Rennes: sans papiers à la rue logés, point sur la situation

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Lieux: Angers Rennes Tours

SITUATION ACTUELLE
ET COMPTE-RENDU DE L’AG DU MARDI 7 AVRIL 2009

La journée d’hier a été consacrée au déménagement du Triangle et à l’emménagement dans la maison fournie par la mairie de Rennes. Tout s’est bien passé.

1) SITUATION ACTUELLE

Nous avons décidé de suspendre notre mouvement d’occupations nuit et jour. Cette suspension, motivée aussi par une certaine fatigue collective, a découlé logiquement de notre engagement de départ à ne pas occuper des lieux sans des personnes laissées à la rue. La quinzaine de personnes qui ont rejoint et ont choisi de rester dans les occupations lancées ont obtenu un logement durable, c’est-à-dire non limité à quelques nuits d’hôtel ou en foyer.

Pour que la crise se dénoue, la mairie de Rennes a dû remplacer la préfecture dans sa mission d’hébergement des demandeurs d’asile. La mairie a ainsi accepté de mettre à disposition, pour 6 mois, un logement vide dont elle est propriétaire. Ce logement accueille 6 demandeurs d’asile en attendant que l’Etat accomplisse sa mission envers les demandeurs d’asile et ne s’abrite plus derrière de faux prétextes pour priver ces gens de l’accès à leurs droits.

Par exemple, une personne demandeuse d’asile se voit privée d’hébergement par l’Etat sous prétexte que, le mardi 10 mars durant l’occupation du TNB de Rennes vers 23 hs 30, elle a refusé une nuit d’hôtel à St Malo. Cette personne n’avait pas de moyens de transport mais, selon la préfecture, c’était aux gens du collectif ou aux élu-e-s présent-e-s d’amener cette personne jusqu’à St Malo. Ce type de foutage de gueule permet ensuite à la préfecture d’affirmer : « Nous avons proposé une solution à cette personne, elle a été refusée donc nous ne lui proposons plus rien ». D’où le travail de substitution accompli par la mairie de Rennes.

Plusieurs personnes de nationalité russe étaient sans solution lundi soir mais elles ne sont pas restées sur le lieu d’occupation et nous rappelons que nous ne courons pas après les gens laissé-e-s à la rue. C’est aux personnes qui nous sollicitent et qui, bien entendu, participent à la mobilisation – au moins par leur présence la plus continue possible – que nous avons choisi de « limiter » notre action.

Nous savons que d’autres personnes sont laissées à la rue par les pouvoirs publics. Il nous est impossible, en l’état de nos forces et surtout compte tenu de notre objet principal (militer pour la régularisation de toutes les personnes sans-papiers et non pour le droit au logement), de nous « occuper » de tout le monde.

C’est pourquoi nous avons profité du mouvement d’occupations pour tenter de lancer, sur Rennes, un réseau d’organisations prêtes à agir sur la question du logement.

La création d’un DAL est ainsi en cours de discussion, de même que la participation de plusieurs organisations à une éventuelle action de réquisition. La prochaine réunion des organisations sur la question du logement aura lieu le jeudi 16 avril au local des Solidaires, 7 rue d’Armagnac, quartier de Villejean. Faites passer le message de cette prochaine réunion à vos réseaux organisationnels et venez ! Les acquis de la lutte, c’est aussi ça !

Nous sommes (un peu) content-e-s pour plusieurs raisons :

* les 5 occupations nuit et jour, qui ont quand même duré un mois, ont permis de reloger les personnes qui nous ont contacté-e-s et qui sont restées ;

* la mobilisation s’est bien passée c’est-à-dire que, contrairement aux années précédentes et malgré quelques moments de déprime collective, la mobilisation ne s’est pas éternisée dans un pourrissement fondé sur une progressive invisibilisation de notre action ;

* la médiatisation du problème du logement a été assez forte, au point que la préfecture est sortie de son silence et a pris des engagements au moins sur l’hébergement des demandeurs d’asile (engagements qu’il reste à vérifier dans leur application) ;

* les collectivités locales, de manière inégale, ont été interpellées et ont réagi, notamment la mairie de Rennes par une proposition qui a permis de dénouer la crise ;

* la détermination collective a été palpable pendant tout le mois d’occupations, y compris sur l’éventualité de passer à une phase de réquisition de logements vides ;

* notre collectif, si habitué aux engueulades internes, est resté soudé, notamment grâce à l’appui de dizaines de gens qui ont participé activement à l’action sans pour autant être au collectif avant le début de la crise ;

* les débuts d’une extension de la mobilisation à plein d’organisations (15 ont quand même répondu présentes lors de la réunion du 2 avril) sont visibles et assez prometteurs (création d’un DAL et participation à une action de réquisition envisagées).

Nous sommes aussi (un peu) pas content-e-s parce que :

* au niveau du fonctionnement, même si l’entente fut forte entre nous, la division du travail a été tout aussi forte et on peut dire que notre objectif de non spécialisation des tâches s’est pris plusieurs mois de background : non pas que des gens aient fait quelque chose pendant que d’autres ne faisaient rien mais plutôt que tout le monde a fait quelque chose qui a contribué à faire tenir la mobilisation sauf que les tâches sont apparues hiérarchisées (et les prises de parole en AG beaucoup plus inégales que d’habitude). Nous devrons sans doute discuter pour le prochain coup de ces phénomènes de hiérarchie informelle qui, à long terme, finiront par nous coûter cher car c’est absolument dégueulasse que certaines tâches soient invisibilisées, voire méprisées (et je ne parle pas de mon cas !) ;

* l’extension à d’autres villes de la coordination régionale à laquelle nous participons n’a pas surgi même si le soutien moral était là, hormis Angers qui avait commencé bien avant nous et Tours ;

* les réseaux de soutien aux sans-papiers de certaines villes ne se mobilisent pas mais, en plus, renvoient les personnes à la rue sur Rennes, c’est-à-dire ne luttent pas concrètement contre la régionalisation mise en œuvre cette année en ce qui concerne l’accueil des demandeurs d’asile : nous devons convaincre ces villes que la lutte peut aussi commencer là où les demandeurs d’asile arrivent afin d’éviter que Rennes ne soit le lieu d’arrivée de tous les gens à la rue ;

* médiatisation nationale plutôt ratée ;

* surtout AUCUNE SOLUTION POLITIQUE GLOBALE SUR LE PROBLEME DU LOGEMENT, autrement dit il est évident que des personnes à la rue vont sans doute encore nous solliciter dans les prochains jours ;

* les collectivités locales restent axées sur un discours : « Non, nous ne nous substituerons pas à l’Etat dans l’accueil des gens à la rue et, si l’Etat ne fait pas son boulot, ben les gens resteront globalement à la rue » ;

* ces mêmes collectivités locales n’hésitent pas à nous menacer d’une évacuation policière en cas d’occupation longue ou de réquisition pour l’avenir : autrement dit, le rapport de force reste trop faible et trop circonscrit au collectif pour que nous soyons en capacité de rendre ces collectivités locales au moins inactives en cas de réquisition de « leurs » logements vides.

2) DECISIONS POUR LA SUITE PRISES EN ASSEMBLEE GENERALE HIER SOIR

1) La maison fournie par la mairie est la maison des personnes hébergées, autrement dit aucune personne supplémentaire ne sera ajoutée à la liste des hébergeant-e-s actuel-le-s dans cette maison : le collectif ne doit pas se transformer en hébergeur et notre raison d’être, sur la question du logement, est la lutte pour que les gens à la rue obtiennent des logements.

2) Décision de suspendre le mouvement d’occupations nuit et jour jusqu’au mercredi 29 avril 2009. Nous n’avons pris aucune décision quant à la suspension de toute mobilisation jusqu’à cette date si jamais d’autres personnes à la rue nous sollicitent. Autrement dit, pour les AG à venir, si des personnes à la rue débarquent et sont sans logement, décision a été prise de laisser à chaque AG le soin de décider de lancer ou non une action ponctuelle pour l’hébergement de ces personnes.

Nous demandons seulement d’éviter de relancer un mouvement d’occupations nuit et jour avant le 29 avril mais toute forme d’action ponctuelle est possible : par exemple, a été évoquée l’idée d’aller devant les foyers dans lesquels nous savons qu’il y a des lits vides mais dont l’accès est interdit aux personnes étrangères à la rue. De même, il reste possible de bricoler une solution comme appeler le 115 ou les gens relais sur ces questions, ou encore comme lancer une occupation ponctuelle amie qui débouche sur un hébergement de quelques nuits.

3) Il a aussi été dit qu’il était possible qu’une AG décide qu’elle n’est pas en capacité de trouver une solution pour des gens à la rue qui nous sollicitent. Même si ce n’est jamais arrivé dans l’histoire du collectif, il est tout à fait envisageable que, faute de force ou par épuisement suite au mois que nous venons de passer, les personnes à la rue qui nous sollicitent soient invitées à y rester ou à trouver une autre solution que nous (par exemple, une caravane des enfants de don quichotte devrait passer à rennes le 17 avril : il serait judicieux d’envoyer les personnes à la rue vers cette mobilisation si nous ne sommes pas en capacité de réagir). Il va sans dire qu’une telle décision constituera, sans nul doute, un traumatisme profond pour les gens du collectif qui auront à faire ce « sale boulot de n’avoir rien à proposer que le maintien à la rue ». Cela fera partie des justifications qui nous pousseront à frapper encore plus fort à partir du 29 avril. En particulier, même si nous ne l’avons pas dit en AG hier soir, il faut penser à donner RV à ces personnes à l’AG du mardi 28 avril qui devra décider ce que nous faisons.

4) En effet, nous avons décidé de suspendre les occupations nuit et jour MAIS, en même temps, nous envoyons un ultimatum aux pouvoirs publics. Il est formulé comme suit :

Le mercredi 29 avril, si nous jugeons la situation à nouveau intolérable, alors le mouvement repartira et un passage à la réquisition de logements vides sera immédiatement discuté.

Nous ne tolérons pas que l’engagement de l’Etat à prendre ses responsabilités au niveau de l’hébergement des demandeurs d’asile ne soit pas suivi d’effet réel.

Nous ne tolérons pas que des gens, avec ou sans papiers, soient laissé-e-s à la rue, y compris des enfants comme fin février.

Nous ne tolérons pas que des gens viennent nous solliciter sans que nous ayons d’autre solution à leur proposer que de rester encore à la rue.

5) Décision a été prise d’envoyer le communiqué ci-joint tous azimuts, qui est aussi disponible en version simplifiée affiche-tract afin que nous puissions le distribuer dans les semaines à venir : médias (je fais), orgas (je fais un peu mais il en manque), institutions...

Le communiqué, discuté hier en AG, comprend 5 parties :

* pourquoi nous avons lancé un mouvement d’occupations nuit et jour début mars ;

* quelles actions avons-nous mené

* tentative d’énumération de tous les gestes de solidarité par rapport à la lutte, notamment les gestes des dizaines de personnes qui ont participé aux occupations, quelle que soit la forme de leur participation (message à faire passer à tous les gens qui ont participé et qui ne sont pas sur la liste de diffusion) : il ne s’agit pas de remerciements mais il s’agit d’une reconnaissance remerciante pour tout ce qui a été fait

* les résultats de l’action et la situation actuelle

* formulation de l’ultimatum adressé aux pouvoirs publics (RG chéri, nous comptons plus particulièrement sur toi pour faire passer cette partie du message…).

6) Le mercredi 22 avril au soir (vers 20 hs), des gens du comité sans-papiers de Lille viendront faire une présentation de la lutte des sans-papiers à Lille depuis 10 ans. Nous cherchons une salle et nous vous réinformerons par la liste d’ici là.

La lutte continue avant, pendant, après le 29 avril !

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