Insurrection : comment se subsister ?

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Notre époque est celle de la mise à nue de la guerre sociale, marquée par la multiplication des sursauts insurrectionnels. Comment se retrouver, se subsister et passer à une offensive plus large et durable ? Tel est le débat pratique auquel nous devons nous engager.
Qui, sinon nous ?
Quand, sinon maintenant ?
Où, sinon partout ?

Nous vivons une période essentielle de transition, nous sommes de cette époque, nous nous y inscrivons. Nous entrons à peine dans cette nouvelle période : la dernière phase historique de l’Etat. Cette dernière phase peut durer 10 ou 100 ans, ce n’est pas la question qui nous importe aujourd’hui.

Depuis les années 2000, nous assistons au nouveau développement de la bonne marche de la Machine Capitaliste et participons à la résurgence des mouvances anarchistes et autonomes révolutionnaires.
Si les alarmes à la « crise » sont calculées et introduites par les puissances et les marchés financiers en vue de soumettre encore davantage les populations à la résignation individualiste par l’abandon définitif de toute forme collective comme seule sortie possible et pensable à la « Crise » afin de relever l’économie, une frange toujours plus large de la population voit bien que l’absolutisme du marché toujours plus féroce à coups de privatisations, de délocalisations, de licenciements de masse, de chômage compétitif, de dislocation du code du Travail, des cadres sociaux étatiques, ne sont qu’une fuite en avant d’un système courant à sa perte. Relever l’économie ? Pour qui ? Pour quoi ? Déjà s’effondre et se disloque ladite « Union Européenne » qui voit ses frontières nationales ressurgirent comme frontières économiques, démontrant de fait que la « zone pacifiée » de l’Europe permise par cette « formidable » initiative de la création de la « zone UE » n’a de raison d’être que par les intérêts capitalistes, en vue d’un impérialisme économique européen concurrentiel aux puissances américaines et chinoises.
La Grèce ne vit que son premier stade de chaos social, et l’on voit déjà jusqu’où il peut se profiler : un chaos moyenâgeux ou, ce qui se profile progressivement, une guerre sociale totale et nette contre la Machine Capitaliste et ses rouages. Les derniers évènements en Grèce inquiètent moyennement les puissances étatiques qui font au contraire de la Grèce un cobaye sur cette terrible clarification de l’état de guerre sociale : l’instauration progressive d’un régime militaire et fasciste pour écraser et la population qui redevient peuple et les mouvances anarchistes et autonomes révolutionnaires. Si en Grèce la situation devient « pré-insurrectionnelle », c’est-à-dire que l’Etat grec ne parvient plus à maintenir « l’ordre » dans ses propres limites territoriales, alors le Ministre de la Protection du Citoyen prendra les rênes du pouvoir avec l’équivalent de l’article 16 français pour maintenir le pouvoir d’Etat par la militarisation de la police, de la société, de la répression. Telle est la dernière fonction de l’Etat : être un outil répressif dans l’unique but de maintenir l’ordre dans ses limites territoriales. Autrement dit, la Grèce entrera prochainement dans un stade de guerre civile ouverte.
Or, le Portugal et l’Espagne entament déjà également le processus de fascisation des Etats nationaux : instauration rapide et bâclée d’un plan antisocial dit « d’austérité », militarisation de la police et durcissement de la répression qui s’ensuivra pour contenir tout sursaut populaire et révolutionnaire.
Déjà le slogan résonne : « aujourd’hui la Grèce, demain l’Espagne, après-demain la France ».

Car les années 2000 auront vu la radicalisation et le durcissement des luttes, la multiplication des groupes antiautoritaires et autonomes, à travers le CPE, la LRU 1 (2007) et LRU 2 (2009), les mouvements lycéens, qui, en termes de mouvements sociaux, deviennent toujours plus, avant tout, un fondamental terrain d’expérimentation révolutionnaire. Quand les lycéens de Caen avancent vers les lignes de CRS en décembre 2007, équipés de boucliers, de lunettes antilacrymos voire de casques, pensent-ils encore à la réforme du secondaire ? Quand à Lille en 2007, des lycéens et étudiants érigent des barricades sur toute une avenue avant d’affronter violemment la police, pensaient-ils vraiment à la LRU ? Quand des étudiants à Toulouse bloquent des Airbus sur des pistes d’aéroport en Mars 2006, tandis que des bus sont retournés au quartier Latin en guise de barricades, ou des étudiants qui occupent le MEDEF et affrontent la police en bloquant le périphérique à Rennes, pensent-ils encore souhaiter le maintien des conditions salariales avant le CPE ?
Il est désormais de plus en plus clair que le mouvement social est un terreau de guerre sociale, qu’il n’est que l’explication, la clarification, la mise à nue de cette guerre sociale, par des actions appropriées, la recherche d’une convergence entre les différents combats, etc. Les contre-sommets, de même, servent avant tout de terrain « d’entraînement » et d’expérimentation à la guérilla de grande envergure et aux villages autogérés autonomes, comme les milliers de jeunes étudiants et lycéens qui sont venus à Strasbourg lors du contre-sommet de l’OTAN.
A Strasbourg, au printemps 2009, une banderole fut remarquée : « désertons les postes et les fonctions, vive la révolte ». Désormais, la guerre sociale s’amplifie par la désertion choisie, assumée et stratégique des identités sociales en vue d’une guerre de la vie contre la survie. La jonction avec les enragés des ghettos-banlieues s’effectuent lors des contre-sommets comme ce fut le cas en avril 2009 à Strasbourg contre l’OTAN ou fin juin 2009 à Calais au No Border Camp : mais aussi par les émeutes populaires et spontanées comme celles qui ont embrasées la France trois soirs durant lors de la prise de pouvoir de Sarkozy.

Il ne fait plus aucun doute que cette nouvelle phase historique sera celle de la guerre sociale mise à nue, où l’insurrection sera revendiquée comme harmonisation collective des désirs individuels, par la lutte totale et sans merci contre l’appareil d’Etat, les rouages du salariat, et toutes formes de représentation. Nous sommes les parasites qui émergeons partout au sein du système, s’y retrouvent et s’y organisent dans la même vocation à le détruire. De cela nous avons conscience. La question la plus importante est désormais de construire stratégiquement les moyens de nous retrouver et de faire subsister nos zones spatio-temporelles autonomes. La stratégie des squats relève seulement maintenant, par le rouleau compresseur répressif impitoyable, de sa justesse mais aussi de sa limite. La toile-squats commençait à tirailler les rouages et flux du pouvoir par des enclaves autonomes toujours plus nombreuses et reliées-coordonnées. Est-ce une stratégie à repenser sous d’autres formes ? Comment faire durer des espaces-temps autonomes qui ne seront plus seulement défensifs et réactifs mais des lieux de rencontre, d’organisation et d’offensive ? Doivent-ils être des zones localisées ou des situations ? Comment faire durer une situation ?
Si la stratégie n’est plus aujourd’hui la prise du pouvoir centralisée, mais la paralysie de ses rouages, cela sera-t-il suffisant pour créer des communes ? Il serait peut-être intéressant de réfléchir à l’insurrection de Oaxaca qui peut nous donner plusieurs pistes : prendre et paralyser les centres de pouvoir tels mairies peut paraître importun dans notre contexte local, mais la stratégie de prendre des outils de communication d’Etat pour les détourner, tels antennes télévisuelles ou radios lors d’un mouvement social mérite d’être réfléchie. Instaurer une durée, se subsister pour se développer et contenir les assauts de la répression afin d’aller plus loin dans l’offensive, passe par l’outil essentiel de l’occupation. Mais comment amplifier un mouvement d’occupations sinon par la prise des moyens de communication d’Etat pour appuyer la lutte insurrectionnelle ?
Il est fondamental aujourd’hui de passer sans transition à de nouvelles pratiques pendant les mouvements sociaux, sans en dépendre pour autant, dans l’optique de créer des enclaves autonomes au sein du système. Au niveau local, auto-organiser la lutte qui se coordonnera à d’autres luttes locales, d’où une guerre sociale menée par le bas dans une vue historique. Autonomia et Basta.
Détruits ce qui te détruit.
Guerre sociale.

Pour l’amour, pour la vie et la réalité, Viva Insurrection et Viva Anarchia !

guitoto