Quelle solution au désastre écologique ?

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Quelle solution au désastre écologique ?
Avec le sommet de Copenhague, l’écologie fait à nouveau la “une” de l’actualité. Mais si ce sujet nous préoccupe de plus en plus, c’est surtout parce qu’ il devient évident que la destruction actuelle de la planète met en jeu la survie même de l’humanité !

Le capitalisme détruit la planète

Tout d’abord, il y a le réchauffement climatique, où l’effet de serre joue un rôle prépondérant :

– les niveaux atmosphériques en dioxyde de carbone (CO2) et en méthane (CH4) ont atteint le niveau le plus élevé depuis 650 000 ans, ce qui implique que la température moyenne sur terre devrait augmenter sur les 100 prochaines années entre 1,1 et 6,4 °C ;

– la montée des eaux océaniques pourrait faire disparaître des îles entières et même des pays comme le Bengladesh. Cela entraînerait le déplacement forcé de plusieurs centaines de millions de personnes !

– on assiste dès aujourd’hui à des tempêtes de plus en plus violentes à l’exemple de Katrina. Pour certains experts, ce risque à été multiplié par trois ces dix dernières années ;

– les zones désertiques gagnent peu à peu du terrain. En ce moment même, une terrible sécheresse sévit dans sept pays de l’Afrique de l’Est, tels l’Éthiopie, le Kenya et la Somalie. 23 millions d’êtres humains sont en danger à cause de très mauvaises récoltes répétées, ils n’ont plus de réserves de nourriture. Cette sécheresse frappe aussi l’Australie, le Sud-ouest américain (ces dernières années, des incendies catastrophiques y ont d’ailleurs menacé des villes entières) et l’Asie centrale (la mer d’Aral en Russie a déjà pratiquement disparu).

Ensuite, il y a la fabrication de produits contaminants et de déchets toxiques répandus partout, dans l’air, les eaux et la terre. Tout le monde pense évidemment immédiatement au nucléaire, à Tchernobyl et à tous les déchets radioactifs ! Mais il y a aussi des produits comme le mercure qui infestent un certain nombre de cours d’eau ou de mers côtières. Il y a l’amiante qui est présente partout dans les bâtiments et dans tous les pays. Il y a aussi les pesticides, utilisés pour les besoins de l’agriculture intensive. Ce poison entraîne la disparition des abeilles par exemple. Pour la production de ces pesticides, on se rappelle de l’usine de Bhopal, en Inde, qui en explosant a tué près de 30 000 personnes et contaminé une grande partie d’une ville de 800 000 habitants !

Et que dire de la gestion même de ces montagnes de déchets ? Dans ce domaine, à chaque instant, les gouvernements et les entreprises étalent toute leur incurie. Tout récemment, c’est encore le nucléaire qui était à “l’honneur” en Sibérie. La France y a en effet envoyé des déchets dans de simples fûts en ferraille et à ciel ouvert ! Le documentaire de Yann-Arthus Bertrand, Vu du ciel, révèle comment la Chine balance ses déchets nucléaires dans les lacs des hauts plateaux du Tibet, un des poumons essentiels du globe, et met ainsi en danger des milliards d’individus ! En Italie, en particulier à Naples, des déchets en tous genres s’accumulent dans d’immenses décharges et les maladies des “riverains” explosent. L’Etat français s’est tout récemment débarrassé (il n’y a pas d’autre mot) d’un navire dans une banlieue d’Abidjan, en Côte d’Ivoire. Il y a eu des morts et des milliers de personnes contaminées. En juin 1992 déjà, la FAO (Food and Agricultural Organisation) a annoncé que les États en voie de développement, les pays africains surtout, étaient devenus une “poubelle” à la disposition de l’Occident. Les océans aussi servent de poubelle. Ainsi, La Reppublica on-line du 29 janvier 2007 décrivait une île d’un nouveau genre, sortie tout droit d’un cauchemar digne du cinéaste Tim Burton, une “île des déchets” située dans “l’océan Pacifique, qui a une profondeur de 30 mètres et qui est composée à 80 % de plastique et le reste par d’autres déchets qui arrivent de toutes parts. Cette “île” de déchets atteint les 3,5 millions de tonnes” !

Enfin, pour conclure cette liste qui pourrait être interminable, soulignons tout de même le pillage incessant des ressources. La bande équatoriale de la planète est tout simplement en train d’être saccagée par la déforestation de l’Amazonie, de l’Afrique équatoriale et de l’Indonésie… tout cela, ironie du sort, pour produire des bio-carburants. Alors que les océans représentent 60 % des ressources alimentaires, ils sont pillés sans vergogne, tant et si bien que des centaines d’espèces sont en voie de disparition. La famine va donc encore frapper une part plus grande de l’humanité. Bref, la destruction engendrée par le capitalisme met aujourd’hui en péril la survie même de l’espèce humaine !

La bourgeoisie n’a aucune solution à la catastrophe

Alors, face à l’ampleur de la catastrophe, la bourgeoisie sonne aujourd’hui le rassemblement général. Au sommet de Copenhague, en décembre, on va voir ce qu’on va voir ! Une “coalition inédite d’organisations françaises de solidarité internationale, de défense de l’environnement et des droits de l’homme” a même lancé aux différents Etats un “ultimatum climatique”.
Soit ces pays signent un accord qui conduira les émissions mondiales de gaz à effet de serre à se stabiliser puis à décliner avant 2015.
Soit notre planète se réchauffera de plus de 2 °C, seuil au-delà duquel les conséquences pour notre planète et nos sociétés seraient désastreuses. Notre climat, toujours d’après cette “coalition d’associations”, pourrait même devenir complètement incontrôlable, en passant par ce que les scientifiques appellent des “points de rupture”.

La fondation Nicolas Hulot a lancé un appel à peu près identique : “L’avenir de la planète et avec lui, le sort d’un milliard d’affamés qu’aucun porte-voix ne représentera, se jouera à Copenhague. Choisir la solidarité ou subir le chaos, l’humanité a rendez-vous avec elle-même.”

Oui, c’est vrai, l’humanité a rendez-vous avec elle-même, mais certainement pas à Copenhague. Car avant tout, il faudrait sortir d’une naïveté dangereuse et rappeler comment fonctionne le capitalisme, cette société dominée par une minorité d’exploiteurs.

Ce sont les lois mêmes du capitalisme qui poussent la bourgeoisie à détruire la planète. Nous sommes dans un système monstrueux qui transforme tout ce qu’elle produit, y compris les déchets eux-mêmes, en marchandises… non pour satisfaire les besoins humains mais afin de faire du profit. Cela peut aller jusqu’à l’absurde comme par exemple la récente trouvaille de tels sommets : la possibilité légale d’acheter “le droit de polluer” ! Le capitalisme, c’est avant tout la loi du plus fort et le règne de la concurrence. C’est pour répondre à cette loi que sont nées et se sont développées les grandes concentrations industrielles et les mégapoles où s’entassent des millions d’être humains : Tokyo, 36 millions d’habitants ; Bombay, 26 millions ; Mexico et New-York, 21 millions ; Kinshasa, 17 millions… Et évidemment, ces concentrations ont un rôle majeur dans la crise écologique. La concurrence, c’est aussi la guerre. Or, la production et l’entretien du matériel militaire (sans parler des millions de victimes et des dégâts liés aux guerres) est déjà en soi un véritable gouffre d’énergie humaine et terrestre. Un porte-avions consomme plusieurs milliers de litres à l’heure par exemple. Enfin, le capitalisme est un système de production totalement anarchique et irrationnel. Une marchandise peut parcourir des milliers et des milliers de kilomètres pour trouver son acheteur. Des pays cultivent des denrées alimentaires vendues à l’autre bout de la planète, alors que la population locale meurt de faim parce qu’elle n’a pas les moyens de payer !

Contrairement à toutes ces propagandes qui rejettent la faute sur les “individus”, les “citoyens”, en cherchant à nous culpabiliser (en nous faisant croire que si la planète va mal, c’est parce que nous prenons la voiture pour aller bosser, ou que nous ne faisons pas assez attention à ne pas laisser le robinet couler quand on se brosse les dents ou faisons la vaisselle, ou que nous ne trions pas bien nos déchets…), c’est donc bien le système de production capitaliste comme un tout qui est responsable du grave déséquilibre écologique et qui, s’il perdure encore trop longtemps, anéantira l’humanité toute entière !

Maintenant, un certain nombre de personnes, dont certaines très médiatisées, comme Al Gore, Nicolas Hulot, Yann Arthus Bertrand, au-delà de mettre l’accent sur une réalité effrayante, nous appellent à pousser les “grands de ce monde” à se coordonner internationalement et à trouver des solutions. Evidemment, toute prétendue solution à ce problème ne peut être envisagée qu’à l’échelle internationale. Cela sauterait aux yeux d’un enfant. Mais là encore, c’est d’une certaine manière vouloir faire l’autruche et refuser de regarder la réalité en face. Les “grands de ce monde” auxquels ils invitent à s’en remettre pour “prendre les mesures nécessaires” ne sont rien d’autres que les représentants des bourgeoisies nationales et un simple regard sur les décisions qu’elles ont prises depuis plus d’un siècle montre qu’on ne peut attendre que le pire de leur part.

Ces bourgeoisies ont produit guerre sur guerre : ne serait-ce que depuis 1939, il n’y a pas eu un seul jour sans conflit meurtrier sur la planète. Et dans ces occasions, elles ont démontré de quel cynisme envers la nature et l’être humain elles étaient capables : gaz mortels, produits chimiques comme les défoliants, armes bactériologiques, atomiques et même, récemment, bombes au phosphore. Les dernières guerres du Golfe, d’Irak, de Palestine et d’Afghanistan, pour se limiter aux exemples les plus récents, ont démontré leur efficacité en matière de destruction de vies humaines et… environnementale.

Quant aux décisions qui seront et sont déjà prises, on en voit l’aspect ridicule et même absurde. Nous parlions tout à l’heure du droit d’acheter le “droit de polluer” mais il y a aussi la taxe carbone, la journée sans voiture…

L’énergie verte a déjà prouvé quel avenir elle avait dans le capitalisme. Depuis deux ans, pas moins d’une trentaine de pays ont connu des émeutes de la faim parce qu’une partie conséquente des produits de l’agriculture a été détournée pour produire des bio-carburants et que la spéculation a fait flamber les prix. L’énergie renouvelable ou le développement durable (qui doit selon le célèbre Nicolas Hulot “jeter les bases d’un modèle de développement compatible avec la réalité physique et humaine de notre planète, et sortir enfin du cercle vicieux de la pauvreté et de la destruction de nos ressources naturelles”, c’est-à-dire “la trame d’un monde nouveau au service exclusif de l’homme”), est déjà mise à profit par tous les Etats, médias et industriels pour tenter de faire croire qu’un autre capitalisme, un “capitalisme vert”, va permettre à la société de dépasser la très grave crise économique qu’elle connaît aujourd’hui, quand cela n’est pas tout simplement un argument publicitaire de plus comme pour le blanchiment des pires pollueurs mercantiles, tels Total, GDF… En fait, comme à travers le chômage, la précarité, la misère et l’exploitation grandissantes qu’il engendre, comme à travers la barbarie guerrière qu’il sème, les désastres écologiques aggravés que cause le capitalisme sont une démonstration supplémentaire de la faillite de ce système et de l’impasse dans lequel il pousse l’humanité.

Seule la classe ouvrière peut construire un monde en harmonie avec la nature

En fait, il existe une seule classe qui a les capacités d’inverser cette tendance suicidaire : c’est la classe ouvrière. Elle seule est capable de donner un autre futur à l’humanité. Elle seule a les capacités de détruire ce système capitaliste agonisant et de proposer un autre monde avec des bases complètement différentes. D’emblée, elle se situe au niveau international, comme elle l’a démontré lors de sa tentative de révolution mondiale pour mettre fin à la folle boucherie guerrière en 1917. Et encore aujourd’hui, on peut voir à Rio de Janeiro, à New-York ou au Caire, que la classe ouvrière mène partout le même combat. Ses revendications sont partout les mêmes : pour des conditions de vie décentes pour tout le monde.

Le moteur, la dynamique de ses luttes sont le contraire de la loi du profit et de la concurrence, c’est la solidarité d’une classe par nature associée, développant des liens basés sur l’entraide, la coopération, l’assistance mutuelle, la fraternité…, préfiguration des rapports au sein d’une société libérée de toute exploitation.

Certains objecteront que l’expérience de Russie nous a apporté le stalinisme et son corollaire, le productivisme. On ne reviendra pas ici pas sur l’énorme mensonge du communisme = stalinisme (notre presse lui a déjà consacré de multiples articles). Mais évoquons un instant la question du productivisme. Le stalinisme n’avait en effet pas plus de respect pour la nature que pour la vie humaine. Mais il en était tout autrement pour les révolutionnaires de 1917. En fait, “l’écologie” faisait déjà partie de son combat. Au début des années 1920, il a existé une sorte de commissariat à l’Environnement animé par des bolcheviks tels que Lounatcharski, Bogdanov, Borodine et bien d’autres encore. Ce commissariat avait réussi à mettre sur pied, à la fin des années 20, une soixantaine de Zapovedniki, c’est-à-dire des espaces aménagés comme réserves naturelles pour la sauvegarde de toutes les espèces. Et là encore, c’est le stalinisme qui a rapidement détruit cet instrument pour satisfaire les besoins capitalistes d’un productivisme à outrance, que ce soit dans l’industrie ou dans les campagnes. L’un des résultats fut la disparition de la mer d’Aral. Les dernières appréciations sur l’état de l’ex-URSS constatent une destruction de 20 % du territoire.

La classe ouvrière, à travers sa révolution prolétarienne internationale, est seule capable d’ouvrir la perspective d’une transformation radicale de la relation entre l’homme et la nature. C’est pourquoi les minorités les plus conscientes ne doivent pas se laisser enfermer dans un combat uniquement écologique, mais consacrer leurs énergies à renforcer le combat de la classe ouvrière.

Ayato - Courant Communiste International

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Commentaire(s)

> POufffff

C'est quand qu'on cessera d'accepter des trucs aussi déjentés et aussi idéologique sans lien avec le réel?

Le bois qu'utilise le CCI dans leur langue est le même que celle qu'utilisait staline ou mao...

> Contre les affirmations sans preuve.

En quoi ce texte n'a-t-il aucun lien avec le réel ?

Et quel parti stalinien dirait la même chose ?

Si Poufff a une autre vision de la question écologique, qu'il la livre ici, mais la dénonciation sans aucun élément tangible ne fait pas sérieux...

> POuffff fait plouf !

POuffff a fait plouf comme pas mal d'individus de ce genre qui n'ont rien à dire si ce n'est la critique systématique de tout ce qui n'est pas dans leur schème mental fort étriqué...

POuffff ne sait même pas faire la différence entre la Gauche communiste et les idéologies autoritaires/totalitaires étatistes et capitalistes stalinienne, trotskiste, maoïste, castriste, chaviste, etc.

POuffff, c'est l'archétype même du commentaire par le vide qui n'apporte rien au débat sur Indy Nantes !

> Pouff

Pouff en a juste marre des gens qui préfère les idées bien droites comme celle-ci que les tirpitudes et les bizzareries de la vie qui ne se laisse jamais enfermés dans de telle cadre étriqués... Je veux bien qu'on m'explique cette pharse ci : "Seule la classe ouvrière peut construire un monde en harmonie avec la nature".

ou encore celle-ci : "Le moteur, la dynamique de ses luttes sont le contraire de la loi du profit et de la concurrence, c’est la solidarité d’une classe par nature associée, développant des liens basés sur l’entraide, la coopération, l’assistance mutuelle, la fraternité…, préfiguration des rapports au sein d’une société libérée de toute exploitation."

On est dans de l'orthodoxie marxiste primaire et dénuée de lien avec ce qui se passe dans le réel... Juste de belle phrase pour étudiants de philo qu'a pas encore compris (mais chacun son chemin et sa lenteur....) que la vie est plus inétressante que les livres...

Pouff

> verdâtre

La classe quand elle pète n'emet pas de gaz à effets de serre. C'est sa grande supériorité sur la bourgeoisie

> Pour comprendre la lutte de classe...

Pour comprendre la lutte de classe : la méthode marxiste et non l'empirisme

Bien avant la formation du CCI en 1975, les groupes qui allaient le constituer ont basé leur plateforme et leur analyse générale de la période historique actuelle sur deux éléments essentiels (outre, évidemment, la revendication d'une série d'acquis programmatiques qui étaient le patrimoine commun de la gauche communiste issue de la 3ème Internationale dégénérescente) :

- la reconnaissance du caractère décadent depuis la 1ère guerre mondiale du mode de production capitaliste;

- la reconnaissance du cours historique ouvert par l'entrée du capitalisme dans une nouvelle crise aiguë à la fin des années 60, non comme un cours à la guerre généralisée semblable à celui des années 30, mais comme un cours aux affrontements de classe généralisés.

Depuis sa constitution, le CCI -comme il revient de le faire à toute organisation révolutionnaire vivante- a poursuivi l'élaboration de ses analyses et a notamment mis en évidence les trois éléments suivants :

- le fait que la révolution prolétarienne ne pou­vant, à l'image des révolutions bourgeoises, se dérouler à des moments différents entre les divers pays, serait le résultat d'un processus de généra­lisation mondiale des luttes ouvrières, processus pour lequel les conditions présentes de développe­ment d'une crise générale et irrémédiable de l'économie capitaliste étaient bien plus favora­bles que celles - données par la guerre impérialiste- qui avaient présidé au surgissement de la vague révolutionnaire de 1917-23.

- l'importance décisive des pays centraux du capi­talisme, et particulièrement ceux d'Europe occi­dentale, dans ce processus de généralisation mon­diale des combats de classe.

- l'utilisation dès la fin des années 70 par la bourgeoisie des pays avancés de la carte de la "gauche dans l'opposition" destinée, à travers un langage "radical", à saboter de l'intérieur les combats de classe que l'aggravation inexorable de la crise fait et fera de plus en plus surgir.

Pour le CCI, l'élaboration de ces analyses n'est nullement un "luxe", une façon "d'être incapable d'affronter la raison d'être de son existence et de son activité, d'être forcé de développer une vie irréelle tournant autour de débats 'nominalistes ' [?] et scholastiques... de rationaliser son inertie". Au contraire, c'est ce qui a permis à notre organisation d'évaluer correctement le rap­port de forces entre les classes - condition élé­mentaire d'une intervention correcte au sein du prolétariat - comme nous allons le mettre en évi­dence.

L'ANALYSE DE LA DECADENCE DU CAPITALISME

... Il ne suffit pas d'admettre que depuis la première guerre mondiale le capitalisme est entré dans sa phase de décadence pour en dégager automatiquement toutes les implications. Celles-ci sont nombreuses et ont été examinées à de multiples reprises par notre organisation, notamment dans l'article de la Revue Internationale n°23 : "La lutte du proléta­riat dans la décadence du capitalisme". Nous n’évoquerons ici que les plus utiles pour compren­dre l'évolution du rapport de forces entre les classes ces dernières années :

- les cours en dents de scie des luttes ouvriè­res ;

- l'utilisation de la répression par la bour­geoisie ;

- le rôle du syndicalisme ;

a- Le cours en dents de scie des luttes ouvrières.

Depuis qu'il a été magistralement décrit par Marx dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, ce cours en dents de scie de la lutte du prolétariat a souvent été mis en évidence par les révolution­naires, notamment par Rosa Luxemburg dans son dernier article ("L'ordre règne à Berlin ! "). Il "est lié au fait que, contrairement aux autres classes révolutionnaires du passé, la classe ou­vrière ne dispose d'aucune assise économique dans la société Ses seules forces étant sa conscience et son organisation constamment menacées par la pres­sion de la société bourgeoise, chacun de ses faux pas ne se traduit pas par un simple coup d'arrêt de son mouvement mais par un reflux qui vient ter­rasser 1'une et 1'autre et la plonge dans la démoralisation et l'atomisation.

Ce phénomène est encore accentué par l'entrée du capitalisme dans sa phase de décadence dans la­quelle la classe ouvrière ne peut plus se donner d'organisation permanente basée sur la défense de ses intérêts comme classe exploitée comme pou­vaient l'être les syndicats au siècle dernier." (Revue Internationale n°8, décembre 1976, "La si­tuation politique internationale", point 25).

C'est armé de cette vision que le CCI a pu rendre compte du surgissement historique du prolétariat à la fin des années 60 après plus de 40 ans de con­tre-révolution. Il n'a pas considéré que cette re­prise devait s'exprimer par un développement con­tinu des luttes ouvrières mais par une succession de vagues de luttes (1968-74, 1978-80, 1983-?) at­teignant chacune un point plus élevé mais entre­coupées par des périodes de recul. Chaque fois que s'annonçait une nouvelle vague de combats ouvriers le CCI (ou, avant sa formation, les groupes qui allaient le constituer) l'a reconnue rapidement : -"Internationalismo" (seul groupe existant à l'é­poque) des; Janvier 68 (cf. l'article du n°8 cité dans la Revue Internationale n°40,"10 ans du CCI")

- la "Revue Internationale" n°17 (2ème trimestre 1979), "Longwy, Denain : nous montrent le chemin" où l'on peut lire : "On commettrait une lourde er­reur si on voyait dans ces affrontements simulta­nés fin 78 en RFA, début 79 en Grande-Bretagne, Espagne, Brésil] de simples escarmouches prolon­geant la vague de luttes de 1968-73. Nous devons savoir reconnaître dans cette simultanéité et cet­ te combativité les premiers signes d'un mouvement plus vaste, en train de mûrir... Cette reprise de la lutte de classe, ces symptômes d'une nouvelle vague de combats, nous la voyons se dérouler sous nos yeux."

- la "Revue Internationale" n°36 (1er trimestre 84), "Conflits inter-impérialistes, lutte de clas­se : l'histoire s'accélère", qui écrit : "... après un creux réel au lendemain de la défai­te en Pologne, les grèves qui se déroulent depuis quelques mois en Europe sont significatives d'une reprise des combats de classe ; elles viennent confirmer que le prolétariat, loin d'être vaincu, garde intact son potentiel de combativité et qu'il est prêt à s'exprimer avec ampleur." (article écrit en décembre 83).

De la même façon, lorsque se précisait un recul de la lutte de classe, notre organisation n'a pas eu peur de le relever tant à la suite de la pre­mière vague qu'à la suite de la deuxième.

Ainsi, dès le 1er Congrès du CCI en janvier 76, il était constaté que "Une accalmie s'est momentanément installée sur le champ de bataille de clas­se pendant laquelle le prolétariat assimile les leçons de sa lutte récente..." ("Rapport sur la situation internationale", Revue Internationale n°5, p.27), idée qui était précisée quelques mois après en ces termes : "... si contrairement aux années 30 la perspective générale n'est pas guerre impéria­liste mais guerre de classe, il faut constater que la situation présente se distingue par 1'exis­tence d'un grand décalage entre le niveau de la crise économique et politique et le niveau de la lutte de classe... Ce n'est donc pas seulement de stagnation de la lutte de classe dont il faut parler mais bien d'un repli de celle-ci..." (Revue Internationale n°8, "La situation politique inter­nationale", point 23).

De même en 1981, alors que se poursuivaient en Pologne les affrontements de classe, le CCI rele­vait déjà le rétablissement par le capitalisme po­lonais d'une "situation longtemps compromise. Non sur le plan économique : la situation est pire que jamais. . . mais sur le plan politique. Sur le plan de son aptitude à imposer aux prolétaires des conditions de misère bien pires qu'en août 80 sans que ceux-ci soient capables d'y opposer une ripos­te à la hauteur des grèves de cette époque.

Cette reconstitution des forces de la bourgeoi­sie n'a pu se faire que par un recul progressif de la classe ouvrière. Ce recul était normal et pré­visible. Il ne pouvait en être autrement après le haut niveau des luttes du mois d'août 80 et en l'absence d'un développement significatif de la lutte de classe dans les autres pays." (Révolution Internationale n°89, "Pologne : la nécessité de la lutte dans les autres pays", 30/8/81).

Cette analyse allait être explicitée après le coup de force de décembre 81 dans les termes sui­vants : "Avec l'instauration de l'état de guerre en Pologne, le prolétariat a subi une défaite ; il serait illusoire et même dangereux de se le ca­cher. Seuls des aveugles ou des inconscients peu­vent prétendre le contraire. . .

C'est... fondamentalement une défaite parce que ce coup de force atteint le prolétariat de tous les pays sous forme de démoralisation et surtout d'une réelle désorientât ion, d'un déboussolement certain face aux campagnes déchaînées par la bour­geoisie depuis le 13 décembre 81 et prenant le re­lais de celles d'avant cette date.

Cette défaite, le prolétariat mondial l 'a subie dès lors que le capitalisme, d'une façon concer­tée, est parvenu à isoler le prolétariat de Polo­gne du reste du prolétariat mondial, à l'enfermer idéologiquement dans le cadre de ses frontières de bloc (...) et nationales (...) ; dès lors qu'il est parvenu, grâce à tous les moyens dont il dis­pose, à faire des ouvriers des autres pays des SPECTATEURS, inquiets, certes, mais PASSIFS, à les détourner de la seule forme que peut avoir la so­lidarité de classe : la généralisation de leurs luttes dans tous les pays. . ." (Revue Internationa­le n°29, "Après la répression en Pologne, perspec­tives des luttes de classe mondiales"/ 12/3/82).

Parce que le CCI avait fait sien un des ensei­gnements classiques du marxisme, enseignement qu'il avait complété à la lumière des conditions créées par la décadence du capitalisme, il a pu s'éviter l'aveuglement qui a frappé d'autres grou­pes révolutionnaires. Il a pu comprendre notamment que les combats de Pologne n'étaient qu'un des en­gagements parmi le grand nombre qui sera encore nécessaire à la classe ouvrière avant qu'elle ne livre l'assaut décisif contre la forteresse capitaliste. C'est ce que n'avait pas compris par exemple le CWO qui, durant 1'été 81, alors que le mouvement reculait (comme le CCI l'avait constaté) a appelé en 1ère page de son journal Workers ' Voice (n°4) les ouvriers de Pologne à "la Révolution maintenant ! ". Heureusement que les ouvriers polonais ne lisaient pas Workers ' Voice : ils n'auraient certes pas été assez fous pour suivre le CWO mais, par contre, ils auraient pensé avoir à faire à des provocateurs de la police.

Moins aberrante et ridicule, mais tout aussi grave, a été l'erreur commise par un groupe comme "Volonté Communiste" qui, un an après le coup de force du 13 décembre 81, pouvait écrire :

"Le coup de Jaruzelski est la conséquence directe de la radicalisation des luttes à partir de l'été 1981, et aussi de l'incapacité de Solidarnosc à se structurer en véritable syndicat de branche."

"Aujourd'hui, non seulement Jaruzelski , et 'son état de siège' n'ont pas résolu la question de la crise économique, mais on assiste à une radicali­sation du mouvement."

"Au lieu du pourrissement tant attendu, c'est la dynamique de lutte qui a continué. A la pointe du combat, les travailleurs polonais sont engagés dans ce qui n'est qu'un moment du 'bras de fer entre prolétariat et bourgeoisie'." (Révolution Sociale ! n°14, décembre 82).

De façon évidente, un tel aveuglement devant une réalité qui était devenue de plus en plus criante ne peut s'expliquer que par un refus délibéré d'admettre que la classe ouvrière pouvait subir une défaite. Pour un marxiste, aussi dramatique que soit, une telle constatation (surtout quand il s'agit de défaites comme celles des années 20 qui plongent la classe dans une effroyable contre-révolution), elle doit s'imposer à chaque fois que le prolétariat subit un revers parce qu'il sait bien que "la révolution est la seule forme de guer­re' - c'est encore une des lois de son développement - où la victoire finale ne saurait être obte­nue que par une série de 'défaites '". (Rosa Luxemburg, "L'ordre règne à Berlin !", 14 janvier 1919).

Par contre, quand on manque de confiance dans la classe ouvrière, comme c'est le cas lorsqu'on est imbibé d'idéologie petite-bourgeoise à l'image du "Groupe Volonté Communiste", on craint d'admettre que le prolétariat puisse être défait, même de fa­çon partielle, car on s'imagine qu'il ne pourra pas s'en relever. Ainsi une surestimation du ni­veau des luttes à un moment donné n'est nullement contradictoire avec une sous-estimation de la for­ce réelle de la classe ouvrière, c'en est même le complément inévitable. C'est ce qu'ont démontré les éléments de "Volonté Communiste" qui, dans nos réunions publiques (leur publication qui était pa­rue de façon mensuelle durant la période de recul ayant cessé de paraître quelques mois avant la re­prise des luttes) affichent le plus noir scepticisme sur les potentialités des luttes présentes ([9]) . C'est ce qu'a démontré également le CWO qui, après ses accès , d'enthousiasme d'août 82, a eu plusieurs trains de retard en compagnie de son or­ganisation soeur "Battaglia Comunista" avant de reconnaître la reprise.

Mais il convient de relever une autre idée con­tenue dans l'article de Révolution Sociale : "Le coup de Jaruzelski est la conséquence directe de la radicalisation des luttes à partir de 1'été 81". Elle fait la preuve que ce groupe (comme di­vers autres) n'a pas compris la question de la ré­pression dans la période historique actuelle.

b- L'utilisation de la répression par la bourgeoisie.

Tirant les enseignements de la défaite de 1981 nous écrivions : "Le coup du 13 décembre, sa pré­paration et ses suites sont une victoire de la bourgeoisie. . . Cet exemple illustre une fois de plus que, dans la décadence du capitalisme, la bourgeoisie n'affronte pas le prolétariat de la même façon qu'au siècle dernier. A cette époque les défaites infligées au prolétariat, les répres­sions sanglantes, ne lui laissaient pas d’ambiguï­té sur qui étaient ses amis et ses ennemis : ce fut notamment le cas lors de la Commune de Paris et même de la Révolution de 1905 qui, tout en an­nonçant déjà les combats de ce siècle (la grève de masse et les conseils ouvriers) comportait encore des caractéristiques propres au siècle dernier (notamment quant aux méthodes de la bourgeoisie). Aujourd'hui par contre, la bourgeoisie ne déchaîne la répression ouverte qu'à la suite de toute une préparation idéologique- dans laquelle la gauche et les syndicats jouent un rôle décisif, et qui est destiné tant à affaiblir les capacités de défense du prolétariat qu'à 1 'empêcher de tirer tous les enseignements nécessaires de la répression". (Revue Internationale n°29, "Après la répression en Pologne...").

Ce n'était là nullement une "découverte tardive" après coup, puisqu'en mars 81, on pouvait lire dans un tract du CCI en langue polonaise :

"Il serait catastrophique pour les ouvriers de Po­logne de croire que la passivité peut leur éviter la répression. Si 1'Etat a été contraint de recu­ler, il n'a nullement renoncé à imposer de nouveau à la société sa chape de plomb. S'il s'abstient aujourd'hui d'user de la répression violente, com­me il le fit par le passé, c'est qu'il craint une mobilisation ouvrière immédiate. Mais si la classe ouvrière renonce à lutter chaque fois que 1'Etat tente de porter une nouvelle atteinte à ses inté­rêts, alors la voie sera ouverte à la démobilisa­tion et à la répression "

Il importe donc que les révolutionnaires soient clairs sur les armes qu'emploie la bourgeoisie contre la classe ouvrière. Si leur rôle n'est ja­mais d'appeler à l'aventure dans des affrontements prématurés, ils doivent insister sur l'importance de la mobilisation de classe, de l'extension des luttes, comme meilleure prévention contre le dan­ger d'une répression brutale. C'est ce que n'a­vaient pas compris ni le CWO ni "Volonté Communis­te", et qui explique notamment que ce dernier groupe n'ait reconnu la défaite ouvrière qu'avec deux ans de retard, s'imaginant que si la répres­sion s'était déchaînée en Pologne c'est parce que Solidarnosc était complètement débordé. Cela mon­tre aussi qu'il importe d'avoir les idées claires sur le rôle et la façon de faire du syndicalisme dans la période actuelle.

c- Le rôle du syndicalisme.

Dans la période de décadence du capitalisme, les syndicats sont devenus un des instruments essen­tiels de la bourgeoisie pour encadrer le proléta­riat et étouffer ses luttes. Cela, tous les grou­pes qui se situent sur un terrain de classe l'ont compris. Mais encore faut-il avoir pleinement assi­milé ce que cela signifie. En particulier, l'ana­lyse insuffisante faite par le courant bordiguiste de la question syndicale est en bonne partie res­ponsable de son incapacité à reconnaître 1'impor­tance des mouvements comme celui de Pologne en Août 80. En effet, alors que dans la période de décadence du capitalisme : "L'impossibilité d'amé­liorations durables pour la classe ouvrière lui interdit la constitution d'une organisation spéci­fique, permanente, basée sur la défense de ses in­térêts économiques.

La lutte prolétarienne tend à dépasser le cadre strictement économique pour devenir sociale, s'affrontant directement à l'Etat, se politisant et exigeant la participation massive de la clas­se. . .

Un tel type de lutte, propre à la période de dé­cadence, ne peut se préparer d'avance sur le plan organisationnel. Les luttes explosent spontanément et tendent à se généraliser." (Revue Internationa­le n°23, 4ème trimestre 80, "La lutte du prolétariat dans la décadence du capitalisme").

Ce courant ne pouvait se faire à l'idée d'un tel surgissement spontané des luttes. Pour que celles-ci aient une certaine ampleur, il fallait qu'exis­te au préalable une organisation de la classe, que se manifeste d'abord un "associationnisme ouvrier" (suivant ses propres termes). De même qu'en 1968 en France, ce courant avait complètement sous-estimé le mouvement (avant d'appeler les 10 mil­lions d'ouvriers en grève à se ranger derrière son drapeau !), il n'a su reconnaître l'importance des combats de Pologne qu'avec un retard considérable.

Ce manque de clarté sur la question syndicale se retrouve chez "Volonté Communiste" lorsque ce groupe écrit : "Dans le système capitaliste démo­cratique, le syndicat est un intermédiaire opé­rant entre les travailleurs et l'Etat. Dans un système capitaliste d'Etat, quand se pose d'emblée l'affrontement entre les prolétaires et l'Etat, le syndicat est une forme inopérante et donc un obs­tacle immédiat à la lutte contre le pouvoir capi­taliste." (Révolution Sociale!" n°14).

Il est clair qu'avec une telle vision du syndi­cat, tant dans les pays de l'ouest ("intermédiaire entre les travailleurs et l'Etat" et non organe de l'Etat dédié à l'encadrement des travailleurs) que dans les pays de l'Est ("forme inopérante" alors qu'on a pu constater l'extraordinaire efficacité de Solidarnosc contre la lutte de classe), un tel groupe ne pouvait comprendre :

- que le renforcement de Solidarnosc en 1981 en Pologne signifiait un affaiblissement de la clas­se ;

- que toute l'offensive syndicale en occident de cette même période (radicalisation dès la fin des années 70, campagnes menées autour de la Pologne) allait peser sur le prolétariat de cette partie du monde ;

- que l'affaiblissement continu, ces dernières an­nées, de l'influence des syndicats, le phénomène de désyndicalisation général dans les pays occi­dentaux, était une des prémisses de la reprise ac­tuelle des luttes.

L'incompréhension des implications de la déca­dence du capitalisme (quand ce n'est pas le rejet de cette analyse) sur les conditions de la lutte de classe, peut avoir un effet catastrophique sur les positions programmatiques (questions nationa­le, parlementaire, syndicale, du frontisme) mena­çant la survie-même d'une organisation comme ins­trument de la classe ouvrière (cas de la dégéné­rescence opportuniste de l'Internationale Commu­niste, plus récemment décomposition de "Programma Comunista" et évolution vers le gauchisme de son héritier "Combat"). '

Cela situe toute 1'importance de développer l'analyse la plus claire possible sur cette ques­tion comme le CCI s'y est toujours attaché depuis ses origines (notamment dans sa plateforme et avec sa brochure sur La décadence du capitalisme). Mais la clarté sur l'autre point qui était à la base de la constitution du CCI, l'analyse du cours histo­rique, revêt également une importance considéra­ble.

L'ANALYSE DU COURS HISTORIQUE

Nous avons suffisamment consacré d'articles de cette revue à cette question (notamment un rapport au 3ème Congrès de CCI dans la Revue (ï^TB^et une polémique avec les thèses du 5ème congrès de "Battaglia Comunista" dans la revue n°36) pour qu'il ne soit pas nécessaire d'y revenir longuement ici, sinon pour signaler l'incroyable légèreté avec laquelle certains groupes traitent de cette question. C'est ainsi qu'on peut lire dans Workers'Voice n°17 en réponse à nos analyses : "Le CWO a démontré que le cours historique ne peut être appréhendé que dialectiquement (souligné par le CWO) comme menant à la fois vers la guerre et vers la révolution". La dialectique a vraiment bon dos ! Après l'utili­sation magistrale qu'en a fait Marx dans toute son oeuvre pour rendre compte de la nature contradic­toire des processus sociaux (et en premier lieu pour constater que "L'histoire est 1 'histoire de la lutte de classe" ), ses épigones au petit pied et à l'esprit un peu faible en ont fait un cache-sexe pour tenter de dissimuler les contradictions et 1'incohérence de leur pensée.

L'organisation soeur de CWO,"Battaglia Comu­nista", ne fait pas preuve de la même stupide pré­tention pour énoncer la même idée :"on ne peut pas se prononcer sur le cours historique". Elle témoi­gne même d'une rare humilité dans les thèses de son 5ème Congrès (Prometeo n°7, juin 1983) : "L'effondrement général de 1'économie se traduit de façon immédiate par 1'alternative : guerre ou révolution. Mais la guerre elle-même en marquant un virage en soi catastrophique dans la crise du capitalisme et un brusque bouleversement dans les échafaudages superstructurels du système, ouvre les possibilités de l'effondrement de ceux-ci et donc 1'ouverture, au sein même de la guerre, d'une situation révolutionnaire et de la possibilité d'affirmation du parti communiste. Les facteurs qui déterminent 1'éclatement social, au sein duquel le parti trouvera les conditions de sa croissance ra­pide et de son affirmation, que ce soit dans la pé­riode qui précède le conflit, pendant le conflit, ou immédiatement après celui-ci, ne sont pas quantifiables. On ne peut donc pas déterminer a priori à quel moment un tel éclatement aura lieu (exemple polonais)".

Quelle avant-garde qui ne sait même pas dire à sa classe si nous allons vers la guerre mondiale ou vers la révolution ! En tout cas, la Gauche italienne dont se réclament le CWO et "Battaglia" aurait eu bonne mine si, face aux événements d'Espagne en 36, elle avait dit : "Il faut appré­hender la situation de façon 'dialectique' : comme les facteurs de la situation ne sont pas 'quantifiables', nous disons tout net aux ouvriers : nous allons soit vers la guerre mondiale, soit vers la révolution, soit vers les deux en même temps !". Avec une telle démarche, c'est la fraction toute entière, et non seulement sa minorité, qui se se­rait laissée enrôler dans les brigades anti-fas­cistes.

Nous laissons de côté ici la question de la pos­sibilité d'un surgissement de la révolution dans ou à la suite d'une 3ème guerre mondiale qui est de nouveau traitée dans l'article "La guerre dans le capitalisme"de ce même n°. Par contre, on peut dire qu'avec une vision qui ne permet pas de voir que nous allons vers des affrontements de classe généralisés avant qu'éventuellement -si le prolé­tariat y est défait- le capitalisme puisse déchaî­ner une guerre mondiale, une vision qui considère qu'aujourd'hui "le prolétariat est fatigué et déçu" (Prometeo n°7), il n'est pas surprenant que "Battaglia Comunista" n'ait constaté la reprise actuelle des luttes qu'avec huit mois de retard,en avril 84 (Battaglia Comunista n°6), et encore sous forme d'interrogation : "La paix sociale se rompt-elle ?".

En effet, pour interpréter les luttes de l'au­tomne 83 comme les premières d'une reprise généra­le, il fallait avoir compris que, dans le cours historique actuel aux affrontements de classe, l'accélération de l'histoire provoquée par l'ag­gravation considérable de la crise dans les années '80 -les "années de vérité"- allait se traduire par une durée de plus en plus courte des moments de ^recul.

De même, il faut constater que la "dialectique" à la sauce CWO n'est certainement pas étrangè­re à la bourde énorme commise en été 81 à propos de la Pologne. Bourde qui s'explique également par l'incompréhension totale de deux questions analy­sées* par le CCI.

LA GENERALISATION MONDIALE DES LUTTES ET LE ROLE DU PROLETARIAT D'EUROPE OCCIDENTALE

En effet, si nous avons pu comprendre le recul qui s'était opéré en Pologne, c'est -comme nous l'avons vu plus haut- que le rapport de forces en­tre les classes dans ce pays était très largement déterminé par le rapport de forces à l'échelle internationale et notamment dans les métropoles industrielles d'occident. L'idée que la révolution fut possible en Pologne alors que dans ces concen­trations le prolétariat restait passif, indique qu'on avait perdu de vue des enseignements du marxisme vieux de plus d'un siècle :

"La Révolution communiste... ne sera pas une révo­lution purement nationale ; elle se produira en même temps dans tous les pays civilisés, c'est-à-dire tout au moins en Angleterre, en Amérique, en France et en Allemagne".(Engels, "Principes du communisme", 1847).

C'est sur cette base que le CCI, suite aux com­bats de Pologne, a développé son analyse sur "la généralisation mondiale de la lutte de classe" (Revue Internationale n°26) et sur "le prolétariat d'Europe occidentale au coeur de la généralisation de la lutte de classe, critique de la théorie du 'maillon le plus faible'" (R.Int.n°31) suivant la­quelle : "Tant que les mouvements importants de la classe ne toucheront que des pays de la périphérie du capitalisme (comme ce fut le cas en Pologne) et même si la bourgeoisie locale est complètement dé­bordée, la Sainte-Alliance de toutes les bour­geoisies du monde, avec à leur tête les plus puissantes, sera en mesure d'établir un cordon sanitaire tant économique que politique, idéologique et même militaire, autour des secteurs proléta­riens concernés. Ce n'est qu'au moment où la lutte prolétarienne touchera le coeur économique et po­litique du dispositif capitaliste... que cette lutte donnera le signal de 1'embrasement révolu­tionnaire mondial... Ce coeur et ce cerveau du monde capitaliste, 1'histoire 1'a situé depuis des siècles en Europe occidentale... 1'épicentre du séisme révolutionnaire à venir se trouve placé dans le coeur industriel de 1'Europe occidentale où sont réunies les conditions optimales de la prise de conscience et de la capacité de combat révolutionnaire de la classe, ce qui confère au prolétariat de cette zone un rôle d'avant-garde du prolétariat mondial".

Evidemment, le CWO avec sa dialectique de café du commerce n'a que mépris pour une telle perspec­tive : "Le CWO a aussi démontré que, bien que les révolutions prolétariennes ne puissent réussir dans n'importe quel pays isolément, les premiers surgissements de la classe ouvrière peuvent venir des pays sous-développés tout comme des pays avancés, et que les communistes doivent être prêts pour les deux possibilités". Workers'Voice n°17). En 1981, le CWO était prêt à toutes les possibilités, même à la révolution en Pologne. Ce qu'il a donc "démontré" de façon convaincante, c'est l'inadéquation de son cadre d'analyse. Cette vision du CCI, si elle lui avait permis de comprendre le recul des luttes et la défaite du prolétariat en 81, lui a également permis de relativiser l'importance de la défaite subie par le prolétar­iat en Pologne et donc du recul qui allait la suivre : "Pour cruelle qu'elle soit, la défaite subie par le prolétariat à la suite de ses combats en Pologne n'est que partielle. Par contre le il gros des troupes, celui qui est basé dans les énormes concentrations industrielles d'occident, et notamment en Allemagne, n'est pas encore entré dans la bataille:" (Revue Internationale n°29, "Après la répression en Pologne...").

De même, parmi les éléments qui nous ont fait reconnaître toute 1'importance de la grève du sec­teur public en Belgique de septembre 83 comme an­nonciatrice de la reprise des combats et comme "le mouvement de lutte ouvrière le plus important de­puis les combats de Pologne 80", nous avons signa­lé notamment (Revue Internationale n°36) :

"- le fait que ce mouvement a touché un des pays les plus industrialisés du monde, de plus vieux capitalisme, situé en plein coeur des énormes con­centrations prolétariennes d'Europe occidentale ;

- la dynamique qui s'est exprimée au démarrage du mouvement : surgissement spontané des luttes qui a pris de court et a débordé les syndicats ; tendan­ce à 1'extension ; dépassement des clivages commu­nautaires et linguistiques ;

- le fait que ce mouvement prend place dans un contexte international de surgissement sporadique mais significatif de la combativité ouvrière"

Mais cette présentation des analyses indispensa­bles à la compréhension de la période présente, serait incomplète si on ne parlait pas d'une des questions essentielles à laquelle est confronté aujourd'hui le prolétariat.

LA STRATEGIE BOURGEOISE DE LA GAUCHE DANS L'OPPOSITION

Pour le CWO, notre analyse sur cette question "est pure scholastique comme toutes les autres, donnant 1'illusion d'une clarification et détour­ nant 1 'organisation des vraies questions de la po­litique révolutionnaire" (ibid.).

Pour sa part, "Volonté Communiste" se hérisse à l'idée que la bourgeoisie pourrait avoir une stra­tégie contre la classe ouvrière : "Se vautrant dans le sang, la bourgeoisie fait de plus en plus preuve de cécité historique et ne peut qu 'essayer de colmater des brèches ouvertes dans son système par le développement de contradictions devenues insurmontables depuis 1'entrée en décadence im­puissante et instable, elle se débat désormais, a la différence du 19ème siècle, dans des convul­sions permanentes : d'où, au delà des pesanteurs institutionnelles de tel ou tel Etat, le seul mode de gouvernement réel est la fuite en avant, l'em­pirisme le plus total à tous les niveaux" (Révolution Sociale 1 n°16, "Critique du CCI").

Mais si ces deux groupes et beaucoup d'autres avaient compris cette question, ils auraient su :

- comprendre l'efficacité de cette nouvelle carte jouée par la bourgeoisie à la fin des années 70 et qui porte une très grande responsabilité dans le déboussolement du prolétariat au début des années 80, tant, d'ailleurs, en occident qu'en Pologne ; cela leur aurait permis de s'éviter de dire pas mal de bêtises sur les potentialités des luttes en 81-82 ;

- prévoir, qu'une fois passé l'effet de surprise provoqué par la nouveauté de cette carte, son ef­ficacité allait commencer à s'émousser, ce qui al­lait permettre la reprise des luttes à la mi-83, reprise qu'ils n'ont pas su voir, sinon avec pas mal de retard ;- ne pas se laisser aveugler par l'omniprésence des syndicats dans les luttes actuelles (qui leur font sous-estimer leur importance) qui sont une composante majeure de la carte de la "gauche dans l'opposition" puisque : "Dans les pays avancés d'occident et notamment en Europe de l'ouest, le prolétariat ne pourra déployer pleinement la grève de masse qu'à l'issue de toute une série de com­bats, d'explosions violentes, d'avancées et de re­culs au cours desquels il démasquera progressive­ment tous les mensonges de la gauche dans 1'op­position, du syndicat et du syndicalisme de base"-("Résolution sur la situation internationale" du 5ème Congrès du CCI, Revue Internationale n°35).

Comme l'écrivait Marx : "C'est dans la pratique que l'homme prouve la vérité, c'est-à-dire la réa­lité et la puissance de sa pensée". ("Thèses sur Feuerbach").

Malheureusement, c'est bien souvent complètement à l'envers que les groupes révolutionnaires com­prennent cette phrase. Lorsque la réalité s'obstine à contredire leurs analyses, ils ne se sentent pas concernés et continuent, comme si de rien n'était à maintenir leur erreurs et leurs confusions en essayant, à grand renfort de "dialectique", de faire rentrer de force les faits dans un cadre où ils n'ont pas de place.

Par contre, quand cela les arrange, ils donnent à la phrase de Marx un sens que celui-ci aurait rejeté avec vigueur et mépris : la glorification de l'empirisme. Car derrière toutes les phrases du CWO contre les "débats scholastiques" ou les hypo­ thèses multiples de "Battaglia", ce n'est pas au­tre chose que l'empirisme que nous trouvons, cet empirisme que Lénine - dont se réclament à cors et à cris ces organisations- raillait chez les écono­mistes du début du siècle : "En effet, quelle at­titude prétentieuse et quelle exagération de 1'élément conscient : résoudre théoriquement les questions par avance, afin de convaincre ensuite du bien-fondé de cette solution, 1 'organisation, le parti et la masse".("Que Faire ?").

Le CWO et "Battaglia" ne cessent de répéter qu'ils constituent l'avant-garde, le guide du pro­létariat. C'est dans la pratique et non en paroles qu'ils le démontreront. Mais pour cela, ils auront besoin de troquer leur empirisme contre la méthode marxiste ; sinon, ne sachant pas apprécier le rap­port de forces entre les classes, identifier les armes de l'ennemi, ils ne pourront "guider" le prolétariat que vers la défaite.

CCI

> Ecologie : c'est le capitalisme qui pollue la terre !

Plus la civilisation capitaliste dure, plus elle nous rapproche d'une catastrophe écologique aux proportions planétaires, une catastrophe qui ne peut être évitée sans la destruction du système capitaliste.

Les faits eux-mêmes sont bien connus et on peut les trouver dans un nombre croissant de publications spécialisées ou de vulgarisation scientifique, aussi ne les décrirons-nous pas en détail ici. Une simple liste suffit à montrer l'étendue et la profondeur du danger : le frelatage croissant de la nourri­ture par les différents additifs ou les maladies du bétail ; la contamination des réserves d'eau par l'utilisation incontrôlée de fertilisants et les décharges de déchets toxiques ; la pollution de l’air, en particulier dans les grandes villes, du fait des effets combinés des fumées industrielles et des gaz d'échappement des automobiles ; la menace de contamina­tion radioactive à partir des réacteurs nucléaires et des décharges de produits irradiés éparpillés dans tous les pays industrialisés, y compris ceux de l'ex-bloc russe, menace qui est déjà devenue une réalité de cauchemar avec les désastres de Windscale, de Three Miles Island et surtout de Tchernobyl ; l'empoisonnement des rivières, des lacs et des mers utilisés, depuis des décennies, comme les dépotoirs du monde, ce qui aboutit maintenant à la rupture de la chaîne alimentaire et à la destruction d'organismes dont le rôle est important dans la régulation du climat mondial ; la des­truction accélérée des forêts, en particulier les forêts tropi­cales, ce qui, outre des effets qui modifient aussi le climat de la planète, implique l'érosion des terres, qui entraîne à sont tour d'autres calamités, comme l'avancée du désert en Afrique et les raz-de-marée au Bengladesh.

Qui plus est, il apparaît maintenant que la quantité se change en qualité et que les effets de la pollution devien­nent à la fois plus globaux et plus incalculables. Ils sont glo­baux au sens où chaque pays du monde est affecté ; non seulement les pays hautement industrialisés de l'Ouest, mais aussi les pays sous-développés du "tiers-monde" et les pays staliniens ou ex-staliniens, qui sont dans une telle ban­queroute qu'ils ne peuvent même pas s'offrir les contrôles minimaux qui ont été introduits en Occident. Les anciens pays "socialistes" comme la Pologne, l'Allemagne de l'Est et la Roumanie sont peut-être les Etats les plus pollués du monde; virtuellement, chaque ville de l'Europe de l'Est a ses histoires d'horreur/à propos d'usines locales qui vomis­sent des toxiques mortels provoquant des cancers, des maladies respiratoires et autres, ou bien à propos de rivières qui s'enflamment dès qu'on y jette une allumette, etc. Mais des villes du "tiers-monde" comme Mexico ou Cubatao (au Brésil), ne sont sûrement pas loin derrière.

Mais il y a un autre sens, et plus terrifiant encore, au mot "global" dans ce contexte ; à savoir que le désastre écolo­gique est maintenant une menace tangible pour l'écosystème de la planète lui-même. L'amincissement de la couche d'ozone, qui semble résulter principalement de l'émission de gaz CFC, en est une claire illustration, dans la mesure où la couche d'ozone protège toutes les formes de vie sur la terre des rayons ultraviolets mortels ; et il est impossible de dire, à ce stade, ce que seront les conséquences à long terme de ce processus. Il en va de même avec le problème de l'effet de serre, qui est maintenant reconnu comme une menace réelle par un nombre croissant d'experts scienti­fiques, le dernier en date étant la Commission Intergouvernementale sur les changements climatiques (CICC) de l'ONU. Cet organisme et d'autres n'ont pas seulement alerté sur les inondations massives, les sécheresses et les famines qui pourraient en résulter s'il n'y a pas une dimi­nution significative du niveau actuel d'émission de gaz favorisant l'effet de serre, en particulier le gaz carbonique, ils ont aussi souligné le risque d'un processus "rétroactif-actif", dans lequel chaque aspect de pollution et de destruction de l'environnement agit sur les autres pour produire une spi­rale irréversible de désastres.

Il est évident aussi que la classe dont le système a provoqué cette pagaille est incapable d'y rien changer. Bien sûr, dans les dernières années presque toutes les lumières de la bour­geoisie se sont miraculeusement converties à la cause de la sauvegarde de l'environnement. Les supermarchés sont remplis de produits proclamant l'absence d'additifs artifi­ciels ; les étiquettes des cosmétiques, des détergents, des couches pour bébés, rivalisent pour prouver à quel point ils respectent la couche d'ozone, l'air et les rivières. Et les diri­geants politiques, de Thatcher à Gorbatchev, parlent de plus en plus du fait que nous devons tous agir ensemble pour protéger notre planète en danger.

Comme d'habitude, l'hypocrisie de cette classe de gangsters ne connaît pas de limite. La préoccupation réelle qu'a la bourgeoisie de sauver la planète peut se mesurer en regar­dant ce qu'elle se prépare à faire. Par exemple, elle a mené un grand tapage à propos de la récente conférence sur l'ozone à Londres, où les principaux pays du monde, y compris les géants du "tiers-monde", l'Inde et la Chine, qui y étaient autrefois récalcitrants, se sont mis d'accord pour supprimer progressivement les CFC d'ici à l'an 2000. Mais cela signifie encore que 20 % de plus de la couche d'ozone pourrait être détruit durant la prochaine décennie ; pendant cette période, la diminution du volume d'ozone qui s'opérerait représenterait la moitié du volume total qui a été supprimé depuis que les CFC ont été inventés.

La situation est encore pire en ce qui concerne l'effet de serre.

L'administration US a banni la phrase "réchauffe­ment global" de ses communiqués officiels. Et les pays qui acceptent sur le papier les prévisions de la CICC se sont seulement engagés à stabiliser les émissions de gaz carbo­nique à leur niveau actuel, pas d'avantage. Et surtout, ils n'ont pas de stratégie sérieuse pour réduire la dépendance de leurs économies vis-à-vis du pétrole et des automobiles privées, qui sont les causes principales de l'effet de serre. Rien n'est fait pour arrêter la destruction des forêts, ravage qui, tout à la fois, ajoute à l'accumulation des gaz favorisant l'effet de serre et a réduit la capacité de la planète de les absorber : le Plan d'action de l'ONU pour la forêt tropicale est lui-même entièrement dominé par les entreprises forestières. En outre, la destruction de la forêt par les coupes, par le bétail, et par les intérêts industriels de même que par les paysans affamés, avides de terres cultivables et de bois de chauffage, cette destruction ne pourrait être arrêtée que si le "tiers monde" était tout à coup libéré de la masse écra­sante de la dette et de la pauvreté. Quant aux plans pour construire des défenses contre les inondations ou pour pré­voir les famines, les populations des régions les plus mena­cées, telles que le Bengladesh, peuvent espérer le même genre d'aide que celle accordée aux habitants des régions sujettes aux tremblements de terre, ou aux victimes de la sécheresse en Afrique.

Les réponses de la bourgeoisie à tous ces problèmes mettent en lumière le fait que la structure même de son système la rend incapable de régler les problèmes écologiques qu'elle a créés. Les problèmes écologiques globaux demandent une solution globale. Mais en dépit de toutes les conférences internationales, en dépit de tous les voeux pieux sur la coopération internationale, le capitalisme est irréductiblement fondé sur la compétition entre des économies nationales. Son incapacité à réaliser le moindre degré de coopération globale ne fait que s'exacerber aujourd'hui du fait que les vieilles structures de bloc s'effondrent et que le système s'enfonce dans la guerre de tous contre tous. L'approfondissement de la crise économique mondiale qui a mis le bloc russe à genoux va aggraver la compétition et les rivalités nationales; cela signifie que chaque entreprise, chaque pays, agira avec encore plus d'irresponsabilité dans la folle bousculade pour la survie économique. Même si de petites concessions sont faites aux considérations d'environnement, la tendance dominante sera de jeter par la fenêtre les contrôles de santé, de sécurité et de pollution. Cela a déjà été le cas dans la décennie passée, au cours de laquelle on a vu une nette augmentation du nombre de catastrophes dans l'industrie, les transports et autres secteurs, résultat des coupes claires dues à la crise économique. Dans la mesure où la guerre commerciale entre les nations s'exacerbe, les choses ne pourront qu'empirer rapidement.

Qui plus est, ce chacun pour soi va accroître le danger de conflits militaires localisés dans les régions où la classe ouvrière est trop faible pour y faire obstacle. Maintenant que ces conflits ne sont plus contenus par la discipline des anciens blocs impérialistes, le risque est très grand de voir se développer les horreurs de la guerre chimique ou même nucléaire à une échelle locale, avec le massacre de millions d'êtres humains et un empoisonnement encore pire de l'atmosphère de la planète. Qui peut croire que, prises dans une spirale montante de chaos et de confusion, les bour­geoisies du monde vont travailler harmonieusement ensemble pour s'occuper des menaces pesant sur l'environnement? Si les difficultés écologiques - la baisse des ressources en eau, les inondations, les conflits à propos des réfugiés, etc. - ont un effet, ce sera celui d'accroître encore les tensions impérialistes locales. La bourgeoisie le sait déjà. Comme le ministre des affaires étrangères d'Egypte, Boutros Ghali, l'a dit récemment : "La prochaine guerre dans notre région portera sur les eaux du Nil, pas sur des questions politiques."

Dans la phase actuelle de décomposition avancée, la classe dominante perd de plus en plus le contrôle de son système social. L'humanité ne peut plus se permettre de laisser le sort de la planète entre les mains des bourgeois. La "crise écologique" est une preuve de plus que le capitalisme doit être détruit avant qu'il n'entraîne l'ensemble du monde à l'abîme.

La pollution idéologique

Mais si la bourgeoisie est incapable de réparer les dom­mages qu'elle a causés à la planète, elle n'hésite certaine­ment pas à utiliser les thèmes écologiques pour alimenter ses campagnes de mystification dirigées contre la seule force dans la société en mesure d'apporter une solution au problème : le prolétariat mondial.

La question écologique est idéale de ce point de vue, c'est pourquoi la bourgeoisie ne cache guère la gravité du problème (et peut même donner libre cours à quelque exagé­ration quand ça la sert). Sans arrêt, on nous dit que des problèmes comme le trou dans la couche d'ozone, le réchauffement du globe, "nous affectent tous", qu'ils ne font pas de "distinction" de couleur, de classe ou de pays. Et c'est vrai que la pollution, comme d'autres aspects de la décomposition de la société capitaliste, (drogue, crimes, etc.), affecte toutes les classes de la société (même si c'est généralement les plus exploitées et opprimées qui en souf­frent le plus). Aussi, quelle meilleure base pourrait-il y avoir pour diluer le prolétariat, lui faire oublier ses propres intérêts de classe, le noyer dans une masse amorphe où il n'y aurait plus de distinction d'intérêts entre les ouvriers, les boutiquiers... ou la classe dominante elle-même ? Le bour­rage de crâne relatif à l'environnement complète donc toutes les campagnes idéologiques au sujet de la démocratie et du "pouvoir au peuple" déchaînées après l'écroulement du bloc de l'Est.

Regardons comment ils déforment les solutions écologiques pour les adapter à leurs besoins. Ces problèmes si terri­fiants, si urgents, ne sont-ils pas, disent-ils, sûrement plus importants que votre lutte égoïste pour des augmentations salariales ou contre les licenciements ? En effet, la plupart de ces problèmes ne sont-ils pas dus au fait que les ouvriers, dans les pays avancés "consomment trop" ? Ne devraient-ils pas se préparer à manger moins de viande, à utiliser moins d'énergie, à accepter aussi la fermeture de telle ou telle usine "pour le bien de la planète" ? Quelle meilleure excuse pourrait avancer la bourgeoisie pour les sacrifices demandés par la crise de l'économie capitaliste ?

Et on trouve donc ici tous les arguments soutenant le mythe des "réformes" ou du "changement réaliste". Quelque chose peut certainement être fait maintenant, disent-ils. Aussi, ne devrions-nous pas chercher à voir quel candidat aux élec­tions offre la meilleure politique écologique ? Quel parti promet de faire le plus pour l'environnement ? Les préoc­cupations exprimées par Gorbatchev, Mitterrand ou That­cher ne prouvent-elles pas que les politiciens peuvent effec­tivement répondre à la pression populaire ? Est-ce que les expériences sur la conservation de l'énergie, l'énergie solaire ou éolienne qui sont effectuées aujourd'hui par des gouvernements "éclairés" comme ceux de la Suède ou des Pays-Bas, ne démontrent pas que les changements sont juste une question de volonté et d'initiative de la part des politiciens, combinée avec la pression à la base des citoyens ? Le changement pour des produits respectant l'environnement n'atteste-t-il pas que les grosses compa­gnies peuvent être réellement touchées par "l'action des consommateurs" ?

Et si toutes ces approches "pleines d'espoir" et "positives" ne réussissent pas à convaincre, la bourgeoisie peut toujours profiter des sentiments d'impuissance et de désespoir qui ne peuvent qu'être renforcés quand le citoyen isolé met la tête à sa fenêtre et voit un monde entier en train d'être empoisonné. Si la bourgeoisie n'arrive pas à convaincre les exploités que ses mensonges sont la vérité, au moins, une classe ouvrière atomisée et démoralisée ne menace-t-elle pas la survie de son système.

Les fausses alternatives des "verts"

Mais, au cours de la dernière décennie, une nouvelle force politique a fait son apparition sur la scène, un courant qui revendique avoir une approche radicale pour mettre la défense de l'environnement au-dessus de toutes autres considérations : les "verts". En Allemagne, ils sont devenus une force estimée dans la vie politique nationale. En Europe de l'Est, des groupes écologiques ont figuré forte­ment dans les oppositions démocratiques qui ont colmaté la brèche ouverte par l'effondrement des régimes staliniens. Des partis "verts" et des groupes de pression naissent dans les pays les plus industrialisés, et même dans le "tiers-monde".

Mais les "verts" sont aussi une partie du capitalisme pourrissant. Constat d'évidence quand on observe leur jeu en Allemagne de l'Ouest : ils sont devenus un parti parle­mentaire respectable, avec de nombreux sièges au Bundestag (organe confédéral) et différents postes de responsabi­lité dans les Lander (instances régionales). L'intégration déclarée des "verts" dans la normalité capitaliste a été sym­bolisée, il y a quelques années, par l'"extra-parlementaire", le rebelle anarchiste de 1968, Daniel Cohn-Bendit lui-même (rappelez-vous le slogan : "Elections, piège à cons") devenu mais oui, un député et qui a même exprimé son désir de devenir ministre. Au Bundestag, les "verts" s'engagent dans toutes les manoeuvres sordides typiques des partis bourgeois -tantôt agissant comme un "frein" pour garder le SPD dans l'opposition, tantôt formant une alliance avec les sociaux-démocrates contre la CDU au pouvoir. C'est vrai que les "verts" sont divisés en une aile "réaliste", qui se contente de se focaliser sur le terrain parle­mentaire et une aile "puriste", qui est pour des formes d'action plus radicales, extraparlementaires. Et beaucoup de l'attrait des partis "verts" et des groupes de pression tient de ce qu'ils profitent du dégoût des gens envers les gouver­nements centralisés bureaucratiques et la corruption par­lementaire. Comme solution de rechange, ils proposent des campagnes contre les cas locaux de pollution, des actions de protestation à l'éclat spectaculaire du type Greenpeace, des marches et des manifestations, tout en appelant à la décen­tralisation du pouvoir politique et à toutes sortes d'"initiatives de citoyens". Mais aucune de ces activités ne s'écarte d'un pouce des campagnes générales de la bour­geoisie. Au contraire, elles servent à garantir que ces cam­pagnes prennent profondément racine dans le sol de la société.

Les "verts" radicaux sont champions de l’interclassisme, Ils s'adressent eux-mêmes à l'individu responsable", à la "communauté locale", à la bonne conscience de l'humanité en général. Les actions qu'ils entreprennent tentent de mobiliser tous les citoyens, sans considération de classe, dans la lutte contre la pollution. Et quand ils critiquent la bureaucratie et l'éloignement du gouvernement central, c'est seulement pour mettre en avant une vision de "démo­cratie locale" tout aussi bourgeoise dans son contenu.

Ils ne sont pas moins zélés dans leur soutien à l'illusion réformiste. Les actions qu'ils organisent ont invariablement pour but de rendre les compagnies industrielles, les gouver­nements, plus responsables, plus propres, plus "verts". Juste un exemple : un tract des Amis de la Terre ("Eliminer la dette, pas les forêts équatoriales") expliquait que la dette du "tiers monde" conduisait à la destruction des forêts équatoriales. Quelle était donc la solution ? Les grandes banques occidentales, répondait ce groupe de pression, "devraient annuler toutes les dettes des pays les plus pauvres du monde, et réduire les dettes des autres pays les plus endettés d'au moins la moitié". Elles pouvaient maintenant s'offrir ce luxe". Et comment convaincrait-on les banques ? "Les banques ne bougeront pas, à moins que les consommateurs leur montrent fortement leur sentiment sur cette question. Tamponner vos chèques avec 'éliminer la dette, pas les forêts équatoriale et prendre le 'Gage de dette' sont deux moyens puissants pour leur montrer ce que vous en pensez. "

Les "verts" nous invitent donc à croire en l'efficacité du "pouvoir du consommateur", et en la possibilité d'appeler à de meilleurs sentiments les riches qui n'ont cure de condamner des millions de gens à la famine rien qu'en pas­sant leur capital d'un pays à l'autre. C'est la même chose quand les "verts" peignent leur tableau d'un futur possible : un monde où de petites entreprises, bonnes écologiquement, ne se transforment jamais en géants capitalistes rapaces, une vision pacifiste de* l'entente entre les nations, bref, un capitalisme gentil, charitable, pacifique, impossible.

Mais il y a aussi des courants à l'intérieur et autour du mouvement "vert" qui se parent d'une radicalité plus pous­sée, qui critiquent le capitalisme et vont jusqu'à parler de révolution. Certains d'entre eux sont à ce point radicaux qu'ils proclament que le marxisme lui-même n'est rien de plus que l'autre face de la "mégamachine" capitaliste. Ils disent : regardez les régimes à l'Est, c'est le résultat logique du culte du marxisme pour le "progrès" technologique, l'industrie. Inspirés par des "penseurs" comme Baudrillard, ils se risquent même à expliquer dans un langage très recherché que le marxisme est simplement une autre idéo­logie "productiviste" (en cela, ils rejoignent les staliniens défroqués tel que Martin Jacques, qui, à une récente confé­rence du PC britannique en ruines, disait : "On ne peut igno­rer le fait que la tradition marxiste est productionniste au fond : conquête de la nature, forces de production, engage­ment à la croissance économique." Des anarcho-primitivistes comme le journal Fifth Estate à Détroit appellent à rien de moins que l'éradication de la société technologique industrielle et à un retour au communisme primitif. Les "écologistes profonds" de Earth First vont même plus loin : pour leurs idéologues, le problème n'est pas simplement la société industrielle, ou la civilisation, mais l'homme lui-même...

Le marxisme contre les mystifications des "verts"

La notion qu'une entité abstraite appelée "homme" est res­ponsable de la pagaille écologique présente n'est pas res­treinte à quelques idéologues "verts" ésotériques ; c'est en fait un poncif courant. Mais, de toute façon, cette idée ne peut mener qu'au désespoir, car si le problème vient des êtres humains, comment pourront-ils trouver une solution ? Ce n'est pas un hasard si quelques "écologistes profonds" ont accueilli le SIDA comme un facteur nécessaire pour élaguer le monde des hommes en trop...

La position des anarcho-primitivistes conduit aux mêmes sombres conclusions. Etre "contre la technologie" c'est aussi être contre le genre humain ; l'homme s'est créé lui-même à travers le travail, et "le travail commence avec la fabrica­tion des outils" (Engels, "Le rôle du travail dans la trans­formation du singe en homme", in "La dialectique de la nature"). La logique de la position anti technologique est d'essayer de revenir à un passé pré humain, quand la nature n'était pas dérangée par les bouleversements de l'activité humaine : "L'animal utilise seulement son environnement et y apporte des changements par sa simple présence ; l'homme par ses changements l'adapte à ses fins, le maîtrise. C'est la distinction finale, essentielle entre l'homme et les autres animaux. " (ibid.)

Mais même si les anti technologistes pouvaient se contenter d'un retour à une culture humaine à l'étape de la cueillette et de la chasse, le résultat serait identique puisque les conditions matérielles d'une telle société présupposent une population mondiale inférieure à quelques millions. Ces conditions ne pourraient être instaurées que par une "éli­mination sélective" massive des êtres humains, quelque chose que le capitalisme, dans son agonie, nous prépare dès à présent. Donc ces écologistes "radicaux", produits de la désintégration de la petite-bourgeoisie, classe qui n'a pas de futur historique et qui ne peut que se retourner sur un passé qu'elle idéalise, deviennent les théoriciens et apo­logistes d'une descente dans la barbarie qui est déjà bien en marche.

Contre ces idéologies nihilistes, le marxisme, exprimant le point de vue de la seule classe qui possède un futur aujourd'hui, insiste sur le fait que le cauchemar écologique actuel ne peut pas être expliqué en invoquant des catégories comme l'homme, la technologie ou l'industrie d'une façon totalement vague et a-historique. L'homme n'existe pas en dehors de l'histoire, et la technologie ne peut pas être sépa­rée des relations sociales dans lesquelles elle s'est dévelop­pée. L'interaction de l'homme et de la nature peut seule­ment être comprise dans son véritable contexte social et historique.

L'humanité existe sur la planète depuis environ trois millions d'années. Jusqu'à il y a très peu de temps, à cette échelle géologique, elle vécut au stade du communisme primitif, formant des sociétés qui vivaient de la chasse et de la cueillette et dans lesquelles régnait un équilibre relative­ment stable entre l'homme et la nature (fait reflété dans les mythes et les rituels des peuplades anciennes). La dissolu­tion de cette communauté archaïque et le surgissement d'une société de classes, si elle représente un saut qualitatif dans l'aliénation de l'humanité, a déterminé aussi de nou­velles aliénations de l'homme à la nature. Les premiers cas de destruction écologique intensive coïncident avec les premières villes-Etats. Il ne fait pas de doute que le tout début du processus de déforestation, en même temps qu'il permettait à des civilisations telles que la Sumérienne, la Babylonienne, l'Egyptienne ou autres de développer ainsi une base agricole de large échelle, constituait également un élément qui, à terme, jouera un rôle considérable dans leur déclin et leur disparition.

Mais c'étaient des phénomènes locaux, limités. Avant le capitalisme, toutes les civilisations étaient basées sur une "économie naturelle" : la plus grande partie de la produc­tion était encore orientée vers la consommation immédiate des valeurs d'usage, même si, à la différence du commu­nisme primitif, une large partie était accaparée par la classe dominante. Le capitalisme, par contre, est un système où toute la production est orientée vers le marché, en fonction de la reproduction élargie de la valeur d'échange ; c'est une formation sociale de loin plus dynamique que tout système antérieur, et cette dynamique l'a contraint à marcher inexorablement vers la création d'une économie mondiale. Mais le profond dynamisme et la globalité du capital ont fait que le problème de la destruction écologique a maintenant atteint un niveau planétaire. Parce que ce n'est pas le marxisme, mais le capitalisme, qui est "productionniste dans le fond". Aiguillonné par la compéti­tion, par la rivalité anarchique des unités capitalistes luttant pour le contrôle des marchés, il obéit à une force interne pour s'étendre aux limites les plus lointaines possibles, et dans sa marche sans trêve vers son auto expansion, il ne peut pas s'arrêter pour prendre en considération la santé ou le bien-être de ses producteurs, ou les conséquences écologiques de ce qu'il produit et comment il le produit. Le secret de la destruction écologique, aujourd'hui, se trouve dans le secret profond de la production capitaliste : "Accumulez, accumulez ! C'est Moïse et les prophètes... L'accumulation pour l'intérêt de l’accumulation, la production pour l’intérêt de la production..." (Marx, Le Capital, Livre I, chap. 24, "La transformation de la plus-value en capital").

Le problème, donc, derrière la catastrophe écologique, n'est pas la "société industrielle" dans l'abstrait, comme tant d'écologistes le proclament : jusqu'ici, la seule société in­dustrielle qui ait jamais existé est le capitalisme. Celui-ci inclut bien sûr les régimes staliniens, qui sont une véritable caricature de la subordination capitaliste de la consomma­tion à l'accumulation. Ceux qui blâment le marxisme pour les ravages écologiques dans les pays de l'Est accordent simplement leur voix à la clameur sur la "faillite du com­munisme" que la bourgeoisie occidentale pousse depuis l'effondrement du bloc impérialiste de l'Est. Le problème ne réside pas dans telle ou telle forme du capitalisme, mais dans les mécanismes essentiels d'une société qui ne se développe pas en harmonie consciente avec les besoins de l'homme et avec ce que Marx appelait le "corps inorga­nique" de l'homme, la nature, mais une société qui se développe "pour se développer".

Toutefois, le problème écologique a également une histoire spécifique dans le capitalisme. Déjà, dans la période ascen­dante du capitalisme, Marx et Engels avaient, à de nom­breuses occasions, dénoncé la façon dont la soif de profit de ce système empoisonnait les conditions de travail et d'existence de la classe ouvrière. Ils considéraient même que les grandes cités industrielles étaient dès cette époque devenues trop grandes pour fournir les bases de commu­nautés humaines viables, et ils considéraient "l'abolition de la séparation entre les villes et la campagne" comme une composante à part entière du programme communiste (on imagine ce qu'ils auraient dit au sujet des mégalopoles de la fin du 20e siècle...).

Mais c'est essentiellement dans la période présente du capitalisme, époque qui depuis 1914, a été définie par les marxistes comme celle de la décadence de ce mode de pro­duction, que la destruction impitoyable de l'environnement par le capital prend une autre dimension et une autre qualité, tout en perdant la moindre justification historique. C'est l'époque dans laquelle toutes les nations capitalistes sont obligées de se concurrencer dans un marché mondial sursaturé ; une époque, par conséquent, d'économie de guerre permanente, avec une croissance disproportionnée de l'industrie lourde ; une époque caractérisée par l'irrationnel, le dédoublement inutile de complexes indus­triels dans chaque unité nationale, le pillage désespéré des ressources naturelles par chaque nation essayant de sur­vivre dans un combat de rats sans merci pour le marché mondial. Les conséquences de tout ça pour l'environnement sont claires comme le cristal ; l'intensification des pro­blèmes écologiques peut être mesurée selon les différentes phases de la décadence capitaliste. Le premier développe­ment des émissions de dioxyde de carbone s'est effectué durant ce siècle avec un accroissement considérable depuis les années 1960. Les CFC ont été inventés au cours des années 1930 et ont été utilisés massivement seulement lors de ces dernières décennies. Le surgissement des "mégalopoles" est surtout un phénomène d'après la seconde guerre mondiale, de même que le développement des types d'agriculture qui n'ont pas été moins dommageables écologiquement que la plupart des types d'industrie. La destruction effrénée des forêts amazoniennes s'est opérée dans la même période, et particulièrement entre 1980 et 1990 : son taux a alors pro­bablement doublé.

Ce que nous voyons aujourd'hui est la culmination de décennies d'activité militaire et économique anarchique, de gaspillage et d'exploitation irrationnelle de la part du capi­talisme décadent ; l'accélération qualitative de la crise écologique au cours des années 1980 "coïncide" avec l'ouverture de la phase finale de la décadence capitaliste - la phase de décomposition. Par cela nous voulons dire qu'après vingt ans de crise économique profonde et tou­jours pire, pendant lesquelles aucune des forces sociales déterminantes de la société n'a été capable d'imposer sa propre perspective historique de guerre ou de révolution mondiale, tout l'ordre social commence à s'effriter, à des­cendre dans une spirale incontrôlée de chaos et de destruc­tion (voir dans Revue Internationale, n° 62, "La décomposi­tion, phase finale de la décadence capitaliste").

Le système capitaliste a depuis longtemps cessé de repré­senter un quelconque progrès pour l'humanité. Les consé­quences écologiques désastreuses de sa "croissance" depuis 1945 sont une démonstration de plus que son développe­ment a pris place sur une base malade, destructive, et constitue un camouflet pour tous les "experts" - dont mal­heureusement certains figurent dans le mouvement poli­tique prolétarien - qui mettaient en avant ce développement afin de combattre la notion marxiste de la décadence du capitalisme.

Mais cela ne signifie pas que les marxistes -à la différence de la bourgeoisie aujourd'hui, et de tous ses parasites petits-bourgeois- abandonnent la notion de progrès ou font de quelconques concessions aux préjugés anti technologie des "verts" radicaux.

Le concept marxiste de progrès n'a jamais été le même que celui, unilatéral, de la bourgeoisie, la notion linéaire d'une ascension stable des ténèbres primitives et de la supersti­tion à la clarté de la raison moderne et de la démocratie. Le concept marxiste est une vision dialectique qui reconnaît que le progrès historique s'est fait à travers le choc des contradictions, qu'il a entraîné des catastrophes et même des régressions, que l'avancée de la "civilisation" a aussi signifié raffinement de l'exploitation et l'aggravation de l'aliénation de l'homme par rapport à lui-même et du divorce de l'homme d'avec la nature. Mais il admet aussi que la capacité croissante de l'homme à transformer la nature à travers le développement de ses forces productives, à soumettre les processus inconscients de la nature à son propre contrôle conscient, fournit les seules bases pour dépasser cette aliénation et arriver à une forme plus élevée de la communauté que le communisme limité des temps primitifs, c'est-à-dire à un monde élargi, une communauté unifiée qui sera fondée non pas sur la pénurie et la submersion de l'individu dans le collectif, mais sur un niveau d'abondance sans précédant qui fournira "les conditions matérielles pour le développement total, universel des forces productives de l'individu" (Marx, Grundrisse). En créant les bases pour la communauté humaine totale, le capitalisme a représenté un pas immense pour dépasser les économies naturelles qui l'ont précédé.

Aujourd'hui, la notion de "contrôle" de la nature a été vile­ment déformée par l'expérience du capitalisme, qui a traité toute la nature simplement comme une autre marchandise, comme un sujet mort, comme quelque chose d'essentiellement externe à l'homme. A l'opposé de cette vision -mais aussi contre le culte passif de la nature qui pré­vaut parmi beaucoup de "verts" aujourd'hui-, Engels a défini la position communiste quand il écrivait :

"A chaque pas il nous est rappelé, qu'en aucune façon, nous ne régnons pas sur la nature comme un conquérant sur un peuple étranger, comme quelqu'un étant en dehors de la nature, mais que nous, avec notre chair, notre sang et notre cerveau, appartenons à la nature, existons en son sein, et que toute notre supériorité consiste dans le fait que nous avons l'avantage sur toutes les autres créatures d'être capables d'apprendre ses lois et de les appliquer correctement." (Ibid.)

En vérité, en dépit de toutes ses prétendues conquêtes, le capitalisme dévoile aujourd'hui que son contrôle sur la nature est le "contrôle" des apprentis sorciers, pas du sor­cier lui-même. Il a jeté les bases pour une maîtrise réelle­ment consciente de la nature, mais sa pratique profonde transforme toutes ses réussites en catastrophe. Comme disait Marx :

"Au fur et à mesure que l'humanité maîtrise la nature, l'homme semble être de plus en plus soumis aux autres hommes ou à sa propre infamie. Même la clarté pure de la science semble incapable de briller si ce n'est sur un fond d'ignorance noire. Toutes nos inventions et tous nos progrès semblent aboutir à doter les forces matérielles d'une vie intellectuelle et à déshumaniser la vie humaine en la réduisant à une force matérielle". (Discours à l'anniversaire de Peoples Paper, avril 1856). Aujourd'hui, cette contradiction a atteint un tel degré que l'humanité se trouve à un moment fatidique de son histoire, devant le choix entre, d'un coté, le contrôle conscient de ses propres forces sociales et productives, et donc une "application correcte" des lois de la nature, et de l'autre, la destruction aux mains des forces mêmes qu'elle a mises en marche. Autrement dit, le choix entre le communisme ou la barbarie.

Seule la révolution prolétarienne peut sauver la planète

Si le communisme est la seule réponse à la crise écologique, la seule force capable de créer une société communiste, c'est la classe ouvrière.

Tout comme les autres aspects de la décomposition de la société capitaliste, la menace qui pèse sur l'environnement souligne le fait que, plus le prolétariat tarde à faire sa révolution, plus grand est le danger que la classe révolu­tionnaire soit minée et épuisée, que le cours vers la des­truction et le chaos n'atteigne le point de non-retour qui rendrait la lutte pour la révolution et la construction d'une société nouvelle une tâche impossible. Dans la mesure où elle souligne l'urgence grandissante de la révolution communiste, la conscience de la profondeur des problèmes écologiques actuels jouera un rôle dans la transition entre les luttes prolétariennes défensives au niveau économique et un combat conscient et politique contre le capital dans son ensemble.

Mais il serait faux de croire qu'aujourd'hui, la question de l'écologie puisse en soi être un axe pour la mobilisation du prolétariat sur son propre terrain de classe. Bien que cer­tains aspects limités du problème (par exemple, la santé, la sécurité dans le travail) puissent s'intégrer dans des reven­dications de classe véritables, la question en tant que telle ne permet pas au prolétariat de s'affirmer comme force sociale distincte. Au contraire, comme nous l'avons vu, elle fournit à la bourgeoisie un prétexte idéal pour ses campagnes interclassistes, et les ouvriers vont devoir résister activement aux tentatives de la bourgeoisie, et particulièrement de ses éléments "verts" et gauchistes, de se servir de la question pour les dévoyer de leur propre terrain de classe. Il reste donc vrai que c'est surtout en se battant contre les effets de la crise économique - contre les baisses de salaire, le chômage, l'appauvrissement à tous les niveaux - que les ouvriers vont pouvoir se constituer en force capable d'affronter l'ensemble de l'ordre bourgeois.

La classe ouvrière ne pourra prendre en charge la question écologique dans sa totalité qu'après avoir pris le pouvoir politique au niveau mondial. Il doit même être évident que cela constituera une des tâches les plus urgentes de la période de transition, intimement liée qu'elle est de toute façon avec d'autres problèmes pressants tels que la faim et la réorganisation de l'agriculture.

Nous ne pouvons pas, faute de place, entrer ici dans une discussion détaillée des mesures que devra prendre le pro­létariat afin de redresser la situation désastreuse que nous lègue le capitalisme, et aller vers un rapport qualitativement nouveau entre l'homme et la nature. Ici, nous voulons seulement souligner un point : les problèmes auxquels sera confronté un prolétariat victorieux seront fondamentale­ment d'ordre non pas technique mais politique et social.

L'infrastructure technique et industrielle est profondément déformée par l'irrationalité du développement capitaliste dans l'époque présente, et il faudra certainement en démo­lir une bonne partie avant de pouvoir créer une base de production qui ne nuise pas à l'environnement naturel. Cependant, au niveau purement technique, de nombreuses alternatives ont déjà été développées, ou pourraient l'être si on y consacrait des ressources suffisantes. Il est dès mainte­nant possible, par exemple, dans les centrales électriques brûlant des hydrocarbures, d'éliminer la plupart des émis­sions de dioxyde de carbone et autres substances nuisibles, tout en réutilisant 100 % des déchets ou presque. De la même façon, il est déjà possible de développer d'autres sources d'énergie - solaire, éolienne, marine, etc.- qui sont à la fois renouvelables et non polluantes; des possibilités énormes existent également dans la fusion nucléaire, qui pourrait résoudre beaucoup des difficultés rencontrées avec la fission.

Le capitalisme a déjà développé ses capacités techniques au point de pouvoir résoudre le problème de la pollution. Mais le fait que la véritable question est de nature sociale est souligné par les nombreux cas où les intérêts capitalistes économiques ou militaires à court terme n'ont pas permis à la bourgeoisie de développer des technologies non pol­luantes. Nous savons par exemple qu'après la seconde guerre mondiale, les industries américaines du pétrole, du gaz, et de l'électricité ont monté toute une campagne pour étouffer l'énergie solaire; nous avons récemment appris que le gouvernement britannique a collaboré à l'élaboration d'un rapport dont les chiffres étaient falsifiés afin de démontrer que les centrales nucléaires coûteraient moins cher que les centrales maritimes ; l'industrie automobile, de même, a longtemps résisté au développement de moyens de transport moins polluants, etc.

Mais la question est plus profonde que la politique consciente de tel ou tel gouvernement ou industrie. Comme nous l'avons vu, le problème se trouve à la base même du mode de production capitaliste, et ne peut être résolu qu'en s'attaquant aux racines de ce mode de production.

Le capital détruit l'environnement sans s'en soucier, parce qu'il doit croître pour croître ; la seule réponse est donc de supprimer le principe même de l'accumulation capitaliste, de produire non pas pour le profit, mais pour satisfaire les besoins humains. Le capital ravage les ressources du monde parce qu'il est divisé en unités nationales concurrentes, parce qu'il est fondamentalement anarchique et produit en ne pensant pas au futur ; la seule solution consiste par conséquent dans l'abolition de l'Etat national, la mise en commun de toutes les ressources naturelles et humaines de la terre, et l'établissement de ce que Bordiga appelait "un plan de vie pour l'espèce humaine". Bref, le problème ne eut être résolu que par une classe ouvrière consciente du besoin de révolutionner les bases mêmes de la vie sociale, et qui détienne les instruments politiques pour assurer une telle transition à la société communiste.

Organisé à l'échelle mondiale, amenant dans son sillage toutes les masses opprimées du monde, le prolétariat inter­national peut et doit mettre en oeuvre la création d'un uni­vers où une abondance matérielle sans précédent ne com­promettra pas l'équilibre de l'environnement naturel, ou plutôt, où l'une sera la condition de l'autre ; un monde où l'homme, enfin libéré de la domination du travail et de la pénurie, pourra commencer à jouir de la planète. C'est cela sûrement le monde que Marx a entrevu, à travers l'épais brouillard d'exploitation et de pollution dans lequel la civili­sation capitaliste a plongé la terre, quand il prévoyait, dans les Manuscrits de 1844, une société qui exprimerait l’unité de l'être de l'homme avec la nature - la véritable résurrection de la nature -, la naturalisation de l'homme et l'humanisation de la nature enfin accomplies"

CCI - www.internationalism.org

> Pour répondre à Poufff…

Sur deux questions posées par Poufff et qui ont le mérite d'être fondamentales :

« Seule la classe ouvrière peut construire un monde en harmonie avec la nature » signifie que pour le marxisme, qui n'est pas un DOGME mais une MÉTHODE d'analyse, la classe ouvrière est révolutionnaire parce qu'elle est capable de détruire l'ordre existant et d'en construire un autre, sans exploitation ni aliénation. Dans ce sens, la phrase ci-dessus dit que seul le communisme, débarrassé de la production marchande, de la loi de la valeur et des rapports guerriers - puisqu'il n'y a plus de conflits d'intérêts - permettra de coordonner la société et de le faire dans le sens des besoins humains, notamment sans saccager l'environnement de façon incontrôlable.

La seconde phrase montre que les luttes ouvrières n'ont pas le même moteur, la même motivation que la société capitaliste dans son ensemble : la classe ouvrière ne peut lutter efficacement qu'unie et solidaire, la bourgeoisie vit dans la concurrence. C'est pour cela que la classe ouvrière, dans son fonctionnement actuel, montre ses potentialités à détruire le capitalisme et construire une société future.

C'est peut-être de l'orthodoxie marxiste, mais il y a eu suffisamment de luttes ouvrières importantes ces dernières années pour montrer que ce n'est pas dénué de lien avec le réel. Ce n'est pas parce qu'on utilise une méthode qu'on ne sait pas l'appliquer au réel. Ce n'est pas simple, on peut critiquer la méthode et son application au réel, mais pas reprocher au CCI d'avoir une méthode !

Ceci dit, on peut continuer à réfléchir sans cadre ni livres, et rester condamné à l'incompréhension, à l'amnésie et à l'idéologie dominante, qui n'a pas besoin de livres pour fonctionner, au contraire...