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vendredi 15 mai 2009 - 01:09
par collectif
Quiconque a un jour bloqué une rocade assez longtemps pour entendre
à nouveau le chant des oiseaux sait bien quelle sinistre vie
sinterrompt avec le blocage de léconomie
PROGRAMME
LUNDI 18
Cycle projections des Bonnets Rouges :
CHARLES MORT OU VIF, dAlain Tanner. 20h, Bar LA BASCULE. 1969. Conte révolutionnaire. Désertion dun chef dentreprise.
MARDI 19
Présentation du livre de M. RIGOUSTE, LENNEMI INTERIEUR suivie dune discussion.
20H, Bar LA BASCULE.
De «vigipirate» à la «culture de la sécurité», lEtat français déploie depuis les années 1970 un arsenal techno-sécuritaire censé protéger la population des «nouvelles menaces» surgies en son sein - islamisme, immigration clandestine, terrorisme, violences urbaines, etc. On ignore le plus souvent que cette fabrique de nouveaux «ennemis intérieurs» reconduit lhistoire coloniale et militaire française, et en particulier la «doctrine de la guerre révolutionnaire» conçue par larmée française durant les guerres dIndochine et dAlgérie.
MERCREDI 20
CONCERT ROSA PARK (électro-techno punk / Nancy) et RICHARD DURN (punk synthétisé / Nancy), 20h, LA BASCULE
JEUDI 21
BAL MASQUE 22h place SAINT MICHEL.
Parce que la vie mérite dêtre vécue. Et quelle na besoin, ni de visages, ni des murs de la tombe ouverte de notre époque. Danser lespace à la hauteur de sa laideur. Depuis la joie de nos devenirs quelconques.
SAMEDI 23
FOOTA CAGOULE, 15h. PARLEMENT, apporte des masques, des cagoules, des ballons....
Rennes Nécropole, entre musée et chantier, terrain de jeu idéal pour les insoumis. Pour ce foot, nimporte quel mobilier urbain pourra être réquisitionné en guise de cage de but. Noubliez pas vos cagoules. Pensez à des signes de reconnaissance si vous venez en équipe.
Jouons au foot dans Rennes comme des éléphants dans un magasin de porcelaine.
DIMANCHE 24
JARDINAGE et PIC-NIC au Jardin collectif 12h. Discussion autour de la subsistance et de la réappropriation des terres. Entre le 272 et le 274 rue de Nantes.
BOUFFE et BOEUF 19h00 chez Ramon et Pédro.
LUNDI 25
LL de Mars, Serge Sarah, Joachim Clemence POLITIQUE DE LART
Discussion et poèmes sonores.
20h, bar LA BASCULE.
«Si la crainte dêtre rattrapés par la machine est trop forte, rien de plus simple à conjurer: soyons violents, sales, impénétrables, obscènes, irrécupérables, indésirables, tout simplement impensables.»
MERCREDI 27
INTERVENTO SUR LE MOUVEMENT AUTONOME ITALIEN
20h, bar LA BASCULE.
Les «années de plomb», «le mouvement», «le camarade P38»... des images tantôt cultes, tantôt soigneusement effacées par la pouvoir. Dans tous les cas, une histoire singulière qui nest pas lointaine, que nous ne voulons pas oublier. Nous proposons de la faire résonner grâce à des ambiances, grâce aux mots de celles et ceux qui ont mis leur vie en jeu dans la lutte, qui sorganisaient collectivement quand tout était possible. Attention : cette mémoire peut avoir des effets secondaires sur le présent.
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TEXTE DES COMITES
A la fin mars, près de trente comités de soutien aux inculpés de Tarnac se sont retrouvés à Limoges pour discuter des suites à donner à leurs actions. Ce texte a été élaboré au cours de ces rencontres.
Cest raté. Nous navons pas eu peur des terroristes «anarcho-autonomes » tissant des réseaux internationaux. Cette irruption si brutale, si grossière, de la police politique nous a poussés à mettre des mots sur nos amertumes, à sortir de nos isolements.
Dès le lendemain des arrestations, les comités de soutien ont fleuri comme des crocus après le dégel. Sans concertation ni mot dordre, la contagion a opéré : concerts, débats, rencontres, soirées
Partout, le soutien a réuni des dizaines, des centaines de personnes.
Cest raté. Cétait trop gros, peut-être. Personne na voulu croire que celles et ceux quon accusait davoir débranché des TGV étaient des brutes sanguinaires qui fomentaient de terribles attentats. Laffaire de Tarnac a été un déclic. Parce que nous avions oublié quon traitait ainsi les ennemi-e-s politiques, oublié que quelques intentions radicales pouvaient mener si officiellement dans vos geôles. Nous ne savions pas non plus que ce qui représente à vos yeux un si grand danger était isolable dans une fantasmatique mouvance. Nous avons senti, différemment, de maints endroits, épidermiquement, que quelque chose clochait. Et si ces arrestations mettent à jour une volonté de terroriser, elle ne vient pas des personnes inculpées. Il y a une étrange résonance, partout où nous évoquons laffaire qui ici nous occupe.
Et nous sentons bien que le soutien, au moins autant que dans le nombre des signataires dune pétition, est dans le regard amusé de la passante qui observe une altercation entre des policiers et un groupe de jeunes en souhaitant secrètement que ces derniers lemportent, quil est dans lil espiègle de celui qui consulte au bureau un pamphlet antisocial caché dans un manuel de management, dans le geste discret de ladministratif dissimulant les pièces qui justifieraient une reconduite à la frontière, dans la détermination de celles et ceux qui séquestrent leurs patrons, qui pratiquent les réquisitions de biens, ou dans la tension qui monte désormais systématiquement à chaque fin de cortège. L« affaire de Tarnac » est un prisme efficace pour lire lépoque et les luttes qui la traversent. On reconsidère avec moins dindifférence les arrestations - plus discrètes - qui avaient précédé. On voit plus clairement à quoi servent les lois antiterroristes. Et à quoi sert le fichage, et ce quil en coûte de vouloir sy soustraire, et ce quil en coûte daccepter de sy soumettre. Ce qui était diffus, dans lair, sest cristallisé là de telle manière quil est devenu très difficile de ne pas prendre parti.
On saisit mieux la nécessité pour un gouvernement, dans une époque si explosive, dinventer la figure dun ennemi intérieur. Et lon devine en filigrane le cauchemar inavoué dun système qui perd pied : celui dans lequel les citoyens dhier arrêtent de jouer le jeu, se défient de lordre établi, et sorganisent en conséquence. Il y a finalement bien des légendes auxquelles, en chemin, nous avons cessé de croire. Comment, dès lors, ne pas se sentir proche dinsoumis-es qui ont pris au sérieux la nécessité de sorganiser collectivement ? Comment, dans cette époque où ce qui se partage le mieux est lamertume et le sentiment de passer à côté de sa vie, ne pas ressentir une complicité avec celles et ceux qui ont cherché à sextraire de la tristesse ambiante, et à lutter contre ses causes ?
Comment ne pas percevoir dans leur défiance lécho de celle que nous éprouvons tous ? Sans les arrestations du 11 novembre, Linsurrection qui vient naurait peut-être jamais été aussi lu - en tout cas, pas collectivement, et sans doute pas dans une perspective si évidemment pratique - ; comme nauraient peut-être jamais eu lieu toutes ces discussions, toutes ces actions, toutes ces rencontres.
Nous éprouvons la force et la joie quil y a à mettre en commun nos doutes et nos colères, et nous voyons des « bandes » se former que vos récentes lois narriveront pas à dissoudre. Nous voyons combien les arrestations qui, pour des motifs plus ou moins oiseux, se succèdent, relèvent du réflexe panique dun pouvoir affolé. Aussi, elles ne nous dissuadent plus de grand-chose. Dautres personnes sont encore en prison pour des motifs similaires à ceux de Tarnac. Cert aines y retournent, pour navoir pas scrupuleusement respecté linterdiction qui leur était faite de se voir. Les contrôles judiciaires, la dispersion forcée de toutes les amitiés qui sorganisent, se multiplient. Vos prisons, et toutes celles que vous pourriez construire, ne suffiront jamais à enfermer tout ce qui sort de vos normes. Et où que nous soyons, les solidarités se tissent. Dans cette période de crise et de troubles, nous ne sommes quune voix dans le concert de celles et ceux qui ne saccommoderont plus de rabibochages. Dans des pans entiers du territoire, dans des pans entiers du peuple, ladhésion au système est en miettes. La désaffiliation devient un peu partout un chemin praticable. Et cest tant mieux.
Rien ne nous console tant de ce que vous avez voulu infliger aux « neuf de Tarnac », que de constater que de toutes parts surgissent pour vous des menaces autrement plus nombreuses que ce que vous avez cru conjurer. Ce nest plus de lincompréhension que nous ressentons, à retracer le fil de cette affaire. Mais comprendre les logiques à luvre napaise pas. Cela aiguise seulement la colère. Les inculpations doivent être levées, comme doivent être défaits les arsenaux antiterroristes, antibandes, antimasques, antirassemblements, qui visent à briser toute solidarité effective. Durant tout le mois de mai, dans chaque ville où ils se trouvent, les comités de soutien multiplieront les initiatives ; le 8 mai, se tiendront des réunions publiques afin que se pose partout la question de savoir ce que signifie réagir à hauteur de la situation qui nous est faite. Il ny a pas neuf personnes à sauver, mais un ordre à faire tomber.