appel à l'offensive et à la solidarité

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grève de la faim de plusieurs prisonniers anarchistes

Plusieurs prisonniers anarchistes se mettent en grève de la faim dans différents endroits du monde, du 20 décembre au 1 janvier, en solidarité avec tous les prisonniers et prisonnières en lutte et pour la liberté.
L'offensive n'oublie pas .... Texte de Gabriel Pombo Da Silva

La lecture du livre qui vient de sortir au Chili : Mauri ... l'offensive ne t'oublie pas, m'a plongé en moi-même et dans une réflexion sur les idées, les sentiments et l'existence de ce compagnon tombé au combat le 22 mai dernier, ainsi que de celles et ceux qui l'ont connu personnellement. Les prétendues « contradictions » qui émanent de sa pensée et de son existence ne sont que la conséquence et le reflet de son évolution individuelle, de son envie et de sa soif d'apprendre et de trouver des réponses. Cette recherche lui a permis de s'interpréter, de même que ce qui l'entourait (au niveau politique, social, philosophique, historique) et de se doter d'outils théoriques pour combattre le système de domination et la société spectaculaire ...
Dans la bande dessinée qu'il a esquissée il y a des années, on voit son « Acratin » lire Bakounine, Kropotkine, Malatesta, Proudhon, Reclus et tenter de nous expliquer « quelque peu» l'Anarchie ... Citant Elisée Reclus, il écrit : « l'Anarchie, ce n'est pas le désordre, mais la plus haute expression de l'ordre » ... Je suppose que c'était la phase, l'époque où il croyait au collectivisme et au communisme libertaire ... Ensuite, il est entré en contact avec les idées de Ted Kaczynsky, Max Stirner, Severino etc, etc ... et il s'est défini comme « individualiste » ....
Nous découvrons (et déchiffrons) en somme un « esprit curieux » et en quête permanente ... Un esprit « éclectique » au sens positif du terme, c'est à dire d'une richesse intérieure qui débouche forcément sur une hétérodoxie difficile à qualifier ... Ce processus de maturation se reflète dans son parcours ; dans ses paroles de chanson, ses lettres, ses ébauches de textes, ses conversations et,
bien sûr, dans toute sa vie... Il n'a probablement pas eu l'occasion de
connaître Ricardo Mella - un anarchiste galicien que « l'Eglise Orthodoxe Anarchiste » appelle « individualiste », alors qu'il préférait se dire « anarchiste tout court » - , mais je suis sûr qu'il l'aurait aimé,
particulièrement parce que cet anarchiste sans qualificatif a dit : « ce n'est pas en parlant, que l'on convaint les huîtres » ...
Nous sommes nombreux, les anarchistes, à penser que l'exemple de ce que nous voulons et désirons se trouve d'abord en nous-mêmes ... Que le seul lien qui ne soit pas mystifié se nomme « affinité » et que l'organisation informelle est la meilleure manière de nous renforcer et de nous développer en tant qu'individualités - et par extension collectivement -, de manière libre et égalitaire. Car c'est précisément ce dont il s'agit : de liberté et d'égalité, d'horizontalité et de solidarité. La démocratie nous permet d'être « libres » (des consommateurs libres, des électeurs libres, libres selon ses valeurs), mais pas égaux. Les nomenclatures, elles, nous permettent d'être « égaux » (égaux dans la pauvreté, égaux en obligations, égaux ...), mais sans liberté ... A moins que ce ne soit le contraire ? A moins que ce ne revienne au même ... En tous cas, (dictature capitaliste ou capitalisme d'Etat), ces systèmes reposent
sur la délégation des responsabilités et sur l'autorité qui organisent la société de haut en bas ...
La rébellion, comme la révolution, ne demande d'autorisation à personne ; c'est un choix conscient qui s'exerce quand l'existant qui nous opprime de tant de manières nous écoeure jusqu'à la nausée ... Et elle respecte encore moins les lois et les petits scribouillards législateurs qui ont pour fonction de favoriser ceux qui ont les moyens. Parler de rébellion amène implicitement à la
question de la répression ... Parler de répression comme s'il s'agissait d'un « fait divers », revient en quelque sorte à considérer la révolte et la résistance comme une erreur, un accident ou pire, comme une « tare » ...
Pourtant, ce sont ce désir ardent, cette aspiration (vers la liberté et l'égalité) qui guident nos pas et rendent notre imagination féconde, traversant océans et continents ... Le compagnon Axel Osorio a raison, quand il écrit : « N'importe quel engin peut être désactivé, mais pas notre volonté. Les câbles qui déclenchent notre haine, notre action, notre amour de la liberté, ces conducteurs, ils ne parviendront jamais à les couper. Notre mépris du pouvoir ne
peut être ni réformé, ni corrigé ». Si les oppresseurs craignent quelque chose, ce n'est certainement pas nos engins artisanaux (en fin de compte, ils nous surpassent sur ce terrain), mais les idées qui nous déterminent à rompre avec le « statu quo », l'amour qui nous pousse à dépasser n'importe quel obstacle et danger, nous rendant téméraires ... Ils craignent que les peurs qu'ils nous
vendent cessent d'être effectives et réelles et que commencent nos actions pour déconstruire leur Système de merde ...
Enfin ... la lecture de ce livre en mémoire de Mauri a éveillé en moi de nombreuses idées, réflexions et sentiments ... Et j'aimerais contribuer à continuer à le rappeler avec quelques journées de lutte internationale, dans la mesure de nos possibilités ... sans oublier la situation des compagnons chiliens en Argentine... Etant donnée la dispersion géographique et carcérale, une grève de la faim symbolique est la seule manière de nous rencontrer entre prisonniers et compagnons anti-autoritaires ... Espérons que l'offensive contre l'Etat/Capital (et ses sbires) soit contagieuse et virulente ...
Une accolade aux compagnes et compagnons enfermés à Alessandria (et dans le reste de l'Italie), en Argentine, au Chili, en Grèce et partout dans le monde ... A Marco Camenisch en Suisse (avec le désir que unissions nos efforts pour sa libération immédiate ...). Et bien sûr aux individualités et groupes d'affinités qui nous apportent tant de tendresse et de solidarité par leur présence inébranlable.

Pour l'Anarchie !

Gabriel Pombo Da Silva, prison de Aachen

PS : J'ignore ce que cette nouvelle grève de la faim suscitera chez les
compagnes et compagnons "libres" (chaque gève de la faim a suscité des actions et réactions diverses...)
Bien sûr, refuser la nourriture est un "sacrifice", mais je ne le fais pas en me sentant "victime", mais VIVANT, en lutte, utilisant mon corps/ma santé comme une arme et une fin en soi...
Ce qui importe, c'est le geste de dégoût et de rejet de l'institution
pénitentiaire comme de la société carcérale ... Le geste de résistance et de dignité et ce que geste déclenchera dépendra de chacun, chacune d'entre nous ...
Si cette grève de la faim contribue à motiver/stimuler à briser le silence de la nuit, à ce que les cris de guerre, dedans comme dehors, viennent perturber la consommation frénétique de Noël (et son esprit), je pourrai me dire satisfait, car le seul fait de rompre la monotonie de la domination me procure plaisir et joie.