Nouveaux affrontements avec les forces de l'ordre à Caen

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Une semaine après des affrontements avec des forces de l'ordre devant le campus, l'action du mardi 5 mai s'est de nouveau terminée avec des affrontements.
A cause de l'Ag de la matinée qui s'est terminée tard, le rendez vous pour cette nouvelle manif'action avait été décalé à 15h. Pour une fois depuis quelques semaines, le nombre de manifestants est en net augmentation. Avec ce qui s'est passé lors de la dernière action, les policiers sont sur le qui-vive. Deux d'entre eux ont rapidement repéré le petit jeu de certains manifestants qui étaient déjà cagoulés. En effet, une réserve de palettes, de pneus et de grilles a été aménagé dans le renfoncement du bâtiment Lettres coté rue du magasin à poudre. Ces diverses objets sont amenés sur la chaussée par plusieurs personnes comme la semaine précédente. Cette fois-ci, les barricades sont érigées beaucoup plus méthodiquement afin qu'elles résistent à une éventuelle charge. Les manifestants postés sur la pelouse sont invités par les mégaphones à occuper la chaussée. Mais contrairement à la fois précédente, tout ne va pas se passer comme les manifestants l'avaient pensé. En effet, à peine 10 minutes après la construction de la première barricade, un escadron de gendarmes mobiles fait son apparition rue Lecornu. Il se déploie assez rapidement et certains manifestants commencent déjà à quitter la chaussée. Les barricades sont renforcées à la hâte mais cela ne suffit pas. 5 minutes après leurs arrivés, les gendarmes mobiles marchent en direction d'une des barricades. Celui qui semble être le directeur adjoint de la sécurité publique du Calvados annonce par mégaphone qu'il va faire usage de la force. A 15h15, les gendarmes opèrent leur mouvement tout en lançant une salve de lacrymogènes sur la barricade. Les manifestants reculent presque instantanément. Les gendarmes poursuivent leur progression et pénètrent en partie sur le domaine universitaire puisqu'ils sont bien au delà de l'arrêt de tram. Au bout de deux minutes, ils effectuent un retrait jusqu'à la chaussée. Les manifestants qui s'étaient massés sur la pelouse avancent progressivement afin de réoccuper l'espace qu'ils venaient d'abandonner. Quelques slogans hostiles aux forces de l'ordre sont chantés. Pendant ce temps là, des gendarmes et des policiers déblaient les barricades. Le face à face dure une bonne vingtaine de minutes. Pour faire patienter l'assistance, les étudiants du CASC jouent des saynètes en rapport avec les actions précédentes. Des agents du service nettoyage de la mairie, pendant ce temps, continuent de déblayer les barricades et mettent tout le matériel sur des camions.

A 15h55, les gendarmes effectuent un retrait sous quelques applaudissements des manifestants. Ces derniers reprennent la chaussée laissée libre par les forces de l'ordre. Quelques pneus, laissés en réserve, sont disposés en rangée devant les manifestants afin de « singer » une nouvelle barricade. Les gendarmes mobiles leur font face en ligne à une dizaine de mètres. Quelques manifestants lancent en leur direction des mottes de terre sans jamais les atteindre. Vers 16h05, des personnes sont allées récupérer une poubelle qu'ils ont enflammé. Ils la poussent en direction des forces de l'ordre mais celle-ci s'écrase sur la voie de tram, répandant son contenu qui s'embrase lui aussi. Ce n'est pas du goût de la police qui demande aux gendarmes d'envoyer une nouvelle salve de lacrymogènes. Comme pour la charge précédente, les gendarmes pénètrent légèrement sur le campus ; la BAC, tente, sans succès de procéder à des interpellations. Une jeune fille, qui a un problème de claudication, tombe et les policiers tentent de l'interpeller mais les manifestants, voyant la situation, reviennent immédiatement à la charge et lancent tout ce qu'ils trouvent sur les policiers afin d'éviter l'interpellation. Une militante arrive à prendre en charge la jeune fille qui de suite amenée à l'infirmerie de l'université située dans le bâtiment Inscriptions. La jeune fille passera la nuit en observation au CHU. Cette tentative d'interpellation énerve plus qu'autre chose une bonne partie des manifestants. Ils n'hésitent pas à lancer des cailloux sur les gendarmes et policiers alors que ces derniers tentaient par tous les moyens de retirer la poubelle en feu. Ils sont obligés de l'abandonner et de se replier sur la chaussée. La situation se fige ainsi pendant dix bonnes minutes. La BAC traine ensuite la poubelle hors de portée des manifestants pour que les pompiers puissent l'éteindre. Après cinq minutes, les gendarmes se retirent de quelques mètres , ils reçoivent en passant quelques projectiles. Les manifestants réavancent en formant une chaîne au cri de « la répression ne nous fera pas plier ». La chaussée est de nouveau investie par les manifestants. La poubelle continue de se consommer. Mais les pompiers ne sont pas encore autorisés à l'éteindre, il s'y approchent juste pour constater les dégâts. Les manifestants leur chantent « les pompiers avec nous ».
Beaucoup de manifestants sentent bien que l'intervention des pompiers est liée à la non occupation de la chaussée par ces mêmes manifestants. Après cinq minutes, les gendarmes lancent un nouvelle salve de lacrymogènes, la BAC, quant à elle, lance des grenades assourdissantes. Et l'histoire se répète, les gendarmes foncent vers le campus. Malheureusement, une jeune fille tombe sur la voie de tram. Elle est immédiatement interpellée par cinq policiers de la BAC. Ils la trainent sur quelques mètres puis la remettent debout et l'amène vers les fourgons des gendarmes. Elle se trouve alors assise entre des policiers. L'un d'eux lui demande de se mettre sur le dos, elle lui répond qu'elle est déjà sur le dos. Il lui redemande la même chose, elle donne la même réponse. Enfin, il lui intime l'ordre de se mettre sur le ventre (sic). Elle est alors menottée et emmenée à l'hôtel de police. Pendant ce temps, les pompiers éteignent le feu de poubelle. Les manifestants reviennent près de la station de tram d'autant plus énervés par cette interpellation. Ils chantent « libérer notre camarade ». Plusieurs personnes lancent des projectiles en direction des forces de l'ordre.

Dix minutes après l'interpellation, une nouvelle poubelle est enflammée et lancée vers les gendarmes. Elle obtient le même sort que sa consœur en s'écrasant sur la voie de tram. A même cause, même effet : les lacrymogènes pleuvent sur la pelouse du campus et les gendarmes s'avancent jusqu'au niveau de la poubelle qu'ils protègent pour que des policiers l'éloignent du campus. Les détritus se consument et les gendarmes effectuent un petit retrait. D'autres poubelles sont récupérées et placées afin de construire un petit muret. Une nouvelle poubelle est enflammée puis lancée ; elle ne quitte même pas le campus. Les gendarmes et policiers ne réagissent pas. Des bouts de trottoir sont cassés afin d'en faire des projectiles. Ceux-ci sont ensuite jetés sur les gendarmes mobiles qui, cette fois, réagissent immédiatement avec une charge et des lacrymogènes. La BAC longe le bâtiment Inscriptions et vient lancer des grenades assourdissantes dans la foule qui fuit. Cette charge est plus importante que les précédentes par l'ampleur des grenades lancées car une bonne partie des manifestants se réfugie dans la cour d'honneur ; la pelouse est alors noyée par un nuage de lacrymogène et presque déserte. Les pompiers font leur travail sous la protection des gendarmes. Voyant que les manifestants reviennent vers eux, de nouvelles lacrymogènes sont lancées pour les en empêcher. Il faut plusieurs lancés pour mettre les manifestants à distance. Mais rien n'y fait. La détermination des étudiants est plus grande.

A 16h45, les gendarmes effectuent une légère avancée sur le campus. A cette occasion, un gendarme loupe le quai du tram et tombe sur la voie, son collègue qui le suivait tombe aussi. Cela provoque l'hilarité parmi les manifestants témoins de la scène. Plusieurs grenades assourdissantes résonnent entre les deux bâtiments entourant la pelouse. Les gendarmes reviennent ensuite sur la chaussée. Quelques projectiles sont lancés en leur direction. Ils répliquent par une grenade lacrymogène mais qui n'explose pas. Un nouveau face à face a lieu entre forces de l'ordre et manifestants. Il est interrompu par des jets de pierres puis un nouveau lancé de poubelle enflammée. Les gendarmes remettent les pieds sur le campus et les policiers enlèvent les poubelles qui n'ont pas toutes été enflammées. Mais les forces de l'ordre sont obligés de laisser une des poubelles à cause des jets de pierre qui s'intensifient. Ils reculent légèrement et envoient de la lacrymo. La poubelle abandonnée commence progressivement à s'enflammer sous les yeux impuissants des gendarmes mobiles. Ils la laissent se consumer tranquillement puis forment une chaîne pour afin que les pompiers l'éteignent de loin grâce à leur lance. Après que l'incendie soit maitrisé, des projectiles pleuvent de nouveau sur les gendarmes qui répliquent à coup de lacrymogène. Quelques grenades atterrissent même au pied du bâtiment Lettres. Après cette dernière charge, la pelouse est assez dégagée, les pompiers finissent d'éteindre les derniers détritus enflammés. Les gendarmes sont à la limite du campus et seuls quelques téméraires vont en leur direction pour leur jeter des projectiles. Ils reçoivent immédiatement des grenades lacrymogènes. Il est alors 17h15. Quelques étudiants commencent à revenir vers le phénix mais le gros de la troupe reste tranquillement dans la cour d'honneur. Les salves de lacrymogènes se succèdent afin de dégager la pelouse. Quelques grilles sont amenées afin de constituer une protection si d'aventure les gendarmes pénétreraient un peu profondément sur le campus.

Les manifestants sont désormais sur la pelouse formant un groupe d'environ 250 personnes. Ils ont l'air de se concerter puisqu'un petit groupe s'en détache et s'avance à toute vitesse vers les forces de l'ordre pour leur jeter des projectiles. Les gendarmes répliquent par des grenades lacrymogènes mais elles sont mal lancées et atterrissent quelques mètres devant eux. L'opération est renouvelé une deuxième fois mais les gendarmes mobiles réagissent plus rapidement et les lacrymogènes font fuir les manifestants. A 17h30, le campus est de nouveau noyé sous une nuage de fumée. Après cette dernière intervention, les gendarmes se retirent sur la chaussée puis repartent vers la rue Lecornu afin de regagner leurs camions. Les gendarmes mobiles quittent les lieux sous quelques applaudissements. Les manifestants se réapproprient la chaussée peu à peu, quelques uns lancent des petits projectiles en direction des policiers en civil qui observent les événements du côté de l'esplanade de la paix. Un pneu est enflammé par les manifestants. A 17h55, les manifestants se rassemblent autour du mégaphone, il est question d'aller montrer sa solidarité avec la personne interpellée. Il est aussi proposé d'y aller pacifiquement, non masqué afin d'éviter de nouvelles interpellations. A 18h, un cortège d'environ 1 500 personnes prend forme et descend le Gaillon. Il est assez impressionnant par son nombre mais aussi par son ambiance. D'un seul poumon, les manifestants crient « la répression ne nous fera pas plier ». Le cortège passe par les fossés Saint Julien puis remonte vers la place du Canada. Les manifestants s'engagent dans la rue Saint Nicolas afin d'arriver vers l'hôtel de police par le magasin Leclerc. Arrivés au niveau de l'église Saint Nicolas, ils sont informés qu'il y a bel et bien qu'une personne interpellée contrairement aux rumeurs qui circulaient depuis le départ du phénix. Les manifestants s'engagent dans la rue Thibout de la Fresnaye et s'arrêtent juste devant l'hôtel de police. Celui-ci est bien gardé par des policiers en tenue de maintien de l'ordre. Du côté du Leclerc, les gendarmes mobiles se sont déployés afin d'empêcher les manifestants de rebrousser chemin. Des slogans de solidarité sont scandés en faveur de l'interpellée. Les manifestants restent devant le commissariat vingt bonnes minutes. A 18h45, le cortège repart vers la fac en empruntant le boulevard Dunois puis l'avenue de Creuilly. Certains, au passage du Gaillon, en profitent pour aller se rafraichir dans les bars ; d'autres partent en ville se restaurer. Le comité de lutte est annoncé à 20h sur le campus bloqué.

La jeune fille interpellée a été libérée sur les coups de 22h. Elle passe en procès au mois de juillet pour violence aggravée sur des fonctionnaires dépositaire de l'autorité publique.

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