ARGENTINE : Répressions à Neuquén et Salta

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25 novembre 2003 est le jour où eu lieu la plus violente répression depuis l'ascension de Néstor Kirchner.
Le quartier San Lorenzo, le plus pauvre et le plus peuplé de la ville de Neuquén (centre du pays) a été secoué par une opération policière qui a laissé au moins 22 blessés, beaucoup d'entre eux par balles de plomb.
Les travailleurs sans emploi s'étaient rassemblés pour s'opposer au plan du gouvernement provincial de Sobisch, qui implique de cesser de percevoir les indemnités de 150 pesos (45 euros) en liquide et de le faire a travers d'une carte magnétique qui permettrait de ne pouvoir acheter que dans des commerces habilités.
La répression a commotionné toute la ville ; le quartier San Lorenzo s'est soulevé pour ne pas permettre l'entrée de la police. La route face à la céramique Zanon a été coupée, les étudiants ont pris les rues du centre ville et une manifestation d'organisations de Droits de l'Homme et de syndicats s'est rendu sur les lieux de la répression. Pour demain est convoquée une grève provinciale de fonctionnaires et de professeurs ainsi qu'une manifestation qui accompagnera les chômeurs du MTD depuis San Lorenzo jusqu'au centre de la ville.
Parmi les blessés par balle durant la répression se trouvent Heriberto Chureo, président de la commission des habitants du quartier et un des référents du Mouvement de Travailleurs sans emploi (MTD) de Neuquén. Chureo a reçu une balle dans l'estomac, à faible distance, et d'après les dernières nouvelles, il serait en train de se faire opérer. Tous les témoins coïncident sur le fait qu'il s'agit d'un geste délibéré ; la police savait qui il était et ils ont voulu l'éliminer.
A des milliers de kilomètres de là, dans le nord de Salta, un procureur venait de demander l'arrestation du leader de l' Union des Travailleurs sans emploi (UTD) de General Mosconi, Pepino Fernández. Il pèse sur lui autour de 70 inculpations judiciaires pour coupures de routes, ce nouvel ordre de détention arrive après une violente répression d'un barrage de route qui le 20 novembre réclamait le paiement d'une dette que les entreprises pétrolières et l'Etat maintiennent envers les ex travailleurs depuis la privatisation de YPF (Yacimientos Petrolíferos Fiscales).
Malgré qu'elles soient situées d'un extrême à l'autre du pays, les villes où vivent Chureo et Pepino ont beaucoup de similitudes ; ce sont deux régions pétrolières qui connurent l'époque des grandes œuvres et entreprises de l'Etat, et qui souffrirent d'une augmentation sidérale du chômage avec les privatisations de la décennie 90 ; dans le quartier San Lorenzo de Neuquén il y a 40% de chômeurs et à General Mosconi 50% de la population n'a pas de travail.
Et sûrement aussi pour cela, les mouvements de Pepino et Chureo ont aussi une caractéristique commune ; les deux sont formés par des travailleurs et des fils de travailleurs qui se sont retrouvés au chômage dans les dernières années, et qui toujours maintiennent l'aspiration de trouver un travail digne. A Salta ils coupent la route face aux entreprises pétrolières en exigeant de vrais emplois et à Neuquén, ils exigent 10.000 postes de travail à Repsol et ont tissé une alliance stratégique avec les travailleurs qui récupérèrent la fabrique de céramique Zanon. Aucun des deux mouvements ne se contentent de paroles, le MTD de Neuquén est expert pour faire de l'asphalte et des maisons, a monté une fabrique de parpaing et une autre de carton, en plus d'obtenir divers postes de travail à Zanon. L' UTD de Mosconi a également plusieurs projets productifs, depuis des potagers jusqu'à des fabriques et rêve d'ouvrir une école pour travailleurs.
Les deux mouvements ont également beaucoup d'histoire. Le MTD de Neuquén est le fils direct des syndicats de la construction des années 80, des premiers mouvements de chômeurs de l'année 92 et des soulèvements de Cutral Có de 96 et 97. L' UTD de Mosconi compte 5 morts lors de diverses répressions policières et militaires lors de coupures de routes ces dernières années.
Mais ce n'est pas seulement pour cela que l'état argentin leur réserve les balles et la prison.
En plus d'être des modèles quant à la destruction des économies régionales, Neuquén y General Mosconi sont les deux plus grandes réserves de gaz et de pétrole du pays. Réserves de 188 millions de m3 de pétrole et de gaz pour Neuquen ; 29 millions de m3 de pétrole et 162 milliards de m3 de gaz pour le Nord ouest où se trouve Mosconi.
A Neuquén le gouverneur Sobisch ne se fatigue pas de répéter qu'il a une « alliance stratégique » avec les entreprises pétolières, fodamentalement avec l'espagnole Repsol. Et pour le démontrer il vient de proroger automatiquement les concessions aux entreprises Repsol, Pioneer Natural Resources, Pluspetrol, Chevron-Texaco, Capex et Petrobras. La majorité de celles ci expirent dans dix ans et représentent 47% de la production pétrolière et 56% de celle de gaz de tout le pays.
A General Mosconi se trouve l'entreprise Tecpetrol, du groupe Techint, qui vient de signer avec le gouvernement national un accord pour construite un gazoduc de 1500 km, pour une valeur de 1 milliard de dollars. Le même jour l'entreprise a annoncé et ensuite démenti qu'elle se retirait de la zone. Ensuite, le 25 Novembre, elle a envoyé avec Refinor (actuellement aux mains de Petrobras) une lettre au gouvernement national exigeant qu'il « intervienne face aux attaques piqueteros ».
Avant de recevoir la lettre, le ministre de l'intérieur avait déclaré sans que cela ne le fasse bouger d'un sourcil qu'il « est difficile de faire venir une entreprise qui veuille d'un lieu malgré ses caractéristiques, et que maintenant elle doive s'en aller parce que quelques énergumènes pensent que cela serait la solution ».
Peut-être que le prix que sont en train de payer Pepino et Chureo soit de vivre parmi des peuples qui se sachant au sommet d'une montagne d'or noir se nient à disparaître ; peuples qui incarnent la résistance à une patrie pétrolière sans habitants que le gouvernement et les entreprises paraissent vouloir fonder.

Sebastián Hacher
sebastian@riseup.net
Buenos Aires, 25 Novembre 2003

Traduit par F. G. santelmo@no-log.org