A bas le cirque électoral, Vive la lutte révolutionnaire !

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A mesure que se rapproche l'échéance électorale, le bourrage de crâne ne cesse de croître alimenté par les oscillations quotidiennes des sondages et les diverses péripéties de la campagne. Dans ce véritable cirque électoral où les électeurs ébahis sont la cible des états-majors électoraux rivaux, le plus important pour la classe dominante n'est en réalité pas que tel ou tel candidat l'emporte: non, le plus important pour elle est que le cirque continue à fonctionner, autrement dit que les masses et spécialement les prolétaires continuent à y participer, continuent à croire que les élections sont le seul moyen de «changement» ou au moins le seul moyen d' « exprimer leur mécontentement »
Toutes les richesses de la société viennent de l'exploitation des travailleurs par le capitalisme. Dans les périodes fastes d'expansion économique, les capitalistes peuvent concéder aux prolétaires quelques miettes pour adoucir cette exploitation et faire miroiter des perspectives de promotion sociale pour leurs enfants.
Mais ces périodes fastes ne peuvent être que temporaires, même quand elles durent des décennies comme cela a été le cas dans les grands pays après la dernière guerre mondiale : ils ont connu un redémarrage vigoureux de l'accumulation capitaliste et un long cycle d'expansion économique. Cette période est appelée par les économistes bourgeois les «trente glorieuses», et tous les réformistes petits-bourgeois en pleurent la disparition. Mais ces derniers oublient ou cachent que les immenses ravages de la guerre en ont été la condition première et que ces trois décennies honteuses ont été marquées par une intensification de l'exploitation des prolétaires dans les puissances impérialistes et un pillage systématique des ressources des pays dits «périphériques» accompagné de guerres «locales» ou coloniales incessantes. Ces décennies d'expansion devaient nécessairement déboucher sur une crise économique d'autant plus profonde que la croissance économique avait été longue et intense, comme le parti l'avait prévu dans les années cinquante en fixant à 1975 la date probable de l'éclatement de la grande crise économique générale du capitalisme.
A partir de cette date charnière s'est ouverte une époque, qui en France a coïncidé avec le premier gouvernement Mitterrand au début des années 80, de profond changement dans la politique sociale du capitalisme, et ceci dans tous les pays.
Depuis lors il ne s'agit plus de continuer à accorder ces concessions au prolétariat qui avaient permis auparavant d'acheter la paix sociale, mais il faut les lui reprendre. Autrefois la perspective de réformes signifiait la perspective d'améliorations des conditions de vie et de travail prolétariennes - et les réformistes étaient ceux qui affirmaient que la lutte pour les réformes suffisait pour faire aboutir toutes les revendications en conservant le système capitaliste.
Désormais les réformes sont synonymes d'attaques contre la classe ouvrière - et les analystes bourgeois se posent la question de comment faire passer sans heurt les réformes tandis que les réformistes argumentent, preuves à la main, qu'ils sont les seuls à pouvoir y arriver, démontrant leur nature fondamentalement anti-ouvrière et pro-capitaliste.
Plus le capitalisme se débat dans des difficultés économiques, plus s'accroît la concurrence sur un marché mondial saturé de marchandises, et plus il ressent le besoin de nouvelles «réformes», c'est-à-dire le besoin de nouvelles attaques contre ses prolétaires afin de leur extorquer des parts de profits supplémentaires. Mais du coup se pose à lui avec une acuité croissante le problème de maintenir la paix sociale, de prévenir les réactions prolétariennes aux attaques, en un mot d'empêcher l'éclosion de la lutte de classe.
Il est n'est pas très difficile d'apercevoir, à travers le miroir aux alouettes des discours politiciens, le reflet de ces intérêts et de ces craintes des capitalistes. L'année dernière, Sarkozy se donnait l'image de l'«homme fort» maintenant l'ordre d'un côté et, de l'autre, de l'artisan de la «rupture» avec une politique chiraquienne dont les cercles capitalistes les plus influents jugent la politique de «réformes» trop faible et trop timorée; par rapport à ses alliés/concurrents et en particulier l'Allemagne, sans parler des pays capitalistes dits «émergents» comme la Chine, le capitalisme français perd en effet du terrain.
Parallèlement, s'alignant sur les mêmes besoins capitalistes, Ségolène qui en tant que candidate du PS a pour elle l'avantage «naturel» du pompier social, s'affirmait comme une dame de fer (l'«ordre juste», le recours à l'armée pour mater les jeunes trublions, etc.) et comme une adepte du «blairisme», en référence à la politique anti-ouvrière menée par le premier ministre britannique depuis qu'il est au pouvoir.
Les émeutes des banlieues et aussi les mobilisations lors de la lutte contre le CPE sont passées par là. Les bourgeois se sont souvenus que des attaques trop brusques risquent d'entraîner des flambées de luttes, voire des explosions sociales.
Du coup Sarkozy a clamé urbi et orbi qu'il avait «changé»! Oubliant son discours sur la «rupture», il s'est efforcé de convaincre qu'il ne mettrait pas le feu aux poudres et qu'il pourrait être aussi attentif au maintien du consensus social qu'une social-démocrate (au point que certains de ses partisans de la première heure ont dit qu'il se «chiraquisait»!) (1). Et si un Bayrou a pu, grâce à la baguette magique des grands groupes médiatiques, accéder au statut de «candidat sérieux», c'est qu'il répondait parfaitement à cette équation: capacité démontrée à bien comprendre et défendre les intérêts des grands capitalistes en même temps que sens du maintien de la paix sociale (2)...

L' « EXTREME-GAUCHE »,
PILIER DU CIRQUE ELECTORAL

Le but fondamental du cirque électoral et de tous les rouages de la démocratie bourgeoise est d'agir comme antidote à la lutte de classe, comme une déviation du mécontentement ouvrier dans une impasse. La puissance et l'omniprésence de la propagande électorale depuis des mois s'explique au moins en partie par les difficultés de passionner les prolétaires pour une échéance électorale quand les grands candidats ont des programmes si proches que pour se différencier ils mettent en avant leur «image», leur «personnalité» - fabriquées par leurs experts en «communication». La multiplication d'études de sociologues sur le phénomène de l'abstention en progression constante depuis des années en même temps que s'affaiblissent les amortisseurs sociaux, est un signe supplémentaire de la préoccupation des bourgeois à propos de la perte de crédibilité du cirque électoral. Après les émeutes des banlieues on a vu se multiplier les initiatives pour appeler les jeunes prolétaires à se faire inscrire sur les listes électorales et à manier le bulletin de vote plutôt que le cocktail molotov.
Mais il ne serait guère possible de combattre cette érosion des illusions électorales, de ramener les prolétaires dans les filets de la politique démocratique bourgeoise, sans la présence à chaque élection de candidats qui s'adressent directement à eux et qui prétendent défendre leurs intérêts; le PCF blessé à mort par sa trop longue pratique antiprolétarienne, les organisations d'extrême gauche se sont aussitôt présentées pour reprendre son rôle de diffuseur de tous les mensonges réformistes et de toutes les duperies de la démocratie bourgeoise. LO et la LCR (le PT, lui, refusant de se dire d'«extrême gauche!») ont laissé tomber depuis longtemps toute référence au «parlementarisme révolutionnaire» à la Lénine qu'elles évoquaient autrefois, pour se couler confortablement dans la place laissée vacante sur la scène politique bourgeoise.
Elles sont ainsi devenues des piliers, petits mais irremplaçables, du cirque électoral. Ce n'est pas nous qui le disons, mais... Sarkozy lui-même, lorsqu'il a déclaré que Le Pen et Besancenot devaient avoir leurs signatures et pouvoir se présenter à la présidentielle!

POUR LA LUTTE REVOLUTIONNAIRE!

Quel que soit celui ou celle qui sera élu(e), les attaques capitalistes continueront et il faudra lutter pour se défendre. Il serait profondément erroné de croire qu'une Ségolène serait moins méchante qu'un Sarkozy. L'histoire des dernières décennies en France a fait la démonstration que les gouvernements de gauche réussissent souvent mieux que les gouvernements de droite a mettre en oeuvre des mesures antiprolétariennes tout en paralysant la classe ouvrière.
Les prolétaires ne peuvent compter que sur eux-mêmes et leurs ennemis les plus dangereux sont ceux qui prétendent être de leur côté: il est plus facile de lutter contre un Sarkozy ou de faire reculer un de Villepin que de résister à un Jospin - parce que ce dernier peut plus aisément mobiliser le réseau des forces collaborationnistes et de leurs relais parmi les travailleurs !
Les prolétaires n'ont rien à attendre des élections. Ils doivent tourner le dos au cirque électoral, à tous ses magiciens et à tous ses clowns pour s'orienter vers la seule alternative réaliste: la préparation de la lutte pour défendre leurs intérêts de classe, la lutte de défense contre les licenciements, contre la dégradation des conditions de vie et de travail, contre la répression policière, contre les expulsions, etc. Cette lutte de classe qui implique aussi la lutte contre les méfaits de l'impérialisme et la solidarité internationaliste avec les prolétaires des autres pays (à plus forte raison sous domination de l'impérialisme français) et qui doit déboucher sur l'organisation prolétarienne indépendamment et contre les appareils collaborationnistes, n'a rien de commun avec l'apolitisme anarchiste classique.
Pour se réaliser effectivement et dépasser le stade de la pure lutte de défense pour devenir la lutte révolutionnaire contre le capitalisme, elle a besoin d'une avant-garde organisée qui mène une politique basée sur le programme révolutionnaire communiste authentique. Non seulement contre les adversaires déclarés mais aussi et surtout contre tous les faux amis, contre tous les prétendus révolutionnaires vendus à l'ordre bourgeois qui ne cherchent qu'à l'égarer, contre toutes les fausses perspectives et contre toutes les illusions.
Autrement dit, la lutte prolétarienne a besoin du parti de classe travaillant à conquérir une influence décisive sur les masses par une lutte théorique, politique et tactique sans concessions contre le système de domination politique bourgeois et contre les agissements des capitalistes et de leurs valets de toute espèce. Du parti de classe qui sera capable alors de diriger les masses prolétariennes dans la lutte révolutionnaire pour renverser l'Etat bourgeois, pour instaurer la dictature du prolétariat dans tous les pays et faire accéder l'humanité à la société sans classes ni Etats: le communisme.
Pour les prolétaires conscients de leurs intérêts de classe et désireux de lutter pour ceux-ci, il n'y a pas aujourd'hui de tâche plus importante et plus nécessaire que de contribuer, en dehors et contre le cirque électoral et la politique démocratique bourgeoise mais en liaison avec les luttes du prolétariat, aux efforts de reconstitution du parti de classe internationaliste et international, du parti de la future révolution communiste mondiale !


(1) Nous ne parlons pas ici d'un autre point sur lequel Sarkozy a dû battre en retraite: ses déclarations pro-américaines. En raison des heurts d'intérêts entre la France et les Etats-Unis dans de nombreux domaines, il est en effet impossible d'accéder à la présidence de la république sans professer son hostilité aux USA.
(2) C'est pourquoi Simone Weil, président du Comité de soutien à Sarkozy a pensé trouver le point de faible de Bayrou en rappelant que lorsqu'il était ministre de l'Education Nationale «il avait fait descendre un million de personnes dans la rue» (querelle sur les lois scolaires).

Parti Communiste International
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