Révoltes de retenus en Italie

Mot-clefs: Immigration/sans-papierEs/frontieres
Lieux:

Les réactions à la loi sécuritaire qui vient de passer en Italie
Le samedi 8 aout, la nouvelle loi sécuritaire italienne dite "paquet sécurité" est entrée en vigueur.
Cette loi, entre autres, instaure des rondes sécuritaires effectuées par des milices citoyennes, crée un nouveau délit, celui d'immigration et séjour clandestin et allonge la durée de rétention à 180 jours, c'est à dire 6 mois contre 2 mois auparavant.
Dès l'entrée en vigueur de ce "paquet sécurité", les retenus de plusieurs centres de rétention se sont rebellés : émeute à Gradisca d'Isonzo (frontière italo-slovène) qui a détruit une partie du centre, grèves de la faim et émeutes à Milan et Turin, grève de la faim et de la soif à Rome, émeute à Lamezia Terme (Calabre).
Les autorités ont tenté de briser la lutte en prétendant que le passage à 6 mois de rétention ne toucherait pas ceux qui ont été enfermés avant le 8 aout. Cette tentative d'arrêter les révoltes a été vaine. Comme l'ont dit ceux de Milan, chacun/e avec son histoire et sa langue mais tous ensemble dans la lutte : "on le fait aussi pour ceux qui viendront après nous".

Après les dissuasions par la ruse et la "diplomatie", l'usage de la force et de la violence pour mater les révoltés a repris ses droits :
- à Gradisca, une quarantaine de retenus ont été transférés dans un autre centre et doivent être expulsés très rapidement,
- à Milan 14 retenus dont 5 femmes ont été arrêtés pour "résistance" et croupissent en prison en attendant leur jugement le 21 aout
- à Turin, la police antiémeute se ballade entre les cellules, frappant et perquisitionnant avec chiens et photos les cellules des rebelles. Le personnel du centre, notamment la Croix Rouge, refuse aux retenus en grève de la faim les "services" auxquels ils ont droit (achat d'eau potable, de recharges téléphoniques et de journaux)

Les retenu/es de Milan et ceux de Turin sont en contact entre eux et dehors, la solidarité s'organise : récoltes de témoignages de l'intérieur diffusés sur des radios militantes, rassemblements extérieurs, tentative de blocage des transferts disciplinaires, présence et manifestations au tribunal pour soutenir celles et ceux inculpés de résistance.

Ci-dessous, vous trouverez les traductions de quelques uns des messages envoyés par les camarades italiens (commencez par la fin pour la chronologie) ainsi que les liens pour écouter les témoignages des retenus (en italien mais aussi en arabe). Sous les messages des camarades italiens, quelques liens sur des articles de presse.

Témoignages des centres :

*Vendredi 14 aout*,
Milan
Nous avons appris qu'au centre de la via Corelli la police est en train d'effectuer une grande opération de transfert de détenus vers le Cie de Bari, de toute évidence avec l'idée de briser la résistance et la solidarité des prisonniers en lutte.
Parmi les transférés, il est aussi l'un des protagonistes de l'insurrection de Gradisca, la semaine dernière.
Les 14 retenus mis en garde à vue hier pour "résistance" ont été déférés au tribunal. Alors que les manifestants présents criaient "Liberté !", leur comparution a été reportée au 21 aout. En attendant ils vont en prison.

Turin
23h
Après une journée entière à téléphoner et insister, la Croix Rouge a cédé et a distribué de l'eau potable aux retenus de Brunelleschi qui nous demandent de remercier toutes celles et ceux qui ont été solidaires :"ragazzi, siete grandi!"
Une vingtaine de retenus sont montés sur le toit pour manifester contre leur enfermement.

16h
La situation est toujours bloquée par rapport à l'eau potable.
Beaucoup de personnes solidaires appellent le centre pour protester (0115589918 - 0115588778 - 0115589815) et les fonctionnaires sont très irrités et ne répondent plus au téléphone : en fait, donc, le standard est bloqué. Continuons ainsi de cette façon jusqu'à ce qu'ils donnent leur eau.

14 h
Tout à l'heure, un garçon a été sérieusement blessé sa tête ayant été battue contre
la porte, il y a beaucoup de sang sur le plancher et la Croix-Rouge ne fait rien,
bien au contraire ils blaguent, rient et envoient promener les retenus.
De plus, depuis ce matin, la Croix-Rouge refuse de donner de l'eau à ceux qui sont en
grève de la faim : mangez et vous boirez, disent ils, sinon rien.
S'il vous plaît continuer à appeler le centre pour protester. Il y a
un nouveau numéro, par rapport à l'habitude: 0115589918.
Et puis les numéros habituels: 0115588778 et 0115589815
Lamezia Terme (Calabre)

Une cinquantaine de retenus du CIE ont incendiés matelas et autre mobilier pour protester contre la nouvelle durée d'enfermement. 4 personnes ont été identifiées comme "leaders" par les flics et font l'objet d'une enquête.

Jeudi 13 aout

Après avoir découvert que pour beaucoup d'entre eux la rétention avait été prolongée de 2 mois, les détenus de Corelli se sont de nouveau soulevés.La police anti émeute est alors entrée en action en utilisant des canons à eau et en tentant d'entrer dans les
cellules. Peut-être que certains détenus ont alors été battus.
Après deux assauts manqués des flics il y a eu un moment de calme, puis la bataille a repris.
Finalement, la police a réussi à pénétrer dans les dortoirs, et à rétablir «le calme. "
Il y a beaucoup de blessés et il n'y a pas de nouvelles des femmes: dans leur section, il y a encore des tensions, elles sont terrorisées et ont peur de parler. Ecoutez les témoignages dramatiques que nous avons recueillis à la fin de la bataille, témoignages de 2 retenus qui sont actuellement enfermés dans deux pièces différentes.

à l'écoute directe: http://www.autistici.org/macerie/?p=17913

Mercredi 12 aout

Deux nouvelles flammes se sont allumées dans les CIE contre l'entrée en vigueur du paquet sécurité. Tout d'abord via Corelli à Milan. Là, la grève de la faim en est à son 5ème jour. Le mouvement a commencé vendredi soir avec la grève de la faim et de soif, en liaison avec la mobilisation déjà en cours à Rome,. Puis il y a eu l'émeute à Gradisca d'Isonzo, le lendemain.

Aujourd'hui, une trentaine de militants antiracistes sont allés devant le CIE et ont demandé à l'administration de pouvoir rencontrer les grévistes et de leur amener des boissons. Lorsque l'administration a refusé la rencontre, à l'intérieur l'émeute a éclaté.Tout d'abord une manif puis des draps et divers cartons incendiés et une série de dégradations (en particulier contre les portes qui empêchent les détenus de sortir prendre l'air pendant la nuit). La police a décidé de ne pas intervenir, à la différence des autres fois, et dehors durant 3 h les personnes rassemblées manifestent bruyamment de concert et en solidarité avec les retenus.

Et à la fin de cet après-midi de protestation à Milan on a su que l'extension de la grève de la faim était en cours au centre Brunelleschi, à Turin.
Et puis, il y a eu des rencontres importantes, déjà, parce que 34 rebelles de Gradisca ont été transférés aujourd'hui à Corelli, en vue d'une expulsion, et ont pu ainsi rencontrer leurs camarades de Milan avec qui ils étaient déjà en contact les jours précédents.

Écouter le témoignage d'un retenu de Corelli

http://www.autistici.org/macerie/?p=17833

En plein milieu de l'émeute de Corelli, les détenus du CIE Brunelleschi (Turin) ont décidé d'entrer en lutte, refusant de dîner.
Dès que la police s'est rendue compte que quelque chose n'allait pas, les flics ont commencé à se mettre en position autour des cages (cellules) avec des matraques, craignant une révolte. Mais le bruit se répand et les gens solidaires à l'extérieur, commencent à appeler le standard du Cie en protestation ( «Il y en a des millions qui nous ont appelés» - se plaint-on au standard des flics). La police s'est retirée en bon ordre.

Écouter en direct annonçant la grève de la faim en cours Brunelleschi et un appel en arabe sur

http://www.autistici.org/macerie/?p=17833

Lundi 10 aout
L'émeute à Gradisca
Comme nous vous l'avions promis, voici l'histoire de l'émeute de samedi dernier à Gradisca. Toit occupé, jets de bouteilles d'une part, matraques et gaz lacrymogènes de l'autre. La police n'est toujours pas remise de l'attaque surprise et pour le moment se limite à enfermer les retenus dans les dortoirs, sans eau et sans nourriture, en leur imposant des perquisitions fréquentes. Bref, il s'agit de les mettre en prison. Le paquet
sécurité, adopté au Parlement, signé par le Président de la République, publié au Journal officiel, déclenche la première bataille. Ce ne sera pas la dernière.

Ecoutez l'histoire de l'un des détenus sur
http://www.autistici.org/macerie/?p=17763

“Compagnie”
“Comme ça vous avez de la compagnie !”.C'est la réponse donnée par un agent de
garde des Finances de Ponte Galeria aux recluses qui protestaient contre les rats
qui courent autour de la merde qui déborde des toilettes toujours bouchées de la section des femmes. Subtilités des hommes en uniforme qui éclairent ainsi avec des milliers d'autres commentaires les conditions concrètes de vie dans ces centres que le gouvernement voudrait de plus en plus nombreux, de plus en plus grands, de plus en plus remplis de gens. Draps jamais lavés, asticots dans la nourriture, l'eau rationnée, l'incapacité à communiquer avec l'extérieur ... écoutez l'interview qui suit, et
avoir une idée précise exactement ce qui se cache derrière ces maudits barreaux. Dans le contexte de l'entrevue, l'histoire de la maladie de coeur du retenu Algérien, «disparu» après un passage à tabac il ya exactement 1 semaine, le rôle indigne des entreprises qui s'enrichissent sur la peau des détenus et le besoin de cohésion parmi ces prisonniers qui viennent d'horizons différents - chose qui est toujours difficile àmettre en place et qui, au moins à Ponte Galeria, semble encore loin, contrairement à l'autre "Babel" celle de Via Corelli à Milan.

Ecoutez l'interview d'Anna sur
http://www.autistici.org/macerie/?p=17743