Gardarem PlogoffLà-bas, il y a trente ans, au bout des terres, la « Baie des trépassés » a-t-elle failli gagner son nom ? En cette période de catastrophisme nucléaire, le pire n’est pas incertain. Pourtant grâce à la pugnacité des habitants du Cap Sizun, Plogoff a vaincu le nucléaire, EDF, l’État et même George Marchais. Suite au choc pétrolier, la technocratie française croit acquérir sa fameuse « indépendance énergétique » en livrant le pays pieds et poings liés au nucléaire. 167 hectares de landes bretonnes sont donc consacrés à une centrale nucléaire. « On a oublié une seule chose, c’est de demander leur avis aux gens », se rappelle un ingénieur [1]. Le maire de Plogoff apprend la décision dans le journal. Aussitôt, les habitants s’informent et décident de boycotter l’enquête d’utilité publique. Le « Pas de ça chez nous » devient « Non au nucléaire » tout court et partout. Un vieux pêcheur suggère néanmoins d’installer la centrale à Deauville chez d’Ornano, ministre de l’Environnement, vu que ce n’est pas dangereux… Le 30 janvier 1980, EDF démarre son enquête et les dossiers envoyés à la mairie sont aussitôt brûlés en place publique. Le 31, des camionnettes, servant de « mairies annexes » arrivent à Plogoff sous haute protection policière. La bataille va commencer. Les femmes, qui vont jouer un rôle central, sont particulièrement efficaces dans la guerre psychologique face aux jeunes gendarmes. Qu’elles les interpellent sur le mode « mon petit, est-ce que ta maman sait que tu es là ? » ou qu’elles les insultent en breton, voilà l’homme derrière l’uniforme acculé aux larmes. Quant aux maris, ils usent d’un mode plus conventionnel de pourparlers : « On allait prendre des cailloux à la plage, c’est gratuit, hein ! On les choisissait bien calibrés, comme des œufs ». Des véhicules blindés arrivent, des grenades sont balancées parfois à tir tendu et l’État accuse les sempiternels « casseurs extérieurs » d’être responsables des violences sur la lande. Cependant les interpellés ont plutôt le profil local, casquette vissée sur la tête, tabac gris au bec, le teint buriné par les embruns. Les villageois s’en vont à la préfecture, Quimper, pour soutenir les inculpés, arborant des lance-pierres autour du cou, élus du conseil municipal avec écharpe tricolore en première ligne. |
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