Un petit compte rendu du Camp de Valognes

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Le camp de Valognes: petite histoire de ce qui s'est passé, un point de vue forcément subjectif.
Des conditions difficiles

Cette mobilisation impliquait un réel effort pour les personnes qui ont fait le déplacement : déjà, le convoi se passant en semaine, il limite forcément les disponibilités (travail salarié et autres obligations).

Sur place, le confort est minimum : le soir, l’air est froid et humide, le champ qui nous accueille se fait de plus en plus boueux au fur et à mesure qu’arrivent les participantEs à l’action. Si les organisateurs n’ont pas ménagés leurs efforts pour aménager l’endroit (installation d’un chapiteau, de tentes pour prendre les repas, des braseros pour se réchauffer…), il n’empêche que vivre sur le camp reste éprouvant.

La sécurité

Dans l’action contre le convoi CASTOR, le camp était une condition indispensable pour garantir la possibilité de lutter : vue la répression policière en place, avec la ferme intention de rendre inopérante toute possibilité d’agir, de pouvoir se rassembler. Des participantEs ont vu des effectifs de policiers à différentes gares sur le trajet.

Le véganisme dans les luttes

Sur le camp, les repas sont assurés par deux cantines vegans, celle de la Zone à Défendre près de Nantes, qui participe à la lutte contre le projet d’aéroport de notre dame des landes, et la cantine Schrus, qui prépare des repas vegans à prix libre pour différents événements militants, et diffuse de l’information sur végétarisme, le végétalisme, l’anti-spécisme et la libération animale.

Convergences des luttes et perspectives

Cette initiative de repas vegans à prix libre pourrait être une base de convergence de luttes pour la libération animale et de la terre.

Cependant, cette perspective n’est pas vraiment conscientisée et formulé dans les différents discours tenus par les individuEs et collectifs présentes sur le camp. La convergence telle qu’elle semble se faire actuellement étant un ensemble de luttes locales (des personnes engagées contre le TAV italien étaient également présentes) où l’union se fait plus sur les pratiques et dynamiques en places que sur des objectifs à atteindre.

Cette mobilisation à valognes mobilisait des individuEs t collectifs aux visions parfois antagonistes sur un point précis, sans vision politique à moyen ou long terme. Ainsi, à l’assemblée générale du mardi soir, l’évocation des solutions envisagées pour sortir de l’énergie atomique faisaient surgir les divisions.

Un autre problème était sur ce camp la difficulté d’ancrer localement la lutte, difficile de mobiliser sur la question du nucléaire quand le secteur est un gros employeur dans la région. En revanche, l’accueil des habitants rencontrés lors de l’action était très positif, une personne ayant par exemple préparé du café pour les gens qui sortaient d’un champ bombardé de grenades lacrymogènes.

Préparatifs et début de l’action

Pendant la nuit, des personnes surveillent l’activité autour du terminal pour parer à tout départ avancé du train. Le réveil est fixé vers les 5 heures du matin, après un petit déjeuner rapide, les personnes présentent sur le camp se rassemblent et s’organisent par groupes affinitaires.

Nous prenons un sentier qui évite les éventuels barrages policiers. Au dessus, un hélicoptère nous suit déjà.

Arrivé dans un champ, nous sommes à une dizaine de mètres des voies, les CRS y sont postés et nous attendent. Ils commencent à balancer rapidement des grenades lacrymogènes et assourdissantes, cherchant à priori à disperser les personnes à travers les champs, en isoler certainEs.

La brume se mêle aux nuages de gaz lacrymogène. Il est difficile de se coordonner globalement, les initiatives se font au niveau des groupes affinitaires. La tension monte au fur et à mesure que tombent les grenades lacrymogènes. Nous nous réfugions dans un champs voisin.

Des animaux pris dans les hostilités

Des vaches reçoivent également les gaz lacrymogènes, s’agitent devant le flot de personnes qui débarquent devant elles.

Dans l’édition de la presse de la Manche du lendemain, le maire de Flottemanville-Bocage déclarait « Les vaches ont passé deux heures sous les gaz lacrymogènes ; il a des risques d’irritation, et le stress n’est pas bon pour le lait » (vision classique du « bien être animal », ou les animaux sont considérés d’abord pour ce qu’ils « produisent »…).

Différentes stratégies d’action

Les CRS continuent leur offensive et nous contraignent à évacuer le terrain en passant par le potager d’une maison. Dans un autre champs, le temps passe avec un face à face avec les gendarmes mobiles qui relayent les CRS. La tension retombe pendant que le jour achève de se lever.

Ce temps permet de pouvoir échanger entre-nous. Des clowns activistes vont entamer une discussion avec un gendarme présent sur la voie. Assister à leur intervention permet d’évacuer un peu le stress.

Des petits groupes de personnes essayent différentes stratégies (lancer des branchages, ouvrir des passages dans la haie près de la voie, faire diversion avec différents déplacements…).

Il n’y a pas de véritable unité dans l’action cependant. Vers midi, les CRS reviennent et avancent vers nous. Des gens se postent près de l’habitation traversés, ils seront rapidement chargés par les CRS. Pendant ce temps, le champ est bombardé de grenades lacrymogènes.

Nous battons en retraite près des habitations, le nuage de gaz CS (lacrymogène) remonte sur des dizaines de mètres dans la rue. Des personnes disposent à la hâte des pneus qu’ils enflamment pour bloquer la route aux policiers.

La pression policière

Nous nous postons à un champ où une AG est rapidement tenue, le temps de manger rapidement et décider de la suite. Arrive un camion frigorifique identifié rapidement comme ravitaillement pour les CRS. Il se fera caillasser.

Nous évacuons la zone, anticipant une très certaine répression, et rejoignons le camp à travers champs. CertainEs reprennent le chemin des voies pour continuer la lutte.

De retour au camp se succéderont les rumeurs et différentes informations sur les personnes interpellées puis relâchées, l’éventualité aussi d’une perquisition du camp qui finalement n’arrivera pas (même si à priori des dispositions avaient été prises pour la rendre possible du côté de la préfecture).

Difficile le soir d’avoir les idées claires, l’assemblée générale du soir sert avant tout à s’informer du sort des personnes retenues en garde à vue. La décision est prise de rester ensemble pour la nuit pour éviter aux individuEs isoléEs de se faire interpeller.

Démontage du camp

Le matin, chacunE aide au démontage du camp, l’occasion d’échanger avec des compagnons de luttes que l’on avait juste croisé pendant l’action, en attendant de se retrouver peut-être pour d’autres mobilisations.

Quelques photos allant avec l’article sur la source : http://laterredabord.fr/?p=11185