À saint Nazaire la police pratique la "tolérance zéro" d'après un envoyé spécial du Figaro

Mot-clefs: Répression
Lieux: Nantes Saint-Nazaire

lettre ouverte de citoyens Nazairiens

Christophe Cornevin a écrit le 15 février 2012 (page 2) comme ENVOYÉ SPÉCIAL du Figaro à St Nazaire dans les couloirs du commissariat "À SAINT NAZAIRE la police pratique la "tolérance zéro""

Une lettre à l'initiative d'associations et organisations militantes est écrite, signée aussi par des citoyen-ne-s. Comme l'indique le contenu de la lettre, pourquoi mettre les projecteurs sur cette ville (TF1 fait aussi cette semaine un reportage au commissariat principal) l'envoyé spécial (sic) rapporte en des termes assez choquants des évènements tronqués, inexacts et surtout orientés.... Les signataires en ont une idée, d'autant que la venue en meeting de Marine Le Pen est annoncée et que le blessé handicapé à vie de la manif du 29/09/2012 ne veut pas céder devant le non-lieu décrété par le juge d'instruction de sa plainte contre le tireur non identifié de GLI .
Le MRAP fait chaque année sa semaine d'éducation contre le racisme et d'autres associations comme celle des Maison de Quartier et le Centre de Culture Populaire y développent l'Éducation Populaire.
Monsieur l'envoyé spécial du Figaro,

Les Nazairien-ne-s souhaitent tout d'abord que vous vous soyez bien remis de votre venue sûrement trop rapide au commissariat principal de Saint-Nazaire. Venir en province et, en plus, dans une ville ouvrière, semble une dure expérience pour un journaliste du Figaro.

Sachez que nous n'habitons pas la ville que vous décrivez dans l'article du mercredi 15 février, article qui vient appuyer une idée fausse transformant chaque citoyen-ne en délinquant-e en puissance.

Des policiers de notre cité poussés, comme partout par la culture du résultat, font de tout acte, un acte criminel, y compris la contestation sociale : en 2009-2010, plusieurs dizaines de gardes à vue, plusieurs peines de prison ferme allant jusqu'à 8 mois, un blessé grave par une grenade assourdissante, lors d'une manifestation contre les mesures antisociales du gouvernement.

Saint-Nazaire est une ville ouvrière qui ne renonce pas et ne baisse pas la tête face aux coups bas du gouvernement. Est-ce pour cela qu'elle doit subir une répression sans précédent qui mutile, emprisonne ?

Vous avez constaté que les policiers pouvaient faire "preuve d'humanité" face aux "scènes d’hystérie" des habitants de La Bouletterie. Tout au long de cet article, nous avons bien reconnu cette "humanité". Par exemple, quand ils parlent de "l'oisiveté" des gens plutôt que du chômage ! Quand ils avouent leur préférence pour "les manifs du matin, car les gars sont encore sobres" : les manifs de l'après-midi, comme celle du 29 janvier 2009, peuvent en effet être très dangereuses : un tireur des forces de l'ordre a tellement mal visé ce jour là que sa grenade explosive a handicapé à vie un passant !

Quelle humanité aussi dans ces phrases que vous prêtez aux policiers qui évoquent "la clientèle" du commissariat : "ils filent droit au délit dès qu'ils savent marcher et mentir", en plus "ils" sont "superstitieux, ils prient et font leurs ablutions avant de monter un coup". Dans les gènes, sans doute ? Du Guéant tout craché ! Les résultats sont au rendez-vous, paraît-il. "les affaires de stup ont explosé" dites vous. Peut-être... Les actions de prévention, elles, n’ont pas explosé !!!!

Dans votre article, la stigmatisation de la population des quartiers populaires est à son comble. Les jeunes de ces quartiers sont présentés comme des délinquants dès la naissance surtout s'ils n'ont pas la bonne couleur de peau. Côté racisme, cela explose au commissariat si les paroles que vous attribuez à des policiers sont véridiques. Ils ont beau être "chevronnés", avoir "le coeur dur", être du "genre Polnareff" ou "ancien mannequin" et avoir "une foi inoxydable dans son métier", ils se laissent aller à des clichés racistes et islamophobes dans le choix de présenter les "délinquants" : "les Blacks qui débarquent de Nantes avec 150 grammes d'héroïne dans le caleçon", ceux qui "parlent par ellipses, par codes ou en dialecte wolof ou bambara pour brouiller les pistes" ou lorsqu'ils évoquent une fillette "frappée à coups de bâton par son père parce qu'elle ne voulait pas apprendre le Coran". Vous faites un amalgame dangereux accréditant des thèses nauséabondes.

De votre côté, c'est un peu pareil, vous n'avez pu échapper aux clichés. Vous avez tout utilisé sauf la prostitution et le voile : pas assez de place sans doute ! Persistant dans les amalgames, vous n'avez pu vous empêcher d'assimiler les ouvriers des Chantiers à des alcooliques en puissance, de parler des "jeunes de banlieues", de "l'ultra gauche", des "gros bras recrutés sur les docks" (quelle belle image pour un Parisien !), des "syndicalistes remontés" (contre qui ?), "les quartiers nord" (vous avez dû faire un "copié-collé" avec ce qui se passe dans d'autres villes !!!). Tout cela, c'est beau comme de l'antique, mais ce n'est pas la réalité nazairienne.

Pourquoi n'avoir interrogé que des policiers et nullement les habitants, les associations, la municipalité ? Un parti-pris au service d'un objectif : donner une image caricaturale de Saint-Nazaire ville-ouvrière, gangrenée par l'alcool, la délinquance, les trafics de toutes sortes et "l'islamisme" qui exerce sa violence, même sur les fillettes. Un parti-pris qui "fleure bon" le racisme et les discriminations.
Certes, comme ailleurs, il existe à Saint-Nazaire des problèmes de délinquance. Mais si les forces de l'ordre ne connaissent que la répression, le riche tissu associatif, lui, a opté pour la prévention.
Nous pensons qu'en journaliste d'investigation, vous allez revenir à Saint-Nazaire et cette fois-ci, donner la parole aux "jeunes des quartiers" (rassurez-vous, on vous accompagnera si vous le voulez !). Peut-être irez-vous dans une de ces Maisons de Quartiers qui font un travail formidable, travail que vous venez de salir par votre article. Prenez aussi contact avec les habitants, les associations locales, les syndicalistes.

Votre article atteint le summum quand vous écrivez que les policiers nous font subir leur répression "sans jamais faire de vagues", que "la population collabore" : c'est sûrement pour cela que la police de Saint-Nazaire se retrouve sous les projecteurs de la CNDS (commission nationale de déontologie et de la sécurité) dans deux affaires. C'est sûrement pour cela que les associations, les syndicats, les partis politiques de gauche ont créé un comité de défense des libertés fondamentales contre les dérives sécuritaires (CODELIB), constatant et dénonçant jour après jour les dérives que vous appelez "laboratoire de la tolérance zéro" sarkozyste. Savez-vous que l'impunité n'est pas toujours du côté que vous croyez : dans l’affaire du passant blessé le 29/01/2009, le CRS tireur n’ayant pas été identifié, la justice a prononcé un "non-lieu".

Ce que vous décrivez n'est pas Saint-Nazaire : envoyé spécial au front ou journaliste, il y a une éthique qui doit être respectée. Faites votre vrai travail "d'envoyé spécial", d'enquête sur le terrain et, surtout, rassurez vos lecteurs du Figaro : la vie quotidienne de la population nazairienne serait plus agréable, si elle n'était "pourrie" par les politiques menées.

Veuillez recevoir, Monsieur, l'expression de notre très haute réprobation.

Premiers signataires :

ORGANISATIONS OU ASSOCIATIONS :
ATTAC St Nazaire, la Presqu'île et le Pays de Retz, CNT St Nazaire, CODELIB, Europe-Ecologie-Saint-Nazaire-Montoir, FRONT DE GAUCHE (PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS, PARTI de GAUCHE), FSU (Fédération Syndicale Unitaire) St Nazaire, Indignés du PAF, Label Gauche, Les Pieds dans le PAF, LDH (Ligue des droits de l'Homme), MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) Saint Nazaire, MRAP Nantes, NPA Comité de Saint-Nazaire, USI-CGT (Union Syndicale de l'Intérim CGT), Union Démocratique Bretonne...

CITOYEN-NE-S :
François Ader, Jeanne Ader, Claire Ajejas, Roseline Amelot, Rémy Barraud, Rémy Barreteau (enseignant à la retraite SNES Nantes), Marguerite Beaudouin (PCF), Victor Beaudouin (PCF), Georges Beillevaire, Jacques Bernard, Dominique Bonnin, Rémi Bouriaud (Bouguenais), Christian Brétecher, Julie Broussaudier, Nelly Broussaudier, Nathalie Bruneau, Jean Calvo, Hélène Canton (présidente du collectif d'animation de la Chesnaie), Jean Cesbron, Nicole Cesbron, Chantal Chaumarel, Geneviève Coiffard-Grosdoy, Yves Coquard (président LDH St Nazaire), Frédérique Couzigou, Lionel Debraye, Jean-Jacques Dejenne, Patricia Dupré-Cormerais, Martine Durand, Marie-Christine Ferret, Myriam Foucher, Jean-Pierre Gabory, Claudine Glévarec, Marie-Hélène Gounot, Augustin Grosdoy (co-président du MRAP St Nazaire), Pamphile Hounsou (animateur public jeune maison de quartier de la Chesnaie), Pierre Jégo, Carine Jonquet, Yannick Jonquet (FSU), Mohamed Kismi, Gérard Lambert-Ullmann (Librairie Voix au chapitre), Patrick Lamoot (USI-CGT), Claudie Larraguetta, Régine Latête, René Lauret, Marcel Le Bronze, Jean Louis Lechat, Michel Le Déan, Christiane Le Dreff, Briac Lelièvre (délégué du personnel CGT), Catherine Le Mauff, Marie-Luce Leroy, Bernadette Lucas, Françoise Mahé (co-présidente du MRAP St Nazaire), Andrée Marmoret (une parisienne), Daniel Mathieu (PARTI DE GAUCHE St Nazaire), Pierre Mercier, Anne Mesnier, Chantal Moreau, Laurence Ortega, Armelle Penduff, Damien Perrotin (UDB), Joana Prats, Joël Quélard, Michel Richard, Diane Roussel, Marie-Pierre Sou (directrice de la maison de quartier de la Chesnaie), Françoise Thoumas (présidente du MRAP Nantes), Annie Uriatre (LDH), Pascal Vaillant, Marc Vince...

Pièces jointes

Report Letre ouverte à l'envoyé spécial du Figaro dans les couloirs du Commissariat de St Nazaire

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