République du Tchad
Unité–Travail–Progrès
COMITÉ CHARGÉ DE L’ORGANISATION DE LA CONFÉRENCE NATIONALE INCLUSIVE DE PAIX ( COPORT )

Le Président

Message de soutien et de solidarité du COPORT à l’Intersyndicale et aux Travailleurs tchadiens pour leur légitime grève.

Le Président tchadien Idriss Déby Itno confronté à la grève générale de la fonction publique la plus longue, commencée depuis le 2 mai, a décidé unilatéralement après un mois de mépris, d’augmenter les salaires de 15% dans la fonction publique. Compte tenu de l’inflation galopante au Tchad, l’Intersyndicale exige à juste titre une augmentation de 300% pour les fonctionnaires, les retraites et la revalorisation du Smig.

Le Comité chargé de l’organisation de la Conférence nationale inclusive de paix (COPORT) exprime sa solidarité militante avec l’Intersyndicale. En effet, l’exercice du droit de grève est un principe reconnu par la constitution de 1996 en son article 29.
La paix pour laquelle le COPORT a été institué à l’issu de la Conférence de l’Opposition plurielle des 28 et 29 octobre 2006 à Paris, serait aussi hypothéquée par l’absence de paix sociale et notamment le refus de satisfaire la légitime revendication des syndicats par l’augmentation de 300% des salaires.
Ce pourcentage exigé par les syndicats est de surcroît trop modeste. Il fut pourtant balayé d’un revers de la main par le Président Idriss Déby Itno qui le jugea excessif.
L’aversion du Président Déby pour la paix et le dialogue social est manifeste comme si la kermesse des tensions sociales, militaires, politiques est pour lui une bouffée d’oxygène.

Selon un rapport de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC), le Tchad a engrangé plus de 103 millions de dollars pendant la première année de vente du pétrole en 2003, or la production de l’or noir augmente et son coût est au firmament ces dernières années : par exemple, plus de 1000 milliards de FCFA ont été encaissés de 2006 à 2007 par le Gouvernement.
À ces chiffres on pourrait ajouter plus de 1milliard 500 millions de dollars ces trois derniers mois provenant du décaissement par la Banque mondiale suite à la révision de l’avenant N°001 relatif à la gestion des revenus du pétrole réservés aux générations futures et les diverses taxes et impôts sur les multinationales pétrolières.

Ces quelques chiffres montrent si besoin était, l’ampleur illimitée du mensonge caractérisé du Gouvernement sur la prétendue absence des fonds nécessaires pour honorer l’augmentation exigée par l’Intersyndicale.
Avec une inflation à deux chiffres en croissance exponentielle, le Tchad d’en bas trouve difficilement à manger : par exemple la baguette de pain qui coûtait 60 FCFA atteint le record de plus de 160 CFA en l’espace de trois ans, le salaire minimum est actuellement de 24.800 francs CFA (38 euros).

Aucune famille ne peut accepter de survivre alors qu’une poignée des membres du pouvoir et leurs familles mènent une vie mondaine à l’instar de celle des princes des pétrodollars.
Une partie importante de ces ressources sert à acheter des quantités impressionnantes d’armes sophistiquées et à recruter des mercenaires afin de combattre les Forces de résistance nationale à l’Est.

Un régime prédateur qui pille la totalité des ressources de l’Etat, qui plonge le pays dans l’obscurité (absence d’électricité), qui n’offre ni éducation, ni santé, ni emplois aux jeunes, ni eau potable au Peuple, ni sécurité alimentaire et sociale…, qui n’assure aucun besoin élémentaire au peuple, ne mérite aucun soutien du peuple martyrisé.
Un régime dont les membres et leurs familles sont des prébendiers et rentiers du pouvoir et qui vivent dans un luxe méprisant grâce aux rançons des pillages institutionnalisés ( Villas, voitures tout terrain rutilants, shopping en Europe…), ose aujourd’hui imposer aux Travailleurs des sacrifices supplémentaires sur les salaires.

Ces mêmes Travailleurs qui accusent déjà des arriérés de salaires qui atteignent parfois une année ne doivent plus jamais continuer à consentir ces sacrifices pour engraisser cette poignée de prédateurs. Dans ces circonstances gravissimes, demander aux Travailleurs déjà à l’agonie de se serrer davantage la ceinture, est une déclaration de guerre ouverte du Président Déby contre ceux qu’ils souhaite maintenir en esclavage.
De mémoire de Tchadien, notre pays n’a jamais vécu une misère de cette ampleur et une telle descente aux enfers. Et, pourtant le Tchad fait partie des pays exportateurs du pétrole depuis 2003.
Tout Homme ne saurait accepter un tel affront, cette perpétuelle humiliation infligée au Peuple tchadien. C’est une question de survie d’un Peuple face à un génocide programmé (qui refuse de décliner son identité) contre lui par le Président Déby.

Le Comité chargé de l’organisation de la Conférence nationale inclusive de paix (COPORT) demande :

– au Président Déby, de satisfaire immédiatement et sans conditions les légitimes revendications de l’Intersyndicale en augmentant de 300% les salaires. Les moyens financiers existent afin de satisfaire les besoins élémentaires du Peuple en utilisant rationnellement les colossales ressources de notre pays uniquement dans la lutte contre la paupérisation, la corruption, le clanisme et le népotisme, en arrêtant les pillages des deniers publics, en restituant les biens mal acquis, en rapatriant les capitaux placés dans des comptes à l’Etranger, en instaurant la justice sociale et en rétablissant la cohésion nationale.

– à l’intersyndicale, de ne pas céder à ses légitimes revendications avec une montée en puissance de la grève qui devrait être impulsée jusqu’à la satisfaction intégrale et sans conditions des exigences des Travailleurs.
Les 15% d’augmentation décrétés unilatéralement par le Président Déby sont une provocation, une imposture et un mépris pour les sacrifices consentis par les Travailleurs et enfin, un blasphème à la mémoire de tous les morts ( Femmes, Enfants, Vieux et Jeunes) que la politique antisociale, antinationale et réactionnaire du Président Idriss Déby Itno a décimés.

Ne cédez pas à cette mesure de saupoudrage qui n’est autre chose qu’un fusible qui va briser l’élan militant de la grève dans un premier temps suivi de la liquidation totale des forces de luttes revendicatives des syndicats. Ne désarmez pas le Peuple dont vous portez sur le plan syndical des revendications de justice sociale et les aspirations d’un lendemain meilleur.

– à tous les Partis politiques, les Associations, les Forces de résistance nationale qui combattent les armes à la main la dictature d’être solidaires de cette noble lutte pour la justice sociale, quintessence de la véritable démocratie à laquelle aspirent les masses populaires tchadiennes.

Vive la lutte des travailleurs dirigée par l’Intersyndicale pour que vive le peuple tchadien uni pour la démocratie et la justice sociale !

Paris, le 03 juin 2007

Pour Le Comité chargé de l’organisation
de la Conférence nationale inclusive de paix (COPORT)

Le Président

Dr LEY-NGARDIGAL Djimadoum
Tél : 00 33 (0) 6 29 97 25 71
Courriel : actus@club-internet.fr