
donc plus partie des actifs autrement dit de la dite société. L'avenir est
sombre, faudra-t-il se faire entendre par la force comme nos enseignants ?
J'attends de vous compréhension, réflexion et mesures. Qui faut-il aider ?
La vraie question est peut-être là. Les demandeurs d'emploi mais comment ?
Ou les patrons qui ne pensent qu'à s'enrichir en ignorant leurs partenaires
qui autrefois les ont servi. Ne voyez dans mon courrier aucune provocation,
mais un sentiment immense d'injustice, d'amertume et d'abandon. "

" Pouvez-vous m'aider pour obtenir les coordonnées de ce groupe de chômeurs
et leur avocat qui vont en justice, interroge une chômeuse. Car je voudrais
m'y associer... " Beaucoup de chômeurs " recalculés " nous demandent comment
s'associer aux plaintes que les mouvements de chômeurs ont déposées, ou
s'apprêtent à déposer en justice contre l'UNEDIC pour rupture unilatérale du
contrat contenu dans le plan d'aide au retour à l'emploi (PARE). Peu de
pièces administratives sont obligatoires : une carte d'identité et la
notification d'attribution spécifiant le nombre de jours d'indemnisation
prévus. Au niveau national, on peut appeler l'APEIS au 01 46 82 52 25 qui
s'efforce de renvoyer vers les comités locaux. À Marseille et dans le Grand
Sud, le mieux est sans doute d'entrer en contact avec le comité CGT de lutte
et de défense des chômeurs et précaires au 04 91 50 70 43. En région
parisienne, AC ! organise tous les lundis à partir de 14 heures des
assemblées à la Bourse du travail dans le 10e arrondissement de Paris (3,
rue du Château-d'Eau, métro République). L'APEIS ouvre ses portes aux
chômeurs désireux de mener cette action de plaintes en justice tous les
mardis après-midi à son siège national de Vitry (27, avenue
Maximilien-Robespierre, en face de la mairie) et tous les jeudis après-midi
à Villejuif (17, rue Paul-Bert).

Thomas Lemahieu

Texte provenant de reseau.net

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