Valérie Pécresse devrait démissionner du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche

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Personnellement proche de hauts responsables des milieux industriel et académique, Valérie Pécresse n’offre pas, dans le domaine de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, les garanties d’impartialité que les citoyens sont en droit d’attendre de l’Etat.
Valérie Précresse a eu droit à ce commentaire de Nicolas Sarkozy : « On a rarement vu un ministre aussi heureux d’être nommé à l’Enseignement supérieur ». Mais c’est là, précisément, que réside le problème. Surtout, dans le contexte de la préparation d’une nouvelle loi d’autonomie des universités. Le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche couvre un domaine très proche des intérêts personnels et privés que peut incarner la nouvelle ministre. Mariée avec un directeur général adjoint du groupe industriel Imerys dont l’activité de recherche et développement est importante, Valérie Pécresse est également fille d’un professeur de l’université Paris Dauphine devenu en janvier 2007 président de Bolloré Télécom, un autre consommateur de haute technologie. La nouvelle ministre présente donc une proximité avec des intérêts privés et de groupe importants, qui paraît incompatible avec l’exercice au plus haut niveau de l’Etat de fonctions dans un domaine susceptible de concerner directement ces intérêts. Demander la démission de Valérie Pécresse ne relève donc en rien de l’attaque personnelle.

Pourquoi Valérie Pécresse devrait quitter le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche

Vendredi dernier, une Intersyndicale de l’enseignement supérieur et de la recherche a collectivement rejeté la deuxième mouture du projet de loi dit « portant organisation de la nouvelle université ». Mais ce communiqué intervient dans un contexte vicié par la proximité des vacances pendant lesquelles « des choses vont se passer » au niveau parlementaire, et par les pressions que semble exercer sur le mouvement syndical une « opposition » devenue « à statut » (voir mon article du 29 juin). En revanche, la presse proche des milieux d’affaires s’en donne à cœur joie dans sa défense d’une ministre et d’un projet de loi qu’elle considère conformes aux intérêts du grand patronat.

Débordant d’enthousiasme à propos de la nomination de Valérie Pécresse, le rédacteur de la revue des milieux d’affaires Challenges va jusqu’à écrire cette énormité :

« « L’université, je baigne dedans depuis l’âge de 5 ans », explique cette fille d’un des profs les plus en vue de Dauphine, Dominique Roux. Et elle est députée de la deuxième circonscription des Yvelines, celle de la vallée de Chevreuse, qui compte en France la plus importante concentration d’enseignants et de chercheurs, avec Orsay, Polytechnique, Centrale, HEC, Supélec... Elle y a été élue avec 55 % des voix, et Sarkozy 63 %. Il fallait au moins ces atouts pour diriger l’une des réformes les plus délicates du nouveau pouvoir. L’université étouffe dans le corset de la loi Savary de 1984. Actuellement, une fac est administrée par un président qui est l’otage de lobbys et de surenchères syndicales à l’oeuvre dans trois instances, dont un conseil d’administration de 60 membres ! Tout le monde s’accorde sur la nécessité de réformer. »

(fin de citation)

S’il fallait être élu(e) député(e) d’Orsay (avec la Faculté), Gif-sur-Yvette (avec Supélec), Palaiseau (avec l’Ecole Polytechnique) et Châtenay-Malabry (avec l’Ecole Centrale), pour être crédible dans une « réforme » des universités françaises, c’est râpé pour Valérie Pécresse. Aucune de ces villes, aucun de ces établissements, ne se trouve dans les Yvelines où la ministre a récemment été élue députée dans la deuxième circonscription. Parmi les références qu’invoque Challenges, seul le code postal du groupe HEC, très lié au patronat, commence par 78.

Quant à la déclaration que Challenges attribue à la ministre, à ma connaissance personne ne s’inscrit dans une université à l’âge de 5 ans. Enfin, je pense...

Qu’à cela ne tienne : si la loi d’autonomie des universités passe, l’histoire n’expliquera pas le reste.

Loi sur l’autonomie des universités et apparence d’impartialité

C’est assez curieux. A l’occassion du célèbre voyage à Malte de Nicolas Sarkozy, juste après le second tour des élections présidentielles, les réactions n’ont pas manqué dans les médias ni dans le monde politique. Il a, notamment, été mis l’accent sur l’appartenance à Vincent Bolloré ou à son groupe des moyens de ce voyage de super-luxe gracieusement offert au nouveau Président de la République. Mais le silence semble avoir été général lorsque, quelques jours plus tard, la fille du président de Bolloré Télécom accédait à la fonction stratégique de Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche avec, dans son cartable, un projet de « réforme des universités » déclaré urgent.

D’après un article du Nouvel Observateur du 9 mai dernier, intitulé « Le prix des vacances de Nicolas Sarkozy », le vol avait été effectué à bord d’un jet privé qui dans le registre de la Direction générale de l’aviation civile a comme propriétaire Bolloré SA. Le coût d’un tel voyage aller-retour étant estimé à 50.000 euros. Quant au yacht de luxe Paloma, propriété de Vincent Bolloré, son prix de location en basse saison est de 173.000 euros par semaine. Dans les commentaires à cet article, un lecteur répond : « La jalousie de rapporte rien, laissons-le commencer sa mission, après nous pourrons juger ». Justement...

Le 18 mai, Valérie Pécresse était nommée ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Une nouvelle loi sur les universités était aussitôt annoncée. Mais quelles étaient les garanties d’impartialité républicaine de la nouvelle ministre ? Silence radio dans les médias et dans l’ « opposition ». Le sujet était, et reste, tabou. Wikipédia rappelle que Valérie Pécresse est la fille de Dominique Roux, universitaire et président de Bolloré Télécom. Elle est mariée à Jérôme Pecresse, directeur général adjoint d’Imerys, numéro un mondial des minéraux de spécialité. De par leur domaine d’activité, ces deux entreprises sont très directement concernées par des problèmes de haute technologie. A ce titre, elles ne peuvent en aucun cas être neutres par rapport à un projet de loi comme celui actuellement à l’étude, aux conséquences très importantes pour les universités et la recherche scientifique. Et le groupe Bolloré, dont la stratégie actuelle semble bien être basée sur l’expansion rapide, dispose largement de moyens lui permettant de s’offrir une université ou des laboratoires de recherche.

A propos d’Imérys, le site du groupe explique que :

« Imerys extrait des ressources rares et les transforme en solutions qui améliorent les produits et les procédés de production de ses clients dans l’industrie et dans la construction.
Groupe international, intégré du gisement au client, Imerys dispose d’un portefeuille de ressources sans équivalent par leur variété et leur répartition géographique. Il maîtrise à grande échelle toutes les technologies de transformation. Sa capacité d’innovation lui permet de concevoir pour ses clients des solutions à haute valeur ajoutée. »

(fin de citation)

Les offres d’emploi d’Imerys comportent une composante très significative dans les domaines scientifique, technique et de recherche et développement.

On peut raisonnablement estimer, sans être un « dangereux révolutionnaire », que la situation d’un ministre par rapport à un enjeu républicain de cette envergure devrait, au moins, se voir imposer des contraintes équivalentes à celles qui fondent les critères de récusation de magistrats dans la justice de l’ordre judiciaire. La conseillère d’Etat qu’est Valérie Pécresse connaît certainement les cas de récusation prévus par le Code de l’Organisation Judiciaire (article L 932-22) :

« Sous réserve de dispositions particulières à certaines juridictions, la récusation d’un juge peut être demandée :

1º Si lui-même ou son conjoint a un intérêt personnel à la contestation ;
2º Si lui-même ou son conjoint est créancier, débiteur, héritier présomptif ou donataire de l’une des parties ;
3º Si lui-même ou son conjoint est parent ou allié de l’une des parties ou de son conjoint jusqu’au quatrième degré inclusivement ;
4º S’il y a eu ou s’il y a procès entre lui ou son conjoint et l’une des parties ou son conjoint ;
5º S’il a précédemment connu de l’affaire comme juge ou comme arbitre ou s’il a conseillé l’une des parties ;
6º Si le juge ou son conjoint est chargé d’administrer les biens de l’une des parties ;
7º S’il existe un lien de subordination entre le juge ou son conjoint et l’une des parties ou son conjoint ;
8º S’il y a amitié ou inimitié notoire entre le juge et l’une des parties.

Les magistrats du ministère public, partie jointe, peuvent être récusés dans les mêmes cas ».

Il paraît difficile, de mon modeste point de vue, de na pas considérer que des entreprises comme Bolloré Télécom ou Imerys ont un intérêt stratégique essentiel dans la nouvelle loi de « réforme » des universités. De surcroît, Dominique Roux est un membre de longue date de la coupole académique, enseignant à l’université Paris Dauphine connue par sa proximité avec les milieux d’affaires.

Conclusion

Dans ces conditions, il me semble, sans vouloir attaquer personne, qu’il serait équitable que les opérations concernant l’actuel projet de loi sur les universités soient suspendues et que Valérie Pécresse abandonne ses fonctions actuelles au sein du gouvernement.

Commentaire(s)

> Mot de l'auteur de l'article

Bonjour,

Je suis l'auteur de cet article. Merci à l'internaute qui l'a repris et posté ici.

Depuis le changement de format, j'ai quelques problèmes techniques pour écrire sur ce site à cause du HTML.

Vous trouverez une version actualisée de l'article, avec des liens, sur mon blog:

http://blog.360.yahoo.com/quicalt

et, plus précisément, à l'adresse:

http://blog.360.yahoo.com/quicalt?p=196

Cordialement

De ço qui calt ?

quicalt@yahoo.fr

> censure ? vous avez dit censure ?

et pour qui se plaint de "censure", il faudrait commencer par un minimum de liberté sur son blog.

Quand on essaie de commenter sur le blog de "De ço qui calt ? ", voila le résultat

"You must be a member of Yahoo! 360° to comment on this blog entry."

On ne peut pas mieux dire !

C'est un choix fait lors du paramétrage du blog sur Yahoo que de n'accepter de commentaires que des personnes {inscrites}, et acceptées par l'administrateur.

Dans quel but ? le flicage ? ou simplement n'avoir pas de contradiction ?

Vous avez dit "libertaire" ou simplement "liberté" ? drôle de conception...qui se rapproche bien plus des conceptions du contrôle des médias par l'UMP