le grand sommeil

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la mobilisation des personnels de l'Education Nationale contre la casse du sevice Public
Voilà les nouvelles du front concernant la mobilisation des personnels de l'Education Nationale.

La mobilisation a commencé à être massive au début du mois d'avril 2003. Jusqu'à présent, les grèves répétées contre la suppression des postes de surveillants s'étaient « essoufflées », pour reprendre le mot de Ferry, essentiellement faute de cohésion intersyndicale ou interprofessionnelle, faute de mots d'ordre clairs. bref, organisation Zéro.
J'ai le sentiment que nous étions encore sous l'effet d'une « gueule de bois » qui nous rendaient incapables de réagir à la suppression de 20 000 emplois-jeunes et postes de surveillants. Nous avons commencé à nous réveiller quand nous nous sommes rendus compte que toutes les mesures qui planaient au-dessus de nos têtes allaient très vite tomber, car elles participent toute de la même logique de démantèlement des services publics. Il s'agit simplement de tout libéraliser, c'est-à-dire de marchander la santé, l'éducation, la culture, en comptant aussi sur le pouvoir hypnotique de la télévision (on préfère regarder les Nice People libéraliser leurs espaces privés, que le conseil d'Etat privatiser l'Ecole)
Pour autant, les directives ministérielles qui consistent à détitulariser des personnels de la Fonction publique (voir rapport du conseil d'Etat rendu public le 20 mars 2003), à l'exception de ceux qui relèvent de la Fonction Régalienne de l'Etat (i.e. magistrats, militaires, policiers, CRS) ne sont pas le seul fait de ce gouvernement, elles appartiennent à une logique globale de pression internationale chapotée par l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et, à un niveau plus européen, par L'Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) : logique qui consiste à « ouvrir l'éducation à la concurrence ». L'extrait suivant d'un rapport de L'OCDE montre à quel point la qualité de l'enseignement n'est pas une priorité et affiche clairement ses objectifs: "Si l'on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles et aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d'élèves ou d'étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d'inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l'enseignement et l'école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l'établissement voisin, de telle sorte que l'on évite un mécontentement général de la population."

Ainsi, c'est toute une vision politique et sociale qui est remise en cause ; l'éducation n'est plus considérée comme un droit fondamental (inscrit par ailleurs dans la Constitution de nombreux Etats), mais comme une marchandise que seuls peuvent se procurer ceux qui en ont les moyens.

DANS UN PREMIER TEMPS, CE QUI VA SE PASSER :
- la destruction, faute de moyens régionaux, de services entiers de l'Education Nationale : médecins scolaires, assistantes sociales, conseillers d'orientation psychologues, personnels ATOSS (entretien, cantine,…), MI-SE, …
- le licenciement des emploi-jeunes et surveillant(e)s
- la précarisation des enseignants, des maîtres-auxiliaires, des professeurs remplaçants.
- la réduction du nombre d'enseignants : si on ne remplace qu'un fonctionnaire sur deux partant en retraite, la conséquence immédiate est l'augmentation des effectifs de classes. Aujourd'hui, 30 en collège, 35 en lycée. Demain, 45 ? 55 par classe?
- l'obligation pour les enseignants d'assumer les fonctions des CPE, médecins scolaires, assistantes sociales qui auront été écartés de l'Education. C'est déjà ce qu'on demande aux professeurs principaux et c'est déjà ce qui se passe de facto ailleurs, comme en Angleterre, par exemple. C'est ce que nous rapporte une enseignante de Saint-Louis « Dans mon pays, l'éducation dépend des régions et dans nos établissements il n'y a pas d'assistantes sociales, d'infirmières, de conseillers d'orientation , de surveillants, de CPE, d'intendants. Tout le travail de ce personnel essentiel et donc qualifié est donc effectué par les professeurs (qui ont beaucoup plus d'heures de cours) et par les chefs d'établissements - des personnels qui n'ont pas la formation pour accomplir ce travail. La qualité de l'enseignement est nettement inférieure parce qu'on ne peut pas exercer plusieurs métiers en même temps et qu'il est alors difficile de consacrer suffisamment de temps à nos élèves, à la préparation des cours et aux corrections. Résultat : le travail est superficiel et les devoirs simplifiés sont souvent corrigés en classe par le voisin. »
cf : http://www.oale.org/cadre2/grevelehavremars2003/greve-sommairetextes.htm

- l'isolement, par conséquent, des enseignants qui resteront les seuls personnels des écoles, une fois que « le nettoyage » des autres professions aura été fait.
- l'exacerbation de l'inégalité au cœur de l'Education, en incitant les familles qui en auront les moyens à envoyer leurs enfants dans le privé, quand les enfants des familles démunies seront dans les écoles- publiques- poubelles. Il s'agit donc de diviser pour régner, en mettant dos à dos l'Ecole publique et l'Ecole privée.

A TRES COURT TERME, C'EST DEJA :
LA SUPPRESSION DE 3 500 POSTES D'ENSEIGNANTS
(CONSEQUENCE DU DEPART EN RETRAITE NON REMPLACES),
DE 5 600 POSTES DE SURVEILLANTS,
ET LE LICENCIEMENT DE 18 000 AIDES EDUCATEURS.

TRES VITE ,Ce qui se passera, c'est
- la fin des programmes nationaux : les écoles étant régionalisées, elles devront collecter leurs fonds auprès d'entreprises locales. C'est donc leurs représentants technocrates qui décideront des programmes des établissements (les entreprises ne vont pas donner philanthropiquement de l'argent à l'école pour le simple plaisir de participer à l'instruction des masses). Les enseignants devront donc, dès l'école primaire, former leurs élèves en fonction des besoins économiques, autant dire, formater, et discipliner une masse salariale prête à l'emploi. (on nous demande déjà d'enseigner des « savoir faire » et des « savoir être »)
P.S. : dans la même temps, le ministre Ferry aspire à l'homogénéisation européenne des diplômes. Comment pense-t-il s'y prendre ?
- la disparition d'enseignements jugés « non rentables », comme la philosophie, les arts plastiques, l'éducation musicale. En effet, quel intérêt y aurait-il à former des gens capables de réfléchir, de développer leur sens critique et de le propager, de remettre en cause le monde qu'on leur a soigneusement construit ? quel est l'intérêt de préparer une insolence séditieuse qui, ingratement, saperait les fondations du Monde Nouveau ?

jusqu'à présent, de telles perspectives semblaient fictives, dignes des meilleurs récits d'anticipation, de Farenheit 451 à Matrix, mais IL NE FAUT QUE TROIS ANS pour mettre en place cette « école moderne et libre »
face à ce cauchemar, nombreux sont les profs qui se mobilisent. Parmi les grévistes, il y a quelques irréductibles tires au flanc (des profs qui profitent de la grève pour corriger leurs copies), mais il y a surtout beaucoup d'enseignants qui partagent une vision généreuse de l'école et agissent en conséquence.
A l'heure qu'il est, nous ne savons pas si nous pouvons faire reculer le gouvernement, résister à cette déferlante libérale qui a appauvri les pays pauvres et s'attaque maintenant à la misère dans les pays riches. Je sais seulement que la résolution de certains est infaillible.
Instruire, ce n'est pas un business.
Nombreux sont ceux qui refusent de faire des cours comme on prépare une émission de télé : faire dans le sensationnel ou le sordide pour faire de l'audimat, pour faire du fric.
Nombreux sont ceux qui refusent de préparer des cours en fonction des demandes de chefs d'entreprise qui seraient devenus majoritaires dans les Conseils d'Administration de nos établissements.
Nombreux sont ceux qui refusent de négliger leurs élèves, par la force des choses, parce qu'ils sont trop nombreux par classes.
Pour beaucoup d'entre nous, se mettre en grève c'est mobiliser, tracter, informer, réunir, organiser, mandater, synthétiser, marcher, courir, contacter. Les journées d'un gréviste commence généralement à 7H45 du matin dans l'établissement et terminent tard en soirée, soit, au bas mot, deux fois plus de temps qu'une journée normale de cours (ce matin, je me suis levée à 7h et à 22h53, je n'ai toujours pas terminé de tout faire. Depuis une semaine, je ne fais plus que ça, comme beaucoup d'autres enseignants. J'ajoute que nos élèves ne sont pas « nos otages », comme je l'entend parfois, et que nous continuons à nous occuper de leur cursus, de leur orientation, même si nous sommes en grève). Je donne cette précision à l'attention de ceux qui pensent que « les fonctionnaires n'en font déjà pas lourd, mais alors en période de grève, c'est le pompon »
SI NOUS NE REAGISSONS PAS MAINTENANT, IL SERA IMPOSSIBLE DE FAIRE MARCHE ARRIERE MEME SI DANS QUATRE ANS, UN GOUVERNEMENT PLUS FAVORABLE A L'AIDE SOCIALE DIRIGE L'ETAT :
sur le site … http://www.oale.org/cadre2/grevelehavremars2003/greve-sommairetextes.htm…
…on trouve les informations suivantes sur les mesures internationales décidés par l'OMC concernant l'Accord Général sur le Commerce et les Services (AGCS) :« ces engagements mettent fin au libre choix démocratique. En effet, les règles relatives à l'accès au marché et au traitement national vont enlever aux institutions démocratiques tout pouvoir d'adopter des politiques conformes aux besoins particuliers de la localité, de la province, du département, de la région ou de l'Etat. En outre, une fois un engagement pris, il est de facto irréversible. En effet, l'article 21 de l'AGCS précise que tout Etat qui voudrait modifier ses engagements dans un sens qui ne va pas vers plus de libéralisation aurait à négocier avec tous les autres Etats membres de l'OMC des compensations financières qu'ils seraient en droit d'exiger. En cas de désaccord, c'est l'organe de règlement des différends de l'OMC qui trancherait. Comme le constatait l'ancien directeur du Département des Services à l'OMC, M. David Hartridge, les engagements pris au titre de l'AGCS sont « effectivement irréversibles. [v] » Ce qui signifie très clairement que les citoyens, au travers des élections, n'ont plus la possibilité de renverser les choix d'un gouvernement dont les conséquences se seraient avérées dommageables pour la collectivité. »
Si la situation n'était pas aussi alarmante, la mobilisation des personnels de l'éducation n'aurait pas été croissante (500 an AG plénière le 6 juin, 800 le 16 mai, 1200 lundi 19, et peut-être 14 000 dans la rue ce lundi matin) et, de surcroît, je ne me serais pas permise de vous en informer. J'ajoute pour finir que je ne parle au nom d'aucun syndicat, mais il semble -à en croire encore l'A G de ce lundi - que « la parole de la base » manifeste la même inquiétude et la même mobilisation que celle dont je vous fais part.



Murielle durand-g, ce lundi 19 mai 2003

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