Les Valeurs du passé...

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Le devoir de mémoire et la Laïcité.


Par Michel MENGNEAU

Lors d’un précédant article intitulé : « Honneur, Famille, Patrie », excédé par la tendance à la mode de « Vichy » des ministres et dirigeants de la droite actuelle, pilotés sans vergogne dans cette direction par leur mentor le Chef de l’Etat, j’avais donné à lire un extrait de texte de Charles Wagner dénonçant les risques d’un patriotisme outrancier ; ce qui conduit toujours une certaine frange de la société, entretenue volontairement dans la méconnaissance de l’autre, vers la xénophobie et l’exclusion.

Texte trouvé au hasard de mes lectures dans un petit opuscule édité en 1934 par les Editions « LES HUMBLES », ouvrage intitulé : « LA GUERRE » et sous-titré, Prolétaires de tous les pays, égorgez-vous. On trouve donc pêle-mêle dans ce petit bouquin de cent trente pages, des extraits de textes d’Hugo, Zola, Richepin, etc., des chansons et quelques poèmes. Même des problèmes d’arithmétiques et des sujets de rédaction. Il est bon de rappeler aussi que cet éditeur fut parmi l’un des premiers à éditer Henri Barbusse, Maurice Parijanine, ainsi que quelques libertaires maintenant oubliés.

Mais où l’histoire devient intéressante c’est que sur plusieurs pages de cet ouvrage on peut y lire des annotations au crayon de quelques élèves interrogateurs ! Eh oui, ce livre était dans la bibliothèque d’une école communale publique et d’après son état et les commentaires, à n’en pas douter, beaucoup lu…

Paru en 1934, le thème était celui de la guerre, surtout celle de 14/18 aux traces encore visibles dans les corps et les esprits. Beaucoup de citations sont donc des odes à la paix et au respect d’autrui mais quelques textes relatent aussi les atrocités de la précédente hécatombe, de Dorgeles entre autres.

Il s’agit donc bien d’un véritable devoir de mémoire donné à nos pères. Devoir de mémoire fait de façon constante et au hasard de la lecture. De plus, cet ouvrage dont la sensibilité politique est indéniablement tournée vers des idées socialistes –dans le vrai sens du terme- ne fait pourtant aucun ostracisme quant au choix des auteurs cités. Wagner était pasteur protestant, Bossuet a décortiqué et expliqué les évangiles, Tolstoï en essayant de vivre comme un paysan tentera d’atteindre la perfection morale avec l’aide de la religion, Henri Barbusse sera un ardant défenseur de la Russie soviétique, donc à travers ces diversités parfois très opposées moralement et intellectuellement on reconnaitra une vraie volonté de « Laïcité », ce qui devrait rester pour nous un exemple.
Malheureusement, ces préceptes d’une éducation universelle et de chaque instant sont en train de disparaître au profit d’une sorte de politique de slogans voulant imposer le devoir de mémoire en exacerbant et imposant des événements ponctuels afin de sensibiliser les consciences. Le tout accompagné d’un regain ostentatoire et insidieux du religieux, en place d’une diversité intellectuelle et morale ce qui préfigure la fin de la Laïcité à la française.

Ne laissons donc pas bafouer et détruire ce que nos pères ont eu tant de mal à construire !

Pour mémoire un extrait de ce petit bouquin, il s’agit de quelques lignes de la correspondance de Gustave Flaubert.

« Laisse là ta patrie, ta religion, ta province. On doit être âme le plus possible… La patrie c’est la terre, c’est l’univers, ce sont les étoiles, c’est l’air, c’est la pensée, c’est-à-dire l’infini dans notre poitrine. Les querelles de peuples m’intéressent peu… Je ne suis pas plus moderne qu’ancien, pas plus Français que Chinois. Je suis le frère en Dieu de tout ce qui vit, le concitoyen de tout ce qui habite le grand hôtel garni de l’univers… L’idéal n’est fécond que lorsqu’on y fait tout rentrer… C’est un travail d’amour, et non d’exclusion… »

A méditer…